Chapitre 11 : D’étranges rumeurs

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Précédemment dans l’histoire : Les Malloré terminent leur déjeuner. Au moment de régler, M. Ehrlichbaum, l’aimable cuisinier, les questionne sur les raisons de leur passage dans la région. Quand il apprend que les Malloré ont prévu de loger au manoir des Wingard, l’homme et son épouse marquent un temps d’arrêt. Après avoir tergiversé un moment, il mettent finalement la famille en garde : apparemment, d’étranges rumeurs circulent au sujet du manoir.

Annie avait ses yeux clairs grands ouverts, larges comme deux portes cochères.

– Ah bon ? s’étonna-t-elle, surprise.

– Oui… Certains clients, qui se promenaient là-bas encore très récemment, nous ont rapporté une liste de propos disons… préoccupants…, au sujet du manoir.

Sa voix tomba avec gravité. Il marqua une courte pause, avant de continuer.

– Il semblerait que…

Face à lui, sept paires d’yeux attendaient la suite. Cerné par la curiosité, le cuisinier nous regarda tour à tour. Chacun d’entre nous le fixait, sans bouger, suspendus à ses lèvres comme si nous étions médusés. Continuer la lecture

Chapitre 10 : M. et Mme Ehrlichbaum

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Précédemment dans l’histoire : Les Malloré sont arrivés à l’auberge du Bon Repos. Leur première impression, méfiante et réservée, est rapidement balayée par la bonne humeur de l’hôtesse. Elle les invite à choisir une table pour déjeuner, puis disparaît en cuisine rejoindre son mari.

Un homme apparut par une porte dans le fond de la pièce. La porte menant directement à la cuisine, un fumet délicat s’en échappa.

De constitution solide, l’homme s’avança vers nous d’un pas franc, débordant d’enthousiasme. Il semblait visiblement réjoui d’avoir enfin des clients à servir.

– Messieurs-dames, bonjour ! Bienvenue à l’auberge du Bon Repos ! s’exclama-t-il en nous saluant d’un geste amical. Je suis M. Ehrlichbaum, le chef cuisinier. Continuer la lecture

Chapitre 09 : Le Bon Repos

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Précédemment dans l’histoire : Les Malloré sont arrivés à l’auberge que leur client leur avait conseillée. Moustache, soulagé de pouvoir à nouveau respirer l’air frais, est cependant inquiet. La région ne lui inspire rien de bon, et l’établissement semble désert.

Si la lanterne extérieure n’avait pas été allumée, on aurait pu croire que l’établissement était fermé. Elle grésillait. L’ampoule vissée à l’intérieur du diffuseur variait sans cesse d’intensité, comme si le courant électrique, fragile, peinait à l’alimenter correctement. Je fronçai les moustaches, irrité. Où étions-nous tombés ?

Le nom de l’auberge avait été gravé sur un panneau en fer. Le panneau était rongé par la rouille. A chaque bourrasque de vent, il grinçait sinistrement. Je le regardai se balancer mollement, d’avant en arrière, suspendu à une barre métallique dont la peinture, boursouflée d’un bout à l’autre de la tige, s’écaillait. Un frisson glacé me parcourut, un son lugubre s’élevait à intervalles réguliers. Je tendis l’oreille. D’où il provenait-il ? Je reportai mon attention sur le panneau, puis compris. C’était ce mouvement lancinant qui produisait le bruit sordide, un bruit semblable à une sorte de long raclement, que le mugissement du vent amplifiait. Instinctivement, je reculai. Si c’était une menace, je me fis la réflexion qu’elle était à peine voilée.

J’étais prêt à décamper, une odeur de cuisine me retint. Elle fit frémir mes narines, je levai la tête. Des volutes de fumée s’échappaient du conduit de cheminée. J’étirai mes babines, ravi. J’avançai d’un pas. Une cuisine au feu de bois ? Tiens donc… Ce serait une première pour moi !

– Mamie, je vous aide ? entendis-je Franck demander à sa belle-mère.

Je tournai la tête vers l’arrière. Elle se débattait une nouvelle fois pour s’extraire de son siège.

– Volontiers…, répondit-elle. Ah, la vieillesse mon pauvre Franck…!

Il arbora son plus beau sourire charmeur.

– On a l’âge de nos artères, Henriette ! Et les vôtres sont en parfaite santé !

Je la vis se raidir puis lui retourner un regard noir.

– Gardez ces flagorneries1 pour vos clients, lui ordonna-t-elle. Contentez-vous de tirer et épargnez-moi vos commentaires, de grâce !

Elle agrippa sèchement la main qu’il lui tendait, la broya au passage, ce qui lui arracha une petite grimace de douleur. Satisfaite de sa mesquinerie, elle accueillit sa réaction avec un sourire fier.

Henriette avait toujours détesté les compliments, elle ne manquait jamais de clouer le bec à quiconque s’y risquait. Franck le savait pertinemment, j’en conclus qu’il devait aimer le son du fouet. Je souris à cette pensée, renouvelant en silence ma promesse de le contenter dès que l’occasion se présenterait.

Annie fit un pas en avant, elle poussa avec prudence la porte de l’établissement. Une clochette tintinnabula au-dessus de sa tête. Hormis ce drôle de carillon et la porte d’entrée qui se refermait lentement en grinçant, l’auberge resta désespérément silencieuse.

A l’intérieur, tout était calme. Nous jetâmes un rapide regard circulaire autour de nous en quête d’un éventuel responsable. Il n’y avait personne. Franck attendit quelques secondes, manifestant ensuite notre présence à haute voix.

– Bonjour ! lança-t-il.

Nous tendîmes d’oreille. Personne ne répondit.

– Il y a quelqu’un ?

Un vieux comptoir en bois trônait au milieu du vestibule. Posée sur le plateau, une modeste pancarte indiquait que des chambres étaient à louer. Intrigué, je dressai le cou. Une série de vieilles clés numérotées pendaient sur des crochets. Pas un jeu ne manquait… Aucun doute, l’hôtel était vide.

J’avançais une patte prudente. Sur la droite, un escalier en bois desservait l’étage.

Il mène certainement aux chambres, pensai-je brièvement en moi-même.

Déduction faite, je clignai des paupières et regardai en direction opposée. A l’autre bout du vestibule, les tables avaient été dressées. La salle du restaurant nous tendait les bras, elle était déserte.

Mon regard, aimanté par sa couleur criarde, fut attiré au sol sans le vouloir. Une épaisse moquette rouge vif étendait ses rubans de part et d’autre. Je secouai le museau. Je n’avais aucun doute quant à son utilité, pour en avoir déjà vu chez des personnes âgées… Cette moquette faisait office de cache-misère, à l’image d’un tapis gigantesque, déroulé dans le but de cacher les marques d’usure qui défiguraient le parquet.

Du coin de l’œil, j’observai les lames encore visibles. Leur couleur d’origine avait viré, elles étaient presque noires, comme si une couche de crasse les recouvrait.

Un claquement de porte résonna depuis l’étage, suivi d’une série de pas pressés. Elle fit craquer le plancher. Je dressai les moustaches, quelqu’un se hâtait. Une poignée de secondes plus tard, une jeune femme à la silhouette fluette, vêtue d’un ample pull à col roulé et d’un pantalon large qui faisait deux fois sa taille descendit les marches de l’escalier avec rapidité.

Apparemment navrée, la jeune hôtesse se confondait en excuses à mesure qu’elle dévalait l’escalier. 

– Veuillez me pardonner, je ne vous avais pas entendus entrer. Il y a longtemps que vous attendez ?

Les deux couettes qu’elle s’était nouées sur la tête tressautaient, comme deux pompons blonds que sa démarche agitait avec nervosité.

– Non non, ne vous inquiétez pas, mentit Annie pour la rassurer, nous venons juste d’arriver !

Ses joues, légèrement rosies par l’empressement, s’étirèrent immédiatement en un grand sourire avenant. L’hôtesse adressa un regard aimable à chacun des Malloré le temps de reprendre son souffle.

– Nous accueillons si peu de monde en ce moment, se justifia-t-elle, j’en profite pour tout nettoyer…

Elle opéra ensuite un léger tour de bras, accompagnant son geste d’une mimique amusante et d’un petit rire à la sincérité désarmante :

– Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas le travail qui manque !

Ayant assez peu d’humour en matière de propreté, je tiquai. Je baissai le museau et reniflai suspicieusement les lames de bois autour de moi. En effet, les passages successifs n’expliquaient pas l’état déplorable dans lequel elles se trouvaient. Au fur et à mesure des années, le manque d’entretien avait achevé de les détériorer. Une saleté grasse s’était incrustée dans les rainures du parquet. La seconde d’après, j’éternuai. Cette pauvre femme devait avoir du pain sur la planche… Il y avait de la poussière partout ! Par sécurité, je rapprochai mes pattes les unes des autres puis soupirai, blasé. Cette auberge ne correspondait pas du tout à mon standing ! 

– Alors ? reprit-elle. Que puis-je faire pour vous ? Vous souhaitez réserver des chambres ?

Annie la gratifia d’un sourire courtois.

– Nous voudrions simplement déjeuner. Croyez-vous que cela soit possible ?

– Mais certainement ! 

L’autre hocha la tête avec conviction, puis nous compta mentalement.

– Trois adultes et deux enfants ?

Froissé, je miaulai.

Et nous alors ? 

Je sollicitai Rousquille de la patte. Elle réagit à son tour.

Qu’est-ce que ça signifie ? renchérit-elle en aboyant plusieurs fois. On compte pour du beurre ?

Henriette apaisa son caniche d’un « chut » entendu.

– Et si vous pouviez porter deux gamelles d’eau… Je crois que ces deux-là vous en seraient très reconnaissants !

Etonnée, l’hôtesse marqua un temps d’arrêt, s’accroupissant pour nous détailler de près.

– Oh ! Mais… Je ne vous avais pas vus vous deux ! 

Vexé, j’échangeai avec Rousquille un regard désabusé, puis réfléchis. La concernant, je pouvais comprendre. Mais moi ? Comment avait-elle fait pour ne pas me remarquer ? Incrédule, je pestai puis vis l’hôtesse allonger son bras, paume ouverte en direction du restaurant.

– Je vous laisse vous installer… Vous avez le choix des tables, ajouta-elle avec un nouveau petit rire.

Cette fois-ci, son rire sonna néanmoins plus triste.

– Elles sont toutes libres. Les touristes se font rares… Autant que vous en profitiez !

Franck inclina poliment la tête.

– Merci infiniment, répondit-t-il.

Les Malloré s’avancèrent, laissant leurs regards se promener dans la pièce. La lumière du jour, blafarde, filtrait à travers les fenêtres. Des lustres imposants, en perles de verre, étaient suspendus au plafond, soutenus par de solides maillages en fer. 

D’un commun accord, les Malloré choisirent de s’attabler en plein milieu de la pièce. Je les connaissais par cœur. Ce choix, dicté par l’envie de profiter pleinement du cadre, ne m’étonna guère.

Ils s’assirent l’un après l’autre. Spontanément, Annie soupesa la nappe blanche, la caressa un instant, laissant glisser ses doigts jusqu’à l’ourlet piqueté. Elle semblait apprécier la qualité du linge, sa finition soignée. J’interceptai le regard, agréablement surpris, qu’elle adressa à son mari. Le tissu, doux et épais, était d’une propreté irréprochable. Annie se sentit immédiatement rassurée à son contact.

Elle observa les couverts bordant les assiettes. Ils étincelaient de brillance. Des serviettes aux couleurs coordonnées avaient été disposées au creux des verres à pied. Annie sourit, charmée par cette décoration simple, mais raffinée. Elle parcourut du regard le chemin de table en dentelle, gris clair, qu’on avait agrémenté de petits bouquets de fleurs champêtres, puis leva son visage admiratif en direction des plafonds. Je l’imitai, fasciné par son intérêt.

Ces derniers, démesurément hauts, étaient barrés de solives en bois. Leur facture artisanale, semblable à celles des auberges d’antan, ajoutait une chaleur supplémentaire à l’ensemble du lieu. Je ne pus m’empêcher de penser que, là aussi, un bon coup de peinture n’aurait pas été du luxe…

Je m’interrogeai. L‘auberge semblait avoir été figée dans le temps. A cette idée, le visage de l’hôtesse me revint en mémoire. Je fus étonné de penser que la jeune femme, fraîche et dynamique, ne devait pas avoir plus de trente ans.

Un gargouillement familier s’échappa de mon estomac. Mes maux de ventre avaient disparu, et je m’aperçus soudain que j’avais faim. Et ce n’était pas un petit creux : j’avais une faim de loup. Mon estomac criait famine. Il suppliait, comme s’il n’avait rien avalé depuis des années ! Tout heureux d’avoir enfin retrouvé mon appétit légendaire, je miaulai de joie. Les festivités pouvaient commencer… J’étais prêt à dévorer l’intégralité du menu, strudel inclus !

1 Flagorneur : se dit de quelqu’un qui flatte bassement

Chapitre 08 : Le Bout du monde

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Précédemment dans l’histoire : Pendant le trajet, Moustache apprend que l’ancien propriétaire du manoir s’est donné la mort en se défenestrant du premier étage. Une révélation tragique, qui laisse les Malloré sans voix.

Franck avait toujours eu un don particulier pour mettre l’ambiance.

J’étirai légèrement le cou. De toute façon, songeai-je en moi-même, l’heure était sans conteste à la désespérance. Depuis plus d’une demi-heure, aucune autre voiture n’avait croisé notre route, comme si nous étions seuls au monde, derniers survivants d’une épidémie vengeresse qui aurait vidé la Terre de ses habitants. Ici, la vie sauvage avait repris ses droits. Continuer la lecture

Chapitre 07 : Georges Wingard

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Précédemment dans l’histoire : Les Malloré roulent en direction du manoir. Moustache, qui ne supporte pas les trajets en voiture, est pelotonné sur les genoux de Samuel. Il fait son possible pour se retenir de vomir, maudissant Mike pour sa traîtrise.

La voiture s’enfonçait dans la campagne obscure. Un épais manteau vert sombre recouvrait les collines alentour telle une couverture matelassée, protégeant leurs flancs du vent froid qui les fouettait. 

A leur sommet, d’immenses forêts de pins s’étendaient à perte de vue. Leurs cimes, invisibles, disparaissaient dans une couche de nuages grisâtre.

Je me sentais mal. Mon estomac se tordait davantage à mesure que nous roulions. Des crampes de plus en plus aiguës le tiraillaient. Des relents acides me brûlaient la gorge. Il ne manquait plus qu’un orage éclate et mon bonheur serait complet !

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Chapitre 06 : En voiture, Moustache !

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Précédemment dans l’histoire : Dans le cadre d’un héritage familial, les Malloré ont été mandatés pour instruire la vente d’un manoir isolé en pleine campagne. Pour suivre la vente au plus près, ils s’apprêtent à passer deux semaines de vacances sur les lieux.

Au matin du départ, les Malloré s’affairaient. Bousculé dans ma tranquillité, je décidai de sortir chasser. J’étais en train de guetter deux hirondelles, celles-là mêmes qui m’avaient brocardé au cabinet, quand la voix douce d’Annie vint chatouiller mes oreilles. Attiré par son timbre mélodieux, je dressai la tête :

– Viens par ici, mon petit amour de Moustache ! Ton repas est prêt !

J’arrive, ma belle ! Laisse-moi juste finir de flanquer une dérouillée à ces deux effrontées…

Depuis le temps que j’attendais de me venger !

Cependant, le son de sa voix m’avait déconcentré, ces satanées hirondelles en avaient profité pour filer. Je leur décochai un regard noir tandis qu’elles s’envolaient à tire-d’aile vers un ramage plus haut perché, m’obligeant à remettre ce règlement de comptes à plus tard. Elles aussi ne perdaient rien pour attendre. Continuer la lecture

Chapitre 05 : Un nouveau challenge

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Précédemment dans l’histoire : Moustache a été vacciné. Cet épisode, à l’origine d’une de ses plus grandes frayeurs, n’a fait que raviver sa colère contre Franck. Notre héros ne lui pardonne pas cette seconde trahison, dont il tient le chef de famille pour seul responsable. Déterminé, il jure de se venger tôt ou tard. En quête d’une occasion favorable, l’annonce d’un départ en vacances lui coupe soudain l’herbe sous le pied.

Cette année, les vacances d’hiver tombaient au début du mois de mars. Les parents de Caroline et Samuel leur avaient réservé une surprise : ils allaient passer deux semaines dans un manoir, perdus en pleine campagne !

Le couple Malloré avait été mandaté dans le cadre d’une succession familiale, dont l’unique héritier, M. Krol, vivait à l’étranger. Il souhaitait déléguer l’affaire à des agents immobiliers de proximité, et avait le plus grand mal à trouver des professionnels compétents. Continuer la lecture

Chapitre 04 : Le Docteur Chafouin

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Précédemment dans l’histoire : De bon matin, Franck immobilise Moustache et le contraint à entrer de force dans une caisse de transport.

Étendu de tout mon long sur ce qui ressemblait une table d’opération, je regardais un homme de petite taille, vêtu d’une blouse blanche, s’avancer vers moi, impuissant.

– Bonjour Moustache ! Je me présente : je suis le Docteur Chafouin !

Il se pencha sur moi et me gratifia d’une grimace supposée représenter un sourire.

– J’ai beaucoup entendu parler de toi… Je suis enchanté de faire enfin ta connaissance ! Continuer la lecture

Chapitre 03 : Coup de couteau dans le dos

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Précédemment dans l’histoire : Un matin ordinaire s’était levé sur Belleville. Rien ne laissait présager qu’un terrible drame était sur le point de s’abattre sur Moustache.

Je maudissais mon estomac, qui l’emporta sur mon instinct ce matin-là. Des crampes douloureuses tiraillaient mon ventre. L’hypoglycémie guettait, il y avait urgence ! Je me dirigeai à la hâte vers ma gamelle, les crocs luisants d’anticipation.

Pressé de soulager ma faim, je ne prêtai qu’une courte attention à ce climat suspect : ce fut là ma première erreur.

Les Malloré m’avaient gâté : ma gamelle avait été remplie avec une rare générosité. Naïvement, je m’en délectai, innocent que j’étais… Une deuxième erreur, que j’enchaînai dans la foulée.

Dans mon dos, j’entendais la voix de Franck qui parlait. Pourquoi échangeaient-ils à voix basse ? Surpris, je m’étonnai de cette inhabituelle prudence, et affûtai mon ouïe.

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Cueille aujourd’hui les roses de la vie

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– Mais tu fais quoi là ?

– Je voulais cueillir une rose pour Maman !

– C’est très gentil comme idée, mais là tu viens d’assassiner une bonne dizaine de bourgeons… Pourquoi tu n’as pas coupé plus haut ?

Elle lève les bras : l’argument, imparable, parle de lui-même, il se passe de commentaire.

(Plus tard)

– Et alors, tu n’as pas offert ta branche de roses à Maman ?

– J’ai bien réfléchi, et j’ai eu un peu honte d’avoir tué autant de bourgeons, alors…

Chapitre 02 : Un réveil ordinaire

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Ce matin-là, je me souvins de m’être étiré avec une langueur insouciante. J’avais pris le temps de paresser dans le lit de Samuel quelques instants, avant de songer à me lever. Un jour clair et rose se levait sur Belleville, l’aimable bourgade se réveillait paisiblement.

Je baillai, bercé par le doux son du clocher qui carillonnait. J’entendais les gazouillis des oiseaux qui s’ébrouaient, me suggérant de plaisantes perspectives d’occupations pour la journée. L’exercice m’avait manqué, et la chasse était une de mes activités préférées.

Perdu dans mes pensées, je me fis bêtement la réflexion que M. Michelon, le boulanger du village, avait certainement déjà ouvert sa boutique : chaque matin, les Bellevillois les plus matinaux s’y pressaient, sitôt rideau levé, impatients de mordre dans ses viennoiseries avec voracité. Combien de fois les avais-je aperçus, de loin, rongeant leur frein ? Continuer la lecture

Chapitre 01 : Les promesses du printemps

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L’hiver s’en était allé à Belleville, laissant place aux promesses du printemps.

Nous étions au début du mois de mars, il était à peine dix heures du matin.

Depuis quelques jours, la ribambelle de moineaux, geais, mésanges et autres espèces de volatiles étaient revenues de leur migration hivernale. Les branchages du Boulevard Central avaient reformé les rangées d’un amphithéâtre de saison : dans les feuillages des tilleuls, un doux ramage symphonique s’élevait à nouveau, dès les premières lueurs du jour. L’agitation matinale avait repris son cours.

La végétation, complice, fleurissait à son appel. Sur le bord des routes, autour des aires de jeux ou dans les bois environnants, de jolis bourgeons offraient un feuillage hardi à la vue des passants, d’une couleur vert vif, éclatante de vigueur.

Sur la place de l’église, le vieil arbre centenaire surveillait placidement les alentours. Planté au cœur du centre historique de Belleville, il en avait vu passer, des saisons. Pour tous les habitants, ses frondaisons étaient une institution. Continuer la lecture

Cette fois-ci, c’est la bonne !

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– Bonjour, c’est Pauline des Editions *** à l’appareil !

Arnaque ? Mauvaise blague ? Canular ?

Pendant plusieurs jours, je suis passée par tous les états. La jeune femme, apparemment très intéressée, m’a demandé de lui envoyer les tomes suivants.

– Imagine Minou, elle lit les deux autres tomes et elle les déteste… Elle ne voudra plus publier le premier non plus…

L’angoisse dure plusieurs jours.

Second coup de fil. Verdict : la série, dans son intégralité, lui plaît !

Puis Pauline, c’est tellement joli… (en la circonstance, elle se serait appelée Mauricette ou Gertrude, j’aurais certainement trouvé ça tout aussi mignon, soit).

– Je vous envoie le contrat très vite…

24 heures après.

– Pourquoi t’es habillée tout en noir on dirait un corbeau ?

– J’attends le contrat… Elle m’a dit « très vite ». Moi, quand on me dit « très vite », ben ça veut dire « très vite »… Sinon faut dire « bientôt »… Ou je sais pas moi, « sous quelques jours »… Elle m’a dit « très vite ». Et j’ai toujours rien reçu. A tous les coups elle va changer d’avis…

– Ou alors elle va publier que les pages paires du bouquin !! Arrête un peu ton délire.

Nouvelle nuit blanche.

Le matin suivant, j’ai reçu le contrat… Assorti d’un petit mot gentil.

Je le regarde.

– Mais alors… alors… c’est vrai ? Moustache va être édité ?

Il me sourit.

– Félicitations, Mademoiselle M !

J’aurais juré voir un peu trop ses yeux briller…

Le chemin de l’école

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Elle est passé où ? Y’a deux minutes elle était là, à côté de moi ! La chipie… Et voilà ! Une fois de plus, elle est partie cavaler je ne sais où !

Son école et celle de son frère sont éloignées d’environ 300 mètres.

Je me dirige rapidement vers l’établissement du grand, et la retrouve assise sagement devant le portail, sur son petit banc.

– Mais où étais-tu passée ? Je m’inquiétais !

– J’ai trouvé une autre route pour arriver ici !

– Je ne suis pas d’accord. Un jour, tu vas de te perdre dans ces petits chemins de traverse !

– Aucun risque.

– Comment ça ?

– C’est facile : pour arriver au collège, il suffit de suivre les égouts jusqu’au bout, on arrive pile devant !

Dois-je comprendre que l’école, ça pue ? Charmante vision du parcours scolaire !

La bonne recette

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Pour moi, l’écriture ressemble d’assez près au travail du boulanger.

J’assemble les ingrédients, avant de mélanger lentement. Je pétris ensuite la préparation, encore et encore, jusqu’à obtenir une texture lisse. Un matériau souple. Prêt à mettre au four.

Je l’étale consciencieusement avant de le poser sur la plaque.

Les illustrations sont cette chaleur qui fait gonfler la pâte. Je la regarde monter, émerveillée…

Cependant, pour être honnête, j’espère que j’écris mieux que je ne cuisine.

– Maman !!! T’as encore fait brûler les cordons bleus !

Oui, une de mes spécialités. Avec le plat brûlant malencontreusement renversé.

Songez… Il faut tout de même un certain talent pour y arriver !

« Courtes » réflexions sur l’Eurovision

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La première candidate chypriote, Elena Tsagrinou – ce n’est pas qu’une bimbo peroxydée, elle a aussi un nom – déboule sur scène avec une robe transparente à peine existante. Mon fils, vivement intéressé par sa prestation, lui attribue une note qui percute le plafond.

Défile ensuite une plantureuse Barbie, made in Albanie, plus connue sous le nom d’Anxhela Peristeri. Moulée dans une robe incendiaire dont les franges à paillettes dissimulent autant ses hanches protubérantes qu’un miroir sans tain dans une salle d’interrogatoire…

Elle laisse place à Eden Alene, représentant Israël, rapidement incommodée par le col roulé de son blouson ajusté à la perfection pour un demi de mêlé… Et dont la longueur s’arrête, curieusement, juste à la hauteur des fesses.

Gênée par tant de matière, évidemment, elle l’enlève… Et finit son show en nuisette, chacun se devant de constater qu’une bonne entrecôte grillée ne pourrait que lui profiter.

Après la Belgique et la Russie, qui offrent des prestations plus habillée bien que tout aussi réussies – il convient de le préciser semble-t-il – arrive Malte… Et surtout, la Serbie.

Ah, la Serbie… Trois bouches voix pour le prix d’une : de quoi en faire rêver plus d’un !

– Franchement Loulou, tu me verrais sortir comme ça ?

– Certainement pas !

Je marque une pause, songeuse.

– Hum… Tu serais pas en train d’insinuer que ça ne m’irait pas ???

– Mais non Maman, c’est pas ça !

Ah ! je pense, soulagée de constater que l’indécence le dérange…

Lettre-type de refus

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Certains m’ont demandé à quoi ressemblait une lettre de refus.

Afin de satisfaire leur curiosité, j’en publie une, la plus récente.

Les éditeurs brandissent souvent le sacro-saint argument de la ligne éditoriale. On m’opposera cette fois l’inadéquation avec le développement souhaité de leurs collections.

Je le savais. La route que j’ai choisi d’emprunter n’est pas la plus aisée !

Driiiing !

Tiens, tiens… Un numéro inconnu… On décroche ?

Masculin et Féminin sont sur un bateau…

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– Tu as joué à quoi dans le jardin ce matin ?

– J’étais le fils de Batman.

– La fille, tu veux dire…

– Non non, le fils ! Mon père, c’était Batman, et ma mère, Batwoman.

Il y a une tout de même une femme dans son histoire, ce n’est pas si mal.

– Eh oui… Pour faire un enfant, tu sais bien qu’il faut un papa et une maman…

– Ma maman à moi, elle était morte au combat !

Ca m’étonnait aussi…

Juste après avoir accouché, elle s’était faite assassiner. Une affaire rondement menée.

– Elle est gaie ton histoire…

– Ca va, c’est pour rigoler !

Mon sens de l’humour n’est pas démesuré.

Quand je l’imagine à seize ans, j’ai peine à la voir apprêtée pour le bal de fin d’année, discrètement maquillée, cheveux parfaitement lissés. Je la visualise plutôt casquette visée sur la tête, portant un baggy et son éternel skate à la main.

L’avenir est un secret, c’est vrai… Par conséquent, je peux me tromper.

– Maman ! T’as pensé à prendre mon sabre laser ?

Ca ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée sur le sujet.

Driiiiiing !!!

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Quand une maison d’édition te répond par mail, en général, ce n’est pas pour t’annoncer une bonne nouvelle…

Du coup, chaque fois qu’un numéro inconnu tente de me joindre, j’espère :

Driiiiing…

– Allô ?

– C’est le livreur d’Amazon ! J’ai un colis pour vous…

Grrrr…

Driiiiing…

– Oui ?

– Bonjour, c’est Amélie d’Orange. Connaissez-vous les avantages de la fibre ? Vous êtes éligible !

Je veux pas être fibrée, je veux être éditée !

Driiiiing…

– Vous êtes Arthur Martin ?

Il fut un temps où les faux numéros, je trouvais ça rigolo.

Parfois, j’ai l’impression d’attendre Godot.

Soupir… 

Allez, j’y retourne, le travail m’appelle. Si seulement les éditeurs pouvaient faire de même !

J’y arrive pas, mon œil !

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Le dimanche – en général – c’est off.

En revanche, pour les devoirs, on se met à l’œuvre après avoir débarrassé la table du petit-déjeuner. Plus vite c’est fait, mieux c’est.

Pour ma fille, exercice de français.

Conjugaisons, je vous hais…

Je prends la bête avec des pincettes.

– Tu veux bien m’épeler le verbe faire, ma petite chérie d’amour de zigouigoui joli ?

J’ai beau soigner mon approche, lourde résistance au démarrage.

Elle souffle.

– Alors… je fais, avec un s… Tu fais… ben… pareil !

A peine passée la première, elle s’arrête.

De mon côté, j’attends.

J’attends…

Ca y est, ça m’agace !

– Alors ?

– Il fait… t.

– Ouiiiiiiii ! Très bien !

Faut embrayer.

– La suite ?

– Nous faisons, vous faisez

– Eh non… C’était vous faites !

Le bolide vient de caler.

– Allez, répète s’il te plaît.

Regard noir :

– Vous faites !

Elle me l’épèle sans se presser, avec la lenteur d’une retraitée.

Je lui oppose un sourire comblé, ma technique est bien rôdée.

– Bien… Et la dernière ?

– Ils… (Elle s’arrête) Mince…, je sais plus.

– T’as qu’à choisir une phrase pour t’aider. Je sais pas, la première qui te passe par la tête… Les parents hum la sieste, les enfants hum la vaisselle…

– Ben non, ça marche pas !

– Quoi ?

– Faudrait plutôt dire les enfants font la sieste les parents font la vaisselle !

Moi, ses difficultés, j’ai tendance à croire que c’est principalement un manque de volonté !

Encore une histoire de priorité

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– Hé, mon cœur, pas trois heures sous la douche !!! Je fais tous les jours la leçon aux enfants, m’oblige pas à faire pareil avec toi !

– Désolée Minou… J’aime bien réfléchir sous la douche.

– A quoi ? A l’écologie ? Aux dépenses énergétiques ? Aux pays sous-développés, qui n’ont pas suffisamment d’eau pour se laver ?

– Je pense à mon nouveau roman… J’ai mon idée, j’étais justement en train d’y penser… J’ai envie d’essayer autre chose, je me demande si ça va marcher… Je tiens une idée, tu vois, j’ai bien envie de la développer mais je sais pas si ça vaut le coup. L’histoire m’inspire bien, c’est certain…

– En tous cas, ton roman ne sortira pas du robinet !!! Alors si tu pouvais t’activer, j’apprécierais.

Je le regarde s’en aller, un peu blasée.

On n’a décidément pas le même sens des priorités !

Esquisse#9 : Annie

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Ah, Annie… La belle Annie, la douce Annie.

Annie est une maman calme…

Aimante et compréhensive…

Dévouée. Organisée.

Diplomate.

Elle prépare les petits-déjeuners, les jus d’orange pressés. Elle retrouve les clés égarées.

En un mot, c’est une femme parfaite ! Une femme idéale. Un roc sur lequel on s’appuie. Je la voulais ainsi… Après tout, L’Esprit de famille est une fiction : j’ai droit à quelques projections !

Pourtant, un jour, elle a fui…

Elle a renoncé, elle aussi.

Et cette fuite lui a laissé un profond sentiment de culpabilité, qui n’en finit plus de la hanter… Contrairement aux apparences, ce personnage, intérieurement torturé, est  en quête d’apaisement.

Pour y parvenir, Annie devra renouer avec son passé. Et quelqu’un qu’elle n’a pas revu depuis des années devra l’accompagner.

Ca balance pas mal !

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A la sortie du collège, mon fils a l’air préoccupé.

– Maman, j’ai peur…

– Pourquoi ?

– Aujourd’hui à l’école, Léa m’a envoyé des mots… Baptiste a menacé d’aller nous dénoncer à la Directrice, elle va peut-être me mettre un avertissement dans le carnet.

Je souris, soulagée.

– Je ne crois pas qu’elle prenne une décision aussi sévère pour quelques petits mots échangés en cours… Mais sache que je ne te félicite pas, une attitude aussi  désinvolte en cours ne me plaît pas.

Pause.

– Cependant, Baptiste n’a pas à agir comme ça non plus. Ce n’est pas correct de balancer les copains. Elle t’écrivait quoi, Léa ? C’était important ou pas ?

– Non, t’inquiète… Elle a trompé Vincent pendant les vacances. Et, comme j’ai discuté avec lui à la récréation, elle voulait savoir s’il l’aimait toujours…

Effectivement, dossier brûlant.

– Tu joues l’assistante sociale, maintenant ? je lui demande, amusée. T’as rien d’autre à faire au collège ?

– Si je ne l’écoute pas, elle va raconter sa vie aux autres donc je préfère qu’elle vide son sac avec moi. Ca évite que tout le collège soit au courant.

– Je vois… Je ne savais pas que tu étais un si bon confident !

– Oui… enfin… Je l’ai quand même dit à Vincent.

– Quoi ???

– Ben oui… Je me suis dit qu’il fallait qu’il soit au courant !

– Mais enfin mon chat, pourquoi t’as fait ça ?

Et lui de se justifier, feignant d’être choqué :

– Maman ! Elle l’a trompé, ça ne se fait pas !!!

Ecouter ainsi un aveugle blâmer la mauvaise vue du borgne me laisse sans voix.

Esquisse#8 : Franck

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Franck constitue le grand rival de Moustache. A cause de lui, Moustache doit réfréner ses ambitions. La place du chef de famille, qu’il brigue dès son arrivée, est déjà prise.

En outre, c’est Franck qui a choisi de l’affubler de ce ridicule prénom. Alors que ce dernier rêvait de lustre et de grandeur, le père des enfants a décidé de l’appeler « Moustache », mettant le reste de la famille du même avis.

Cette blessure narcissique, notre héros ne la lui pardonne pas. C’est ce que j’ai essayé de souligner dans la description qu’il fait de Franck, au chapitre 7, « L’Annonce ». Il brosse un portrait de lui peu flatteur, le trouve quelconque, allant jusqu’à déplorer sa « quarantaine plutôt ingrate ».

En vérité, Moustache est tout simplement jaloux. Jaloux de l’autorité dont Franck dispose au sein de la famille, mais aussi de sa relation avec Annie dont il tombe rapidement amoureux. Et, étant donné que ses sentiments sont directement reliés à son estomac – ou aux caresses qu’il reçoit – vivre auprès de Franck ne l’enchante pas.

En effet, ce dernier le tolère, il ne l’admire pas. Pour Franck, Moustache n’est qu’un chat… Une dénomination que Moustache, évidemment, ne supporte pas !

 

Esquisse#7 : Caroline

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Bouchez-vous les oreilles, je vous présente la petite Caroline !

Oui, Caroline ressemble beaucoup à ma fille, et ce n’est pas uniquement parce qu’elle a huit ans. C’est un petit garçon manqué, à la voix insupportable (il paraît qu’elle a la même que moi, mais vous savez bien que soi-même on ne s’entend pas !). Blondinette, mal coiffée, les cheveux courts, j’avoue que je me suis beaucoup inspirée de ce que j’avais sous le nez… Et, forcément, je me suis amusée.

Ce personnage n’a pas la langue dans sa poche. Elle fait d’ailleurs souvent preuve de plus de perspicacité que son frère. Elle est logique, pragmatique, et d’un tempérament fougueux.

Il m’a semblé judicieux que le frère et la sœur puissent être complémentaires, cette dualité me permettra de débloquer certains nœuds de l’intrigue.

Caroline est bavarde, et elle adore Moustache. Elle lui raconte toutes ses journées par le menu. Lui, évidemment, feint toujours d’être grandement intéressé : Caroline n’a pas son pareil pour le câliner !

D’ordinaire, son frère et elle se chamaillent sans arrêt. Mais l’arrivée d’Henriette va plus que jamais les souder.

Esquisse#6 : Samuel

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Samuel est le fils aîné des Malloré. Il a quatorze ans.

Moustache et lui ont une relation privilégiée. Chaque soir, en effet, notre héros vient le rejoindre dans son lit sans faire de bruit.

Samuel est un adolescent calme et responsable, qui ne supporte pas l’injustice et aime sa tranquillité. Contrairement à sa sœur, il fait toujours preuve de pondération et de mesure. Malheureusement, l’attitude d’Henriette va le pousser dans ses retranchements et le faire sortir de ses gonds.

En effet, Samuel est un personnage prêt à tout pour protéger ceux qu’il aime.

Esquisse#5 : Rousquille

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Rousquille est le caniche d’Henriette.

Quand les Malloré demandent à cette dernière de venir garder leurs enfants, Rousquille fait donc logiquement le voyage avec sa maîtresse.

Chiens et chats ne s’entendent pas. Et l’histoire du roman ne démentira pas le proverbe. Dès qu’il l’aperçoit, les poils de Moustache se chargent d’électricité : à peine arrivée, il la déteste déjà !

Entre Samuel et Caroline qui ne décrochent pas trois mots à Henriette, et Moustache et Rousquille qui se haïssent déjà sans même se connaître, la cohabitation s’annonce très mouvementée.

J’ai voulu ce personnage précieux et raffiné, ce qui lui fait tout de même un point commun avec Moustache. Cela les place également en rivalité, donnant du piment aux relations entre ces deux personnages. J’ai essayé de dessiner Rousquille comme je l’imaginais, avec un petit côté Marie-Antoinette.

Pour mémoire, la rousquille est une pâtisserie catalane en forme d’anneau bien connue, très moelleuse, recouverte de sucre glace et parfumée au citron ou à l’anis. Quand on la tient au creux de sa main, elle ressemble à un joli petit nuage. Il faut alors se dépêcher de le manger, son enrobage sucré peut rapidement coller…

Esquisse#4 : Henriette

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Je ne peux pas dévoiler grand-chose de ce personnage, sans spoiler une partie de l’histoire. Pour le moment, ce qu’on sait d’elle ne présente pas ce personnage à son avantage.

Dès les premiers chapitres, je brosse d’elle une image volontairement contraire à l’idée que l’on se fait d’une grand-mère. Les enfants la détestent. Et ils ont de bonnes raisons de le faire : aigrie et acariâtre, elle passe son temps à râler toute la journée !

Elle vit seule depuis des années. Et, quand elle rend visite aux Malloré, elle ne fait aucun effort pour s’adapter.

Pour une cause qu’ils ignorent, Annie, sa fille unique, est la seule qui fait preuve de compréhension à son sujet…

Adaptation des droits

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Je finis ma conversation téléphonique.

 Il arrive dans le bureau, surexcité :

– Alors ? Ils ont décidé quoi ?

– Pardon ?

– Comme t’étais occupée, j’avais dit aux studios Pixar de te rappeler. Ils te rachètent les droits ou pas ?

Je soupire, blasée.

– Minou…

– Oui …?

– Plutôt que de t’ennuyer, t’as pas un mur à poncer ?

Effluves d’adolescence

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Mon fils vient me voir au bureau.

– Ca y est ? T’as fini ta recherche pour le collège ?

– Non, l’ordinateur n’a plus de batterie…

– Et tu l’as mis à charger ?

Il prend son petit air désolé.

– Ah non… J’y ai pas pensé.

Ca m’a rappelé quand nous jardinions la dernière fois, il était censé ramasser les feuilles. Au bout d’un moment, je l’ai surpris qui rêvassait :

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui ai demandé.

Plus rien… Puisque le sac poubelle était plein.

– Au fait mon chat, je voulais t’informer : la télé est cassée.

– Ah bon ?

– Oui, j’ai vu qu’elle était débranchée…

Silence.

– On est bloqué, tu ne pourras plus jamais la regarder !

Il lève les yeux au ciel, il commence à saisir où je veux en venir.

– Et tant que j’y pense : à partir de maintenant, prends bien soin de tes vêtements…

– Pourquoi ?

– Quand ils seront tous sales, t’iras au collège à poil !

– C’est bon Mamanme dit-il en soufflant, tu peux arrêter, j’ai compris l’idée !

– Rassure-moi : tu réfléchis à ce que tu dis des fois ?

Il m’adresse un grand sourire en retour.

– Avoue… Si je changeais, ça ne te conviendrait pas.

– Tu peux préciser ?

– Tu serais paniquée : tu ne me reconnaîtrais même pas !

Il me regarde les yeux rieurs.

Vive la mauvaise foi…

L’envie soudaine lui prend alors de se blottir contre moi.

– Sois tranquille mon amour…

– Pourquoi tu dis ça ?

– Avec l’odeur que t’as sous les bras, je te retrouverais jusqu’en Alaska !

– Maman !!!!!!

Et les yeux fermés, mon petit chat ! Crois-moi !

Esquisse#3 : Mike

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Au premier abord, Mike est assez impressionnant, pour ne pas dire terrifiant. Loin d’inspirer aux gens une quelconque sympathie, je l’ai imaginé sale et repoussant.

Mike est un ancien chat de gouttière, né dans la rue, avant d’être abandonné par sa mère. Luttant pour sa survie, il a longtemps erré dans le quartier, glanant ça et là quelques restes à manger.

En fin de journée, il a l’habitude de se rendre à la déchetterie. Là-bas, il trouve en général toujours de quoi se remplir l’estomac. Cependant, il n’est pas tout seul à fréquenter ce lieu, d’autres chats y rôdent régulièrement.

Un soir, Mike fut pris à partie dans une violente bagarre. Malgré le grand courage dont il fit preuve, les autres chats errants décidèrent de se liguer contre lui : ils lui flanquèrent une cinglante dérouillée, avant de s’en aller. Sévèrement meurtri, il resta ainsi toute la nuit, agonisant des heures durant entre un étendoir cassé et un aspirateur à demi-éventré.

Le lendemain matin, Jojoko se rendit à la déchetterie. Elle était à la recherche de quelques objets à réparer et, comme elle vivait seule, ça l’occupait.

Quand elle aperçut sa carcasse mutilée, ce dernier ne respirait presque plus : sans réfléchir, elle courut le confier au bons soins du vétérinaire de Belleville, qui réussit par miracle à le sauver.

Une fois rétabli, il s’empressa de trottiner jusque chez elle. Dans sa vie, jamais quiconque ne s’était soucié de lui. Le geste de la vieille dame l’avait profondément touché, il tenait donc naturellement à la remercier.

Quand il arriva chez elle, il sentit immédiatement que quelque chose clochait. Un représentant était en effet sur le point de l’escroquer… Ce jour-là, ce fut lui qui la tira d’un vilain guêpier.

Ainsi liés, Mike et Jojoko décidèrent de ne plus se quitter. Ils firent vœu, toujours, de se protéger.

Essayer de dessiner (à peu près !)

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– T’en penses quoi minou ? On le reconnaît ?

– Ah oui, tu l’as vraiment bien fait…

Avant de s’étonner :

– C’est quand même une drôle d’idée…

– Quoi donc… ?

– Ben… de lui avoir donné des mouches à manger !

Ca va pas fort, mais faut pas exagérer !

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– Je ne comprends pas… J’ai passé ma journée à travailler. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir rien fait…

– Je suis sûr que c’est pas vrai !

– Si !

Je tape du pied (oui, j’ai aussi ce vilain côté).

– En plus, j’ai mal dormi…

Il se remet à bricoler.

– T’as vu le temps qu’il fait… ? C’est horrible : il pleut sans arrêt !

Il sourit.

– Si je comprends bien, y’a rien qui va aujourd’hui.

Comment il sait ?

– Là, même si je te proposais de partir à Bora-Bora, je suis sûr tu ne voudrais pas !

Je le regarde. Il est fou ou quoi ?

– Ouais, dit-il avec un petit sourire amusé. Je me disais, aussi… J’étais peut-être allé un peu loin !

Si tu veux connaître le fond de ma pensée, je dirais plutôt pas assez, en vérité.

Bref.

Je retourne bosser, toujours aussi déprimée. 

Ah, Bora-Bora… Un jour viendra, tu seras à moi… Et ce jour-là, surtout, faites que je ne croise pas un chat !

Esquisse#2 : Moustache Malloré

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 Notre héros est un chat orgueilleux en plus d’être très gourmand. Il a aussi une haute estime de lui-même, ce qui le rend assez susceptible, et je m’amuse beaucoup à jouer de ce trait-là de caractère dans les trois tomes de la saga.

Moustache passe son temps à se mettre en valeur. D’un tempérament coquet, il aime prendre soin de lui. C’est d’ailleurs sa principale activité : toilettes et manucures constituent la majeure partie de son quotidien !

Il souffre toutefois de vertiges chroniques ce qui, pour un chat, est assez étonnant. Comme il est d’un naturel peureux, il panique très vite, contrairement à Mike qui, lui, a rarement froid aux yeux. Leurs caractères étant diamétralement opposés, je trouvais que les lier d’amitié était une bonne idée, et qu’elle rendrait ces deux personnages encore plus attachants. J’espère ne pas m’être trompée.

On dit souvent qui se ressemblent s’assemblent. Ce n’est pas toujours vrai.

Moustache tombe rapidement amoureux d’Annie. C’est elle qui lui donne à manger le matin alors forcément, ça crée des liens. Par opposition, il développera vite une forme de rivalité avec Franck, que j’ai voulu plutôt touchante.

Loin d’être en admiration devant lui, Franck est en effet le seul qui considère Moustache pour ce qu’il est, à savoir un chat. N’en déplaise à ce dernier, c’est la stricte réalité.

Dans l’histoire, Franck occupe une véritable place de chef de famille. Moustache est donc souvent contraint de lui obéir, ce qui n’est pas sans l’agacer. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour le lui signifier dès qu’il en a la possibilité.

Pour s’adapter à sa nouvelle vie, notre héros devra donc voir plus loin que son nombril, et ce ne sera pas toujours facile… Cependant c’est le prix à payer quand on veut faire partie d’une famille aimante et soudée, qui est celle formée par Malloré.

La faute à Voltaire

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– Maman, me dit mon fils, faut que je choisisse un nouveau mot de passe. Maintenant que tu connais le mien, ça sert à rien…

Je lui réponds que ce n’est pas la peine, mon propre numéro de carte bleue me sort régulièrement de la tête.

– T’as qu’à choisir « modpas », tout simplement. Comme ça, si tu t’en souviens pas, ta sœur te le retrouvera !

Evidemment, la principale intéressée n’était pas là.  La pauvre… L’orthographe est vraiment sa bête noire.

Même si on essaye de dédramatiser, je ne peux m’empêcher d’être préoccupée.

Sur la porte de chambre, il est écrit « N’entré pa, dangé ! ». Vous le constaterez, cette dernière est sous haute sécurité…

Elle a rapporté de sa classe verte un « caillé de natur », très bien illustré. Cette dénomination n’a malheureusement rien à voir avec les vaches qu’elle venait d’observer. Et, drôle de curiosité, j’ai appris qu’on leur donnait du « fion » à manger…

Quand je lui fais réviser sa dictée, elle essaye de m’extorquer des indices de toute beauté :

– Dis-moi Maman, dans « maintenant », y’aurait pas un « u » par hasard ?

Non, pas de « u »… Et pas de « w » non plus.

C’est un vrai petit garçon manqué : elle ne porte que des shorts, jamais de jupe, même en été. Et pour cause : difficile de grimper dans les arbres ainsi habillée…

Encore un argument tout à fait justifié vous me direz. Très vite, j’ai abandonné l’idée…

Son père, lui, résiste encore. Il ne veut pas lâcher.

Sa fille porte les cheveux courts, ça lui déplaît :

– N’empêche, qu’elle lui fait, j’ai plus besoin de m’embêter à les brosser !

A côté de ça, elle a mis à jour un système de cordes et balles entremêlées dans sa chambre, qu’elle a attaché à la poignée et qui l’informe de notre arrivée.

Dehors, elle a construit un filet pour que ses plantations soient surélevées. Ainsi adaptées, elle arrive à les arroser dans le jardin sans difficulté ; et peu importe que la tondeuse ne puisse plus traverser, ses créations passent en premier.

– Dans « trottinette », ma chérie, n’oublie pas : il y a deux T.

– N’importe quoi ! Y’en a cinq, tu sais même pas compter !

Pendant le confinement, j’ai essayé d’expliquer à mes enfants le fonctionnement des éclipses solaires. Elle m’a gentiment fait remarquer que, telle que je l’avais positionnée, la Terre était mal placée… Ce qui était tout à fait vrai : je m’étais royalement plantée.

– Maman, pourquoi on peut pas vivre au milieu de la forêt ? On ramasserait du bois et on chasserait pour manger !!!

Quand je lui ai dit que Nutella au goûter, faudrait oublier, elle a quand même eut l’air d’hésiter…

Et, comme avec du scotch et trois bouts de ficelle, elle vous fabrique une montgolfière, je me dis que ça ne vaut peut-être pas la peine de s’arracher les cheveux comme j’ai pu le faire…

Pour le reste, c’est la faute à Voltaire.

Blague et préjugés

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Les enfants viennent souvent lire dans mon bureau. Mais, comme je suis seule à le ranger, voilà ce qui peut parfois arriver :

– Mon chat, j’ai jeté les magazines qui traînaient sur le canapé, ils étaient tous abîmés !

– Oh non ! Me dis pas que t’as balancé tous mes Astrapi ! Y’avait des supers blagues d’orthographe dedans !!!

Je me fige, avant de tourner la tête vers mon conjoint, médusée.

– Tu peux développer ? qu’il lui demande, inquiet.

De mon côté, je suis en panique totale. Je l’imagine déjà, tout seul à la récréassis sur un vieux banc mouillé… Et, pour ne rien gâcher au tableau, on vient bien sûr de lui piquer son goûter.

– Ben, je sais pas… Toutes les lettres de l’alphabet sont en réunion, sauf cinq. Lesquelles ?

La seconde d’après, il nous avait mouchés et moi, la tête dans la poubelle, GTOQP à tout récupérer.

Je suis, vous me suivez (ou les trois, parfois)

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Avant de me plonger dans l’écriture, je faisais régulièrement du footing. Puis, débordée par le travail que cela demandait, j’avais tout arrêté…

J’ai décidé récemment de me faire violence. Je chausse à nouveau mes baskets deux à trois fois par semaine et, dimanche dernier, ma petite famille m’a même accompagnée !

On court tranquillement quand je vois ma fille détaler, toute heureuse de nous doubler :

– Et voilà, c’est moi qui est devant la troupe !

– Qui suis…

– Mais non ! Tu vois bien que c’est vous qui êtes derrière !!!

Je pense, perplexe : « cette conversation n’a aucun sens ! ».

Je ralentis un peu, le temps de comprendre…

Ca y est !

Je « suis », nous « suivons »… Vous me suivez ?

C’est dimanche, il faut beau et elle est en pleine santé… Zut ! Pour une fois, je laisse tomber !

Esquisse#1 : Jojoko

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En ce moment, je suis en train de chercher la tête de mes personnages.

La première, ou du moins celle que je vous présente aujourd’hui, c’est Jojoko.

Jojoko est un personnage loufoque, d’une tendresse sans borne. Je trouvais amusant que dans mon roman l’un de mes personnages se perde un peu les chèvres… Si on regarde bien, on a tous une Jojoko autour de nous.

Jojoko parle à ses plantes vertes, elle ouvre et ferme les portes des placards plusieurs fois par jour. Elle met toujours ses vieilles charentaises au réfrigérateur, le soir, avant de se coucher. C’est vrai qu’elle aime sentir le frais réveiller ses pieds… Elle dit que ça lui rappelle un peu sa Russie Natale.

Il n’y avait qu’un personnage aussi déjanté capable de recueillir Mike à la déchetterie. Elle y était venue chercher quelques canards à cinq pattes, c’est finalement avec lui qu’elle est repartie… Elle lui a sauvé la vie.

On le sait tous, des familles, il en existe de deux types. Les familles de sang, et des familles de cœur. Celles imposées par la naissance, et celles qu’on a choisies.

Mike et Jojoko sont des figures très fortes de solitude et d’indépendance. Deux âmes cabossées, à la noblesse rare, que le destin fera se rencontrer et qui ne se quitteront plus jamais.

Minou, j’ai une blague !

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– Oh ! J’ai lu une blague qui m’a faite trop rire, Minou. Attends que je m’en rappelle…

Je me concentre une seconde.

– Ah oui… C’est ça !

Pause.

– Si Gibraltar est un détroit, qui sont les deux autres… ??!?

J’éclate de rire ! Il me fixe, sidéré.

– Génial, non ? Ca s’appelle un apophtegme !

Il me corrige :

– Non mon coeur… Ca s’appelle une blague de merde !

Et voilà…! Dès que c’est un peu littéraire, l’humour n’est plus le même.

#payetonbideavectonapophtegme

Maman, tu aimerais mourir comment ?

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Je hochai la tête, l’air entendu, et me fit la remarque que cette femme avait, indubitablement, un goût certain…

– A table !!!

– J’arrive !

Dix minutes plus tard, je m’installe sous trois paires d’yeux qui me mitraillent.

– Désolée, je finissais un truc…

– C’est toujours toi qu’on attend !

A peine je plante mon premier coup fourchette, ma fille me pose une des questions dont elle a le secret :

– Maman, tu aimerais mourir comment ?

Et vlan.

Dix minutes de retard, c’est pas non plus un drame !

– Eh bien… euh… je ne sais pas… Mais ce qui m’arrangerait en tous cas, ce serait que je ne souffre pas.

Pause. Je la regarde.

– Pourquoi ? T’as quelque chose prévu pour moi ?

Elle sourit, je me détends légèrement.

– Moi, j’aimerais mourir en sauvant le monde ! Comme Iron Man, quand il prend le gant de Thanos avec les pierres dedans ! Bon, c’est trop de pouvoirs pour lui, mais il meurt en héros !!!

– C’est sûr, je dis, ça a un peu plus de classe que de s’étrangler avec un Tic Tac… Délicieux, minou, ton filet mignon !

– Ne parle pas, mon cœur. Mâche doucement.

I had a dream…

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7 heures. Mon conjoint me réveille gentiment.

– Nooooon…. J’veux pas me lever…

A la cuisine, mon petit-déjeuner est prêt. Mon thé à la bergamote m’attend, avec son délicat nuage de lait. Comme d’habitude, le pauvre, il a tout préparé.

– Ca va pas ?

Il voit que de la fumée me sort par les trous de nez.

– Purée, je suis dégoûtée… J’étais en train de rêver que je sortais avec Robert Downey Jr…

Pause.

– Et toi, t’as osé me réveiller !!!

– Désolée mon coeur…

Il sourit.

– Maintenant que c’est râpé, tu veux pas plutôt boire un café avec George Clooney ?

Je le regarde, l’air désespéré, avant de soupirer.

– En même temps, je ne peux pas trop t’en vouloir… Dans mon rêve, j’étais en train de le quitter.

La journée vient à peine de commencer, je suis déjà blasée. C’était Robert Downey Jr., s’il vous plaît ! Et moi, là, qui trouve rien de mieux à faire que de le larguer…

Parfois, quand même, j’ai de ces idées…

Ah, les beaux jours qui reviennent !

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Ah, les beaux jours qui reviennent !

De mon bureau, je vois le soleil briller depuis ma grande baie vitrée.

Je fais une pause et contemple le paysage au-dehors. J’entends le vent souffler. Je le regarde courir dans le jardin, en appui sur les herbes courbées.

Un bourdon me chatouille l’oreille. Je tourne la tête, je le vois zigzaguer. Il s’approche d’un joli bouton printanier…

Je le regarde qui vient le flairer, l’aile enfiévrée.

– Brrrrrzzzziiiii Brrrrrzzzziiiii… Vos pétales, i’ zouvrent à quelle heure, ma’m’zelle ?

Elle, timide, réserve son mystérieux secret.

Cette rencontre inattendue ravage mon imagination. Une fleur. Un bourdon…

Sous mes yeux, c’est loxymore parfait !

Le silence vrombissant, version végétale ! C’est l‘harmonie du scandale.

C’est le pop corn salé, l‘invention de la glace au Roquefort, la brevétisation du cale-menton (ceux qui ont essayé de dormir dans le métro comprendront).

Le succès de la grenouillère-serpillère, plébiscitée par les jeunes mamans éreintées.

L’industrialisation du savon marron, odeur goudron.

L’idée géniale des pâtes verdâtres, molles comme des calamars (soi-disant, goût épinard).

Vous ne vous êtes jamais demandé, vous-même, comment certaines idées étaient nées ? Là, soudain, j‘entrevois la façon dont le string a un jour été inventé…

Je perçois la poésie qu’il y a, l’été, à porter des sandales ajourées. Leurs menus bras croisés, sur des chaussettes en coton un peu mouillées.

C’est aussi sûrement ainsi, un matin de mai, dans un esprit inspiré, que le premier bijou d’anus est né…

C’est alors que jaillit soudain une fusée ! Surgissant de nulle part, le chat de mon conjoint déboule, l’air passablement énervé. Le voilà qui décoche un sévère coup de patte au bourdon, lui assénant une claque magistrale en plein citron !

J’entends Paf ! puis Bzziouuuuuuuuu… Ensuite, plus rien.

L’inspiration sonnée, je vois le bourdon, assommé, chuter et se planter dans le gazon encore tout frais…

–  Tu crois que ça ennuierait le printemps d’aller sonner à côté ? On s’entend plus ronfler ! semble-t-il m’indiquer, à moitié réveillé.

Ca ne marchera jamais…!

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– Minou… Parfois, ce blog, je me dis que c’est une idée débile… Ce que je raconte n’a absolument aucun intérêt !

Pause.

– Bon, tu me diras, est-ce qu’un petit parasol en bois sur une boule de glace a de l’intérêt ? Non. Et pourtant, l’idée a eu du succès.

Nouvelle pause.

– Un jour, y’a quand même un gars qui a inventé le saladier troué… Un autre, les boules carrées… Quand même, ça donne à méditer !

A la troisième pause, je le vois qui hoche la tête.

– Ah ça, mon cœur, y’a des tas d’idées ridicules qui ont marché… T‘as même pas besoin de chercher aussi loin : regarde, par exemple, notre relation ! Si ça, c’est pas une idée à la con !

Quand je suis stressée, il trouve toujours les mots pour me réconforter !

Inspiration et petites culottes

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– Touche pas, là ! Tu vois bien que j’ai mis une culotte « journée grosse patate » !

Je souffle.

– J’ai ramé toute la journée… J’ai rien fait de bon… Tout était nul : les phrases, le rythme, y’avait rien qui allait !

– Attends… Si j’ai bien compris, tu choisis tes culottes en fonction de ton humeur ?

Je le fixe, surprise.

– Ben, évidemment !

Oh l’autre…

Se trouver de nouvelles facultés

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– Maman, me dit-il alors que je suis concentrée, pense très fort à un chiffre entre 1 et 4 !

J’étais justement sur le point de m’ennuyer…

– Hum… ok, c’est bon.

– 3 !

– Tiens… Et comment t’as deviné ?

– 2 c’est pair, trop simple, et personne ne choisit jamais les chiffres des extrémités !

Ca y est, mon fils est officiellement mentaliste.

Maman, j’ai une responsabilité !

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L’ordinateur me retient en otage toute la journée. Arrivent 16h30 et le bonheur de respirer l’air frais pour aller chercher les enfants, d’un pas guilleret.

Ce soir-là, je vois ma fille sortir en souriant et s’élancer vers moi :

– Maman ! s’exclame-t-elle, toute contente. Ca y est ! J’ai eu une responsabilité !!!

Depuis le temps qu’elle attendait… Elle a l’air plus heureuse que jamais !

En effet, tous les vendredis après-midis, le maître organise un mini-conseil de classe. Les élèves volontaires peuvent ainsi se porter candidat pour des charges qu’ils assumeront la semaine suivante. Au terme d’un vote, les différents rôles sont alors attribués ; sont ainsi désignés le responsable des carnets, celui en charge du tableau, le gardien du silence, etc… Jusque-là, c’est vrai, elle n’en avait jamais décroché.

Super !!! Toutes mes félicitations, mon ange… Alors, raconte ! T’as gagné quelle responsabilité ?

Elle lève les bras en l’air et s’écrie, toute joyeuse :

Je vais m’occuper des poubelles !!! 

Je jette rapidement un coup d’œil circulaire ; les visages autour de nous s’animent d’un sourire qui se veut solidaire.

– C’est vraiment génial, ma chérie…

Avant de poursuivre, baissant la voix :

– Monte vite dans la voiture.

Les conseils (du jury de The Voice) #3

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Avec les enfants, on se cale souvent devant The Voice le samedi soir. Oui, nous aussi, on a un avis d’expert à faire valoir.

Je regarde Amel Bent consoler une jeune fille éplorée… Aucun des quatre jurés ne s’est retourné.

Cette dernière tente de la rassurer :

– De toutes façons, que tu chantes sous la douche ou devant une salle comble, le plus important, tu sais, c’est de chanter !

Aussitôt, je manque de m’étrangler :

– Mais bien sûr ! J’imagine, si un éditeur me sortait un jour “Mademoiselle M, vous savez, que vous écriviez des sms ou des romans à succès, le plus important, vous savez, c’est surtout que vous écriviez”… 

Pause.

– Et bé ? Continue, M’man… Qu’est-ce que tu dirais ?

– Rien… Par contre, il prendrait gentiment mon portable dans le nez !

(En me relisant, je ne peux m’empêcher de m’interroger… Cet article risque-t-il de saborder mes chances d’être éditée ?)

Petite peine de cœur

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Du coin de l’œil, je regarde mon fils. Il est installé sur le canapé du bureau, juste en face de moi. Il a l’air triste…

Soucieuse d’un éventuel problème, je lui demande :

– Ca va, mon petit chat ?

D’ordinaire, il aurait bondi en m’entendant prononcer ces mots… Or il ne réagit pas, ce qui a pour effet de m’inquiéter encore davantage. 

– Bof… Avec ma copine, aujourd’hui, on s’est séparé…

Aussitôt, je lâche mon clavier et tourne la tête vers lui, l’air sincèrement navré :

– Oh mon cœur, je suis désolée…

Il lève simplement les épaules en réponse.

– Et… c’est elle qui a décidé de rompre, ou c’est toi ?

– Nous deux….

Moment de silence.

– N’empêche, ça faisait trois mois qu’on était ensemble… Ca me fait quelque chose, tu comprends…

– J’imagine…

Il me regarde, le visage grave :

– Ben oui… C’était quand même ma douzième !

Heureusement que mon fauteuil a de solides accoudoirs !

Garder la ligne, coûte que coûte !

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Ma fille :

– Maman, tu montes pas manger une glace avec nous ?

– Désolée ma chérie, mais faut que je finisse ce chapitre…

Elle fronce les sourcils, contrariée.

– J’en ai marre  ! Tu travailles tout le temps… Tu fais que ça, travailler !

– Je sais…

– T’as jamais pensé que ton livre, il plairait peut-être à personne ?

Elle ouvre le score, la chipie : 1-0.

– J’avoue que ça m’a parfois traversé l’esprit, en effet…

– Ben pourquoi tu continues, alors ?

Je la regarde droit dans les yeux, sans me départir d’un grand sourire :

– A ton avis, ma chérie ?

Elle réfléchit un moment, puis répond :

– Franchement, j’en sais rien du tout !

Je me penche alors vers elle :

– Tu veux vraiment savoir la vérité ?

– Oui…

– Tu en es sûre ?

Elle opine du chef.

– Très bien, je vais te le dire alors.

D’une main, je lui soulève une mèche de cheveux et lui chuchote à l’oreille :

– Ca m’aide… pour mon régime.

Je me recule et lui adresse un clin d’œil complice sous son air blasé…1 partout, jeune fille !

Je souris. Et quoi ? Ecrire un roman pour garder la ligne, ça se tient, non ?

Arriba ! Arriba !

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Je suis au lit, en train de lire. Comme disait Stephen King dans ses mémoires, si vous voulez devenir écrivain, il y a deux choses que vous devez faire : lire beaucoup et beaucoup écrire.

Soudain, je vois sa silhouette passer du coin de l’œil ; il sort de la douche. Je lève aussitôt la tête :

– Tiens, t’as acheté un nouveau caleçon ?

– Il est coloré, t’as vu ? Ca change un peu !

Il fait un tour, tout fier.

Je le regarde, et souris :

– Hum… Tu sais quand même que t’as écrit Dia de los muertos sur le derrière…

Tout à coup, je vois qu’il est déçu, le pauvre… Je ris intérieurement et replonge mon nez dans mon bouquin. J’aurais peut-être dû me taire, après tout… Il avait l’air si content !

T’as pris tes boulettes mon fils ?

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Samedi matin.

Mon grand est invité à passer le week-end chez son copain.

Il est 5h30, mon conjoint se lève et me voit devant l’ordinateur :

– Tu travailles déjà mon cœur ?

– Oui… Je n’arrivais plus à dormir.

Il me pose une main sur l’épaule et sourit.

– Ne t’inquiète pas, tout se passera bien.

– Oh, je ne m’inquiète pas… Je n’ai aucune raison de m’inquiéter, il a d’excellents résultats scolaires… En plus, il n’a quasiment pas de devoirs pour la semaine. Je ne vois pas pourquoi j’aurais refusé qu’il parte, si ça lui fait plaisir…

– Mon coeur… Il va passer le week-end chez un copain, il ne met pas en péril son année scolaire !

Pourquoi il me dit ça, l’autre ? Je le sais très bien !

– T’as peur de quoi ? Qu’il se fasse percer l’arcade ? Qu’il revienne avec un anneau dans le nez, avec la crête et les bords du crâne rasés ??? (Il sourit à nouveau). Tu crois quand même pas qu’on va le retrouver avec des tatouages partout sur le corps et des plumes accrochées aux oreilles ?

Non, bien sûr que non ! Je secoue la tête, blasée.

Il éclate de rire : 

– Imagine : lundi il fume de la drogue, jeudi il vire junkie… on est pas dans la merde le week-end prochain ! T’as raison, c’est trop risqué : mieux vaut annuler.

7h30. Le moteur démarre, je lève la main pour dire au revoir à mon fils : il a le sourire jusqu’aux oreilles ! Je le regarde partir jusqu’à ce que je ne voie plus la voiture… C’est plus fort que moi. Je pense : « j’espère quand même qu’il n’a pas oublié son doudou… »

T’as beau râler : quand t’as pas de bol, ben… t’as pas de bol !

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Ma fille, 8 ans, pensive :

– Maman, pourquoi je suis pas un garçon ? C’est trop nul…

– Ah ça, ma chérie, c’est la nature qui décide.

– T’as bien choisi toi, pour Moustache !

– Oui, mais je te rappelle que c’est un personnage de roman. Dans la vraie vie, on ne décide pas de naître fille ou garçon : on a une chance sur deux !

Elle réfléchit quelques secondes, puis s’énerve :

– Pourquoi c’est toujours moi qui tombe sur deux ???!?

Encore une question de taille

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– Ca va pas mon cœur ? T’as l’air contrariée.

– C’est ce chapitre, là, qui m’énerve !!! J’essaye de le réduire, il est beaucoup trop long ! Si je le coupe en deux – j’y ai bien pensé – je me retrouve avec deux minis-chapitres et ça ne va pas non plus !!!

Il secoue la tête, pensif.

– On a beau dire, la taille, ça compte… Personne ne veut d’une toute petite bière !

– Merci minou. Ca m’aide beaucoup ce genre de réflexion.

Y’a de l’enjeu !

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Dans la journée, il arrive parfois que mes enfants me manquent. Du coup, ça peut m’échapper au dîner…

Moi, à mon fils (11 ans) :

– Tu as vu la quantité de pâtes que tu t’es servi ? Tu ne mangeras jamais tout ça mon amour !

– On parie quoi, M’man ?

– Un bisou ?

A sa tête, j’ai vu tout de suite qu’il était déçu.

Les conseils sont toujours bons à prendre #2

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J’ai aussi sollicité Virginie, une copine professeure des écoles.  Elle a été l’institutrice d’un de mes enfants et, à force de nous côtoyer, nous sommes devenues amies.

En plus de cuisiner les meilleures quiches de restes de toute l’Occitanie (!), c’est une très grande lectrice :

– Y’avait des fois, franchement, je me marrais toute seule !

J’ai essayé d’améliorer les passages qu’elle préférait pour en faire les moments forts du récit. Ses conseils m’ont également incitée à ajouter encore plus de relief aux personnages.

Carine, de son côté, a de suite tiqué sur le titre :

– Je trouve que ce serait plus accrocheur d’ajouter Moi, juste avant Moustache.

J’ai évalué une poignée de secondes cette possibilité… Moi, Moustache… avant de l’écarter : ça me faisait trop penser à Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée, Prostituée. Franchement, je pouvais pas !

Y’a des associations d’idées, comme ça, qui m’interdisent certaines tournures. J’écris « mine de rien » je pense « mine de crayon » dans la foulée. C’est nul mais c’est un réflexe quasi pavlovien. Je n’arrive plus à dire « si tu savais, j’étais dans un état… » : j’imagine aussitôt à quoi ressemble « l’Ohio », avant de reconnaître une fois de plus ô combien c’est débile.

Je fus cependant reconnaissante à Carine pour sa remarque : après y avoir bien réfléchi, j‘en étais arrivée à la conclusion que Moustache se suffisait à lui-même ! A cette idée, je n’ai pu m’empêcher de sourire…

J‘aime profondément  mon personnage principal. Son arrogance est une merveilleuse source d’inspiration. J’imagine souvent quelle serait sa réaction, placé dans telle ou telle situation, toutes plus improbables les unes que les autres. Au fur et à mesure de l’écriture des tomes, j’ai forcé les traits de son caractère et je le pressurisais dès que possible. Le pauvre… Qu’il se rassure, dès que j’ai fini mes corrections il pourra partir en thérapie : j’attends un peu avant de me lancer dans le tome 4.

Par contre, j’ai une confession à vous faire.

J’ai rayé ma copine Séveu de ma liste de lecteurs-tests.

Je l’adore, attention, le problème n’est pas là. Mais depuis vingt ans qu’on se connaît, je n’ai jamais réussi soutirer un avis critique constructif : même si j’avais une gigantesque éruption cutanée sur le visage, un herpès labial qui me déformait la lèvre supérieure et un soudain strabisme convergent, elle serait capable de me dire que j’ai bonne mine ! Et elle le penserait vraiment, en plus (si si !).

Une jour, je m’en souviens, on passait les vacances d’été ensemble et elle a choisi le dernier yaourt sur la table des desserts. Il était à la fraise. Juste après, elle s’est sentie obligée de préciser :

– C’est parce que j’aime la fraise…

Avec Marlène, on a éclaté de rire !

– Arrête de te justifier, Séveu ! qu’elle lui a dit. Mange-le, ton yaourt à la fraise !

Cependant, c’est mon amie depuis la classe prépa, je lui ai quand même fait lire mes livres. Et vous savez quoi ?

Aussi étonnant que cela puisse sembler, elle n’a pris aucunes pincettes pour me balancer qu’elle avait trouvé ça nul… Elle m’a dit que je n’avais absolument aucun talent, et que jamais un best-seller ne sortirait de ma plume. Que je pouvais m’arrêter là : je n’avais pas le niveau, selon elle. Je dois avouer que, venant de sa part, ça m’a quand même fait un truc…

Mais non, voyons, il est bien évident que je plaisante !

Elle n’aurait jamais pu dire cela, pour la simple et bonne raison qu’elle aurait été victime d’une combustion spontanée inexpliquée bien avant que le premier mot ne sorte de sa bouche. En outre, sous l’effet du choc, la Terre se serait probablement fendue en deux, ce qui fait que vous l’auriez senti vous aussi.

En vérité, j’ai ajouté un brin de suspens car ce qu’elle a pensé de mon travail ne va pas beaucoup vous surprendre : elle a a-do-ré, naturellement… et du début à la fin, s’il vous plaît !!! On dira ce qu’on voudra, mais ça fait toujours du bien.

Logique homme-femme

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Le jour de la Saint-Valentin arrive.

Je souffle :

– Minou, t’aurais franchement pu penser à organiser quelque chose !

– Mon cœur, t’arrêtes pas de répéter que t’as du boulot par-dessus la tête…

– Et toi, tu t’es pas dit que ça aurait été l’occasion de faire un break ?

Il secoue la tête.

– Très sincèrement, j’étais sûr que tu m’enverrais balader…

Je croise les bras, déçue.

– Tu aurais voulu faire quelque chose ?

– Evidemment ! dis-je en haussant les épaules.

– Et pourquoi tu me l’as pas dit alors ?

Je le fixe, les yeux ronds :

Mais enfin… Parce que c’est évident !!!

Entre lui et moi, le problème, c’est toujours ce vieux rond-point en plein milieu !

Leçon de cuisine

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Ma demande de disponibilité vient d’être acceptée.

C’est l’été, la plage est bondée et j’ai des projets plein la tête.

Ma fille a installé son petit restaurant gastronomique en bord de mer, elle s’amuse à jouer les serveuses :

– Bonjour Madame ! dit-elle en s’inclinant. Que souhaitez-vous manger ce midi ?

Je souris avant de lui donner la réplique :

– Je ne sais pas… Vous avez un menu du jour, peut-être ?

– Euh… Ben non !

Michelin n’a qu’à bien se tenir.

Je fais semblant d’hésiter :

– Bon… Eh bien, je ne sais pas… Et si je me laissais tenter par des lasagnes épinards ? Vous croyez que ce serait possible ?

Toute contente, elle acquiesce.

– Avec un verre de limonade et un café allongé, s’il vous plaît.

– Très bien !

Elle tourne ensuite les talons, se rapproche de la grève et s’accroupit pour me préparer une belle assiette de sable. Miam miam… J’en salive à l’avance !

Je la regarde s’affairer, les yeux remplis de tendresse. Avec son râteau, sa pelle en plastique et son gobelet Pat-Patrouille, le service s’annonce aux petits oignons !

Je me dis qu’il faut absolument que je m’inspire d’elle pour un des personnages de mon roman.

Quelques minutes plus tard, la voilà tout à coup qui se retourne et qui m’interpelle de sa voix stridente :

– Mamaaaaan !!!

– Ne crie pas comme ça, tu vois bien qu’il y a des gens autour de nous !

– Tu m’as dit que tu voulais quoi, déjà, avec ton pinard ?

Doux Jésus…

Les premiers conseils #1

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C’est Caro (ma copine psy) qui m’a conseillé la première d’ouvrir un blog :

– Faudrait que tu échanges autour de ton travail, ça te permettrait de te faire connaître !

Sa réflexion m’a étonnée… Elle qui déteste aller sur les réseaux sociaux !

Cependant, le conseil était pertinent, j’y repensais régulièrement.

Quand j’ai terminé mon troisième tome, au début du mois de février, je m’y suis collée. Après tout, je n’avais pas grand chose à perdre (si ce n’est d’égratigner un peu ma fierté… et quand bien même, je me suis dit que je m’en relèverais).

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’ouvrir enfin mon blog.

Ma copine Marlène, elle, est prof de lettres en collège. Elle m’a tout de suite annoncé la couleur :

– Je te préviens, la litté jeunesse, c’est pas ma came ! J’ai même bâillé en lisant Harry Potter, t’imagine !

Du coup, je me doutais qu’elle serait sévère.

Je lui ai quand même transmis mon manuscrit, ça n’a pas loupé : elle s’est ennuyé prodigieusement ! Cela dit, elle m’a corrigé toutes les fautes et m’a fait discrètement passer une fiche récapitulative concernant l’usage du passé simple dans le récit… Je l’en remercie.

Avec le recul, je dois reconnaître qu’en effet, au début, la description de mes actions laissait à désirer. Ses conseils m’ont beaucoup fait progresser !

Marion, mon ancienne collègue documentaliste avec qui j’ai partagé un bureau pendant sept ans, m’a dit qu’on ne pouvait pas cueillir de mûres à l’automne… Finement observé ! ai-je de suite pensé.

Après, elle m’a dit qu’on pouvait toujours les acheter surgelées… Mais j’ai préféré mettre une bonne vieille tarte aux quetsches entre les mains des Marchal.

A la fin de sa lecture, elle m’a dit :

– Le problème, c’est que je n’arrive plus à savoir si un roman est bon ou pas. En trente ans de carrière, j‘en ai tellement lu ! Et faut avouery’avait quand même pas mal de navets… Je me suis souvent demandé pourquoi on éditait celui-ci plutôt que celui-là. Parfois, vraiment, je comprenais pas !

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si on regardait le bon côté des choses, c’était encourageant !

Au final, elle a beaucoup aimé ce premier manuscrit. Elle a enchaîné les deux autres tomes dans la foulée ! Yes !!!

Les enfants, on est à la bourre !

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L’année dernière, je travaillais encore à temps plein.

Tous les matins, c’était le même rituel :

– Les enfants, dépêchez-vous, on va être à la bourre !!

J’étais le petit lapin d’Alice. Je les pressais comme des citrons :

Vite, habille-toi ! Il ne vous reste que dix minutes pour déjeuner ! T’aurais pas pu me faire signer ça hier soir, c’est une blague ? Vous vous êtes brossés les dents ? Fais sentir ! Mouais, t’as pas trop insisté… Allez, mettez vos chaussures. Et ta veste ? Tu l’as oubliée à l’école ? Quoi ? Du parfum ? Purée mais on n’a pas le temps !!! Mais non, ne pleure pas pour ça ! Bon allez viens.

Tous les matins, à 7h25, ils y avaient systématiquement droit. La phrase changeait selon l’humeur, mais c’était toujours la même :

– Mince, on est à la bourre ! (en jetant un coup d’œil sur la montre.)

– S’il vous plaît, les enfants, j’aimerais bien qu’on soit pas à la bourre, pour une fois… (petit air suppliant, au cas où ça marcherait…)

– On va encore être à la bourre ! (fallait se rendre à l’évidence : c’était une fatalité !)

Un jour, ma fille fronce ses petits sourcils devant moi et me dit, très sérieusement :

– Maman, j’ai une question…

– Oui ?

– En fait, c’est où, « la bourre » ?

Je peux chercher le numéro de Leonardo Di Caprio sur Internet ?

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– Maman, je peux faire une recherche sur Internet ?

– Bien sûr mon chat. C’est pour l’école ?

– Non, je cherche juste le numéro de Leonardo Di Caprio.

Sourire.

– Crois-moi, si on pouvait le trouver sur Internet, je l’aurais appelé depuis longtemps !

– Pourquoi ?

– Ben, pour lui demander de m’épouser !

Stupéfaction.

– Quoi ? Et Loïc alors ? Tu préfères Leonardo Di Caprio à Loïc ? Mais c’est dégueulasse !

J’ai essayé. J’ai pas réussi à culpabiliser.

Accepter de prendre des râteaux !

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« Malgré ses qualités, votre roman ne correspond pas à notre ligne éditoriale »… Ca ressemble un peu à cette phrase qu’on a tous entendue dans notre vie (il y a toujours des petits chanceux, c’est vrai) : « je t’aime bien, mais je préfère qu’on reste amis ».

C’est ce qu’on appelle un gros râteau !

Et donc, Moustache : 6ème râteau ce matin…

Arrrrrrrrgh… J’en ai marre, je vais aller élever des chèvres en Patagonie ! Je partirai avec mon vieux pull, elles me prendront pour une cousine !

Bon, calmons-nous et réfléchissons.

Twilight, Stephanie Meyer : 14 refus !

Carrie, Stephen King : 30 refus !

Harry Potter, J. K. Rowling : 12 refus !

Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, Robert Pirsig : 121 refus ! Oui, 121, vous avez bien lu ! (cela dit, on ne va pas se mentir, c’est vrai que y’a quelque chose avec le titre…)

Allez, on range le pull sous l’oreiller et on se motive !