Les conseils sont toujours bons à prendre, épisode 2

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J’ai aussi sollicité Virginie, une copine professeure des écoles.  Elle a été l’institutrice d’un de mes enfants et, à force de nous côtoyer, nous sommes devenues amies.

En plus de cuisiner les meilleures quiches de restes de toute l’Occitanie (!), c’est une très grande lectrice :

– Y’avait des fois, franchement, je me marrais toute seule !

J’ai essayé d’améliorer les passages qu’elle préférait pour en faire les moments forts du récit. Ses conseils m’ont également incitée à ajouter encore plus de relief aux personnages.

Carine, de son côté, a de suite tiqué sur le titre :

– Je trouve que ce serait plus accrocheur d’ajouter Moi, juste avant Moustache.

J’ai évalué une poignée de secondes cette possibilité… Moi, Moustache… avant de l’écarter : ça me faisait trop penser à Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée, Prostituée. Franchement, je pouvais pas !

Y’a des associations d’idées, comme ça, qui m’interdisent certaines tournures. J’écris « mine de rien » je pense « mine de crayon » dans la foulée. C’est nul mais c’est un réflexe quasi pavlovien. Je n’arrive plus à dire « si tu savais, j’étais dans un état… » : j’imagine aussitôt à quoi ressemble « l’Ohio », avant de reconnaître une fois de plus ô combien c’est débile.

Je fus cependant reconnaissante à Carine pour sa remarque : après y avoir bien réfléchi, j‘en étais arrivée à la conclusion que Moustache se suffisait à lui-même ! A cette idée, je n’ai pu m’empêcher de sourire…

J‘aime profondément  mon personnage principal. Son arrogance est une merveilleuse source d’inspiration. J’imagine souvent quelle serait sa réaction, placé dans telle ou telle situation, toutes plus improbables les unes que les autres. Au fur et à mesure de l’écriture des tomes, j’ai forcé les traits de son caractère et je le pressurisais dès que possible. Le pauvre… Qu’il se rassure, dès que j’ai fini mes corrections il pourra partir en thérapie : j’attends un peu avant de me lancer dans le tome 4.

Par contre, j’ai une confession à vous faire.

J’ai rayé ma copine Séveu de ma liste de lecteurs-tests.

Je l’adore, attention, le problème n’est pas là. Mais depuis vingt ans qu’on se connaît, je n’ai jamais réussi soutirer un avis critique constructif : même si j’avais une gigantesque éruption cutanée sur le visage, un herpès labial qui me déformait la lèvre supérieure et un soudain strabisme convergent, elle serait capable de me dire que j’ai bonne mine ! Et elle le penserait vraiment, en plus (si si !).

Une jour, je m’en souviens, on passait les vacances d’été ensemble et elle a choisi le dernier yaourt sur la table des desserts. Il était à la fraise. Juste après, elle s’est sentie obligée de préciser :

– C’est parce que j’aime la fraise…

Avec Marlène, on a éclaté de rire !

– Arrête de te justifier, Séveu ! qu’elle lui a dit. Mange-le, ton yaourt à la fraise !

Cependant, c’est mon amie depuis la classe prépa, je lui ai quand même fait lire mes livres. Et vous savez quoi ?

Aussi étonnant que cela puisse sembler, elle n’a pris aucunes pincettes pour me balancer qu’elle avait trouvé ça nul… Elle m’a dit que je n’avais absolument aucun talent, et que jamais un best-seller ne sortirait de ma plume. Que je pouvais m’arrêter là : je n’avais pas le niveau, selon elle. Je dois avouer que, venant de sa part, ça m’a quand même fait un truc…

Mais non, voyons, il est bien évident que je plaisante !

Elle n’aurait jamais pu dire cela, pour la simple et bonne raison qu’elle aurait été victime d’une combustion spontanée inexpliquée bien avant que le premier mot ne sorte de sa bouche. En outre, sous l’effet du choc, la Terre se serait probablement fendue en deux, ce qui fait que vous l’auriez senti vous aussi.

En vérité, j’ai ajouté un brin de suspens car ce qu’elle a pensé de mon travail ne va pas beaucoup vous surprendre : elle a a-do-ré, naturellement… et du début à la fin, s’il vous plaît !!! On dira ce qu’on voudra, mais ça fait toujours du bien.

Logique homme-femme

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Le jour de la Saint-Valentin arrive.

Je souffle :

– Minou, t’aurais franchement pu penser à organiser quelque chose !

– Mon cœur, t’arrêtes pas de répéter que t’as du boulot par-dessus la tête…

– Et toi, tu t’es pas dit que ça aurait été l’occasion de faire un break ?

Il secoue la tête.

– Très sincèrement, j’étais sûr que tu m’enverrais balader…

Je croise les bras, déçue.

– Tu aurais voulu faire quelque chose ?

– Evidemment ! dis-je en haussant les épaules.

– Et pourquoi tu me l’as pas dit alors ?

Je le fixe, les yeux ronds :

Mais enfin… Parce que c’est évident !!!

Entre lui et moi, le problème, c’est toujours ce vieux rond-point en plein milieu !

Leçon de cuisine

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Ma demande de disponibilité vient d’être acceptée.

C’est l’été, la plage est bondée et j’ai des projets plein la tête.

Ma fille a installé son petit restaurant gastronomique en bord de mer, elle s’amuse à jouer les serveuses :

– Bonjour Madame ! dit-elle en s’inclinant. Que souhaitez-vous manger ce midi ?

Je souris avant de lui donner la réplique :

– Je ne sais pas… Vous avez un menu du jour, peut-être ?

– Euh… Ben non !

Michelin n’a qu’à bien se tenir.

Je fais semblant d’hésiter :

– Bon… Eh bien, je ne sais pas… Et si je me laissais tenter par des lasagnes épinards ? Vous croyez que ce serait possible ?

Toute contente, elle acquiesce.

– Avec un verre de limonade et un café allongé, s’il vous plaît.

– Très bien !

Elle tourne ensuite les talons, se rapproche de la grève et s’accroupit pour me préparer une belle assiette de sable. Miam miam… J’en salive à l’avance !

Je la regarde s’affairer, les yeux remplis de tendresse. Avec son râteau, sa pelle en plastique et son gobelet Pat-Patrouille, le service s’annonce aux petits oignons !

Je me dis qu’il faut absolument que je m’inspire d’elle pour un des personnages de mon roman.

Quelques minutes plus tard, la voilà tout à coup qui se retourne et qui m’interpelle de sa voix stridente :

– Mamaaaaan !!!

– Ne crie pas comme ça, tu vois bien qu’il y a des gens autour de nous !

– Tu m’as dit que tu voulais quoi, déjà, avec ton pinard ?

Doux Jésus…

Mon entourage : les premiers conseils

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C’est Caro (ma copine psy) qui m’a conseillé la première d’ouvrir un blog :

– Faudrait que tu échanges autour de ton travail, ça te permettrait de te faire connaître !

Sa réflexion m’a étonnée… Elle qui déteste aller sur les réseaux sociaux !

Cependant, le conseil était pertinent, j’y repensais régulièrement.

Quand j’ai terminé mon troisième tome, au début du mois de février, je m’y suis collée. Après tout, je n’avais pas grand chose à perdre (si ce n’est d’égratigner un peu ma fierté… et quand bien même, je me suis dit que je m’en relèverais).

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’ouvrir enfin mon blog.

Ma copine Marlène, elle, est prof de lettres en collège. Elle m’a tout de suite annoncé la couleur :

– Je te préviens, la litté jeunesse, c’est pas ma came ! J’ai même bâillé en lisant Harry Potter, t’imagine !

Du coup, je me doutais qu’elle serait sévère.

Je lui ai quand même transmis mon manuscrit, ça n’a pas loupé : elle s’est ennuyé prodigieusement ! Cela dit, elle m’a corrigé toutes les fautes et m’a fait discrètement passer une fiche récapitulative concernant l’usage du passé simple dans le récit… Je l’en remercie.

Avec le recul, je dois reconnaître qu’en effet, au début, la description de mes actions laissait à désirer. Ses conseils m’ont beaucoup fait progresser !

Marion, mon ancienne collègue documentaliste avec qui j’ai partagé un bureau pendant sept ans, m’a dit qu’on ne pouvait pas cueillir de mûres à l’automne… Finement observé ! ai-je de suite pensé.

Après, elle m’a dit qu’on pouvait toujours les acheter surgelées… Mais j’ai préféré mettre une bonne vieille tarte aux quetsches entre les mains des Marchal.

A la fin de sa lecture, elle m’a dit :

– Le problème, c’est que je n’arrive plus à savoir si un roman est bon ou pas. En trente ans de carrière, j‘en ai tellement lu ! Et faut avouery’avait quand même pas mal de navets… Je me suis souvent demandé pourquoi on éditait celui-ci plutôt que celui-là. Parfois, vraiment, je comprenais pas !

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si on regardait le bon côté des choses, c’était encourageant !

Au final, elle a beaucoup aimé ce premier manuscrit. Elle a enchaîné les deux autres tomes dans la foulée ! Yes !!!

Les enfants, on est à la bourre !

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L’année dernière, je travaillais encore à temps plein.

Tous les matins, c’était le même rituel :

– Les enfants, dépêchez-vous, on va être à la bourre !!

J’étais le petit lapin d’Alice. Je les pressais comme des citrons :

Vite, habille-toi ! Il ne vous reste que dix minutes pour déjeuner ! T’aurais pas pu me faire signer ça hier soir, c’est une blague ? Vous vous êtes brossés les dents ? Fais sentir ! Mouais, t’as pas trop insisté… Allez, mettez vos chaussures. Et ta veste ? Tu l’as oubliée à l’école ? Quoi ? Du parfum ? Purée mais on n’a pas le temps !!! Mais non, ne pleure pas pour ça ! Bon allez viens.

Tous les matins, à 7h25, ils y avaient systématiquement droit. La phrase changeait selon l’humeur, mais c’était toujours la même :

– Mince, on est à la bourre ! (en jetant un coup d’œil sur la montre.)

– S’il vous plaît, les enfants, j’aimerais bien qu’on soit pas à la bourre, pour une fois… (petit air suppliant, au cas où ça marcherait…)

– On va encore être à la bourre ! (fallait se rendre à l’évidence : c’était une fatalité !)

Un jour, ma fille fronce ses petits sourcils devant moi et me dit, très sérieusement :

– Maman, j’ai une question…

– Oui ?

– En fait, c’est où, « la bourre » ?

Je peux chercher le numéro de Leonardo Di Caprio sur Internet ?

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– Maman, je peux faire une recherche sur Internet ?

– Bien sûr mon chat. C’est pour l’école ?

– Non, je cherche juste le numéro de Leonardo Di Caprio.

Sourire.

– Crois-moi, si on pouvait le trouver sur Internet, je l’aurais appelé depuis longtemps !

– Pourquoi ?

– Ben, pour lui demander de m’épouser !

Stupéfaction.

– Quoi ? Et Loïc alors ? Tu préfères Leonardo Di Caprio à Loïc ? Mais c’est dégueulasse !

J’ai essayé. J’ai pas réussi à culpabiliser.

Accepter de prendre des râteaux !

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« Malgré ses qualités, votre roman ne correspond pas à notre ligne éditoriale »… Ca ressemble un peu à cette phrase qu’on a tous entendue dans notre vie (il y a toujours des petits chanceux, c’est vrai) : « je t’aime bien, mais je préfère qu’on reste amis ».

C’est ce qu’on appelle un gros râteau !

Et donc, Moustache : 6ème râteau ce matin…

Arrrrrrrrgh… J’en ai marre, je vais aller élever des chèvres en Patagonie ! Je partirai avec mon vieux pull, elles me prendront pour une cousine !

Bon, calmons-nous et réfléchissons.

Twilight, Stephanie Meyer : 14 refus !

Carrie, Stephen King : 30 refus !

Harry Potter, J. K. Rowling : 12 refus !

Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, Robert Pirsig : 121 refus ! Oui, 121, vous avez bien lu ! (cela dit, on ne va pas se mentir, c’est vrai que y’a quelque chose avec le titre…)

Allez, on range le pull sous l’oreiller et on se motive !

Chapitre 3 : Piégé

Les Malloré habitaient une maison modeste, très coquette, construite en briques rouges. Elle avait des fenêtres en bois, sur le rebord desquelles des jardinières de pétunias étaient suspendues. Les fleurs embaumaient l’air, dès que le soir tombait…

Dès mon arrivée, ce parfum fut pour moi le symbole du foyer : il n’avait rien à voir avec l’odeur infecte qui régnait dans ma ferme natale… Je ne regrettai pas une seconde d’avoir laissé le fumier aux poules !

Une allée de gravier et deux petites marches bétonnées menaient à la porte d’entrée. Je me dirigeais toujours vers l’odeur des pétunias pour rentrer : les Malloré avaient pris le réflexe de garder la fenêtre ouverte. Celle qui donnait sur la cuisine, juste derrière. Au fil des années, je les avais bien dressés !

La première fois, cet oubli m’avait fortement contrarié, et je leur en avais fait part en boudant trois jours. Les Malloré étaient partis se coucher avant que je ne sois rentré. J’avais été obligé de passer la nuit sur la terrasse. En vérité, j’avais fait la tête surtout par principe car, cette fois-là, j’aurais plutôt dû les remercier. 

Le jardin prolongeait la terrasse en un tapis végétal hirsute, très mal entretenu. Il s’achevait sur une rangée de haies mal taillées. Contrairement à leurs voisins, les Malloré semblaient être fâchés avec la tondeuse !

Cet après-midi-là, donc, je jouais tranquillement dans la pelouse. Je m’amusais à faire des petits bonds, en chassant quelques moucherons qui vibrionnaient en nuées au milieu des herbes hautes. Ces dernières me chatouillaient le ventre à chaque saut, ça me faisait rire, mais rire !

Une des constructions des enfants était dissimulé sous une touffe d’herbes. Un cube en bois, que je n’avais pas vu. Les enfants non plus, j’imagine, puisqu’ils avaient oublié de le ranger ! Je payai leur étourderie au prix fort : au bond suivant, j’atterris tête la première à l’intérieur !

Ce choc inattendu fit basculer la boîte. Elle se renversa, et le plateau du dessus se referma sur moi ! La dernière chose que j’entendis fut le bruit sourd du couvercle qui scellait mon sort : l’instant d’après, j’étais piégé.

Avec un peu de recul, il était évident qu’un jour ou l’autre quelqu’un allait se blesser dans ce jardin. C’était une véritable jungle, et je n’étais pas encore Tarzan ! L’idée de leur en toucher deux mots me traversa l’esprit avant de céder la place à une indescriptible panique : malgré tous mes efforts, je ne parvenais plus à sortir !

Je poussai des pattes avant sur le dessus : impossible de soulever le couvercle ! Le système de fermeture était grippé ! Il avait dû rouiller, entre la chaleur et l’humidité. 

Très vite, je me mis à suffoquer. Palpitations, sueurs froides, je ressentais tous les signes d’angoisse. Je refusais de l’admettre, mais j’étais bel et bien prisonnier.

Je me forçai à réfléchir pour calmer ma respiration qui s’emballait. Je saisis ma première idée au vol, et tentai de faire basculer le cube sur le côté. J’appuyai de toutes mes forces. Quand il se retourna d’un coup, mon estomac lui succéda : cette sensation de déséquilibre m’avait provoqué une violente nausée, et je faillis rendre mon déjeuner.

Je me mis à gesticuler dans tous les sens, rien n’y faisait : le couvercle ne bougeait pas d’un poil. Soudain, je sentis un frisson glacial me raidir la nuque. Je dus me rendre à l’évidence : j’étais fait comme un rat !

Durant les heures qui suivirent, j’appelais désespérément à l’aide, encore et encore. Les Malloré ne m’entendirent pas : ma voix fluette de chaton s’évanouissait dans l’air avant même d’avoir atteint la terrasse… Je miaulai ainsi tristement jusqu’à la nuit tombée, sans succès. Avant de se coucher, le soleil emporta mon dernier geignement. Ensuite, je n’eus plus la force de rien.

J’attendis en silence qu’un éventuel miracle advienne. Quand la nuit fut tout à fait noire, j’avais définitivement perdu tout espoir : j’allais mourir là, abandonné de tous… C’est alors qu’il me sembla entendre le feuillage bruisser légèrement.

Aussitôt, je dressai l’oreille, et fit l’effort de bloquer ma respiration. J’écoutai. Le bruit était imperceptible, mais il était bien là. 

Tout à coup, la possibilité de ne pas finir comme un gâteau sec entre quatre planches de bois me fit sauter de joie ! Je m’empressai de me manifester en criant :

– A l’aide ! S’il vous plaît ! Je suis coincé !

J’avais remarqué que les lames étroites de ma cellule étaient disjointes par endroits : elles laissaient passer un filet de lumière douce, blanchi par la lune. Je rassemblai les forces qu’il me restait et jetai un coup d’œil au travers. La seconde qui suivit, une brûlante frayeur appuya sur mon abdomen.

Là, tapi dans l’herbe, à quelques centimètres de moi, ce que je découvris me fit entrevoir une mort bien pire que ma déplorable captivité… A cette vue, j’eus le souffle coupé. Je reculai immédiatement me réfugier au fond de la boîte.

Dehors, une chose épouvantable brillait dans l’obscurité.

On aurait dit… un œil.

Je veux dire : un œil, seul !

Pareil à un disque de verre, il luisait, là, au milieu les ténèbres. Miroitant à la faveur de la lune, comme s’il flottait dans le vide. Cette vision cauchemardesque envahit mon esprit et me paralysa tout entier : l’instant d’après, je fus tétanisé.

Un affreux dilemme me tortura alors : valait-il mieux rester là, prisonnier de ce cercueil de bois, en attendant que la mort vienne me cueillir ? Ou bien être dévoré par cette créature maléfique qui m’attendait dehors ? Elle allait me déchiqueter à la première occasion, j’en étais sûr. Elle m’avalerait tout cru, mon joli pelage lisse et soyeux glisserait sans peine dans son estomac et c’en serait fini de moi ! Cette perspective me donna des frissons jusqu’au bout de la queue.

Ma cellule me sembla tout à coup terriblement douillette, au final. Je m’y blottis en essayant de me convaincre que ce que j’avais vu n’était qu’une vulgaire hallucination. La peur me troublait l’esprit et mon imagination s’emballait, voilà tout.

Il y eut un nouveau craquement et la peur fit se resserrer mon cœur un peu plus. Non, dus-je reconnaître, ce n’était pas une invention… Quelqu’un était tout proche. Dans le silence pesant de cette horrible nuit, j’entendis très distinctement les bruits de pas reprendre.

La créature se rapprochait. Je sentis mon pouls accélérer encore. Maintenant, elle était tout près : je pouvais sentir son souffle de son haleine fétide derrière les planches de bois.

Soudain, elle bondit et percuta le cube, provoquant un choc terrible qui me propulsa en arrière ! Mon assaillant venait de décocher un coup de tête sauvage en plein milieu du cube, comme un taureau à la charge ! L’instant d’après, ma cellule de bois roula, fit trois ou quatre tours sur lui-même avant de s’arrêter d’elle-même. Pendant tout le temps que durèrent ces cabrioles, je fus vigoureusement secoué de droite à gauche, me cognai sur chacune des parois qui m’entouraient sans pouvoir opposer de résistance. 

La créature ne m’offrit que quelques secondes de répit avant de repartir à l’assaut. Elle bondit sur le haut de la caisse et se mit à asséner des coups d’une extrême violence au-dessus de ma tête, se servant de ses pattes comme s’il s’était agi d’un marteau de plomb : chacun des coups portés fit vibrer mon crâne comme les parois d’un chaudron en fonte ! 

– Au secours ! Laissez-moi tranquille ! hurlai-je sans même avoir conscience des absurdités qui sortaient de ma gorge.

A force de crier, elle était en feu. Mais je ne sentais rien : j’étais à moitié sonné. Soudain, le couvercle en bois crissa et vint s’aplatir sur l’herbe.

Trente-six chandelles dansaient encore au-dessus de ma tête quand je sentis tout à coup l’air frais s’engouffrer dans mes poumons. Je souris bêtement, et cette sensation puissante me ramena vite à la conscience.

La seconde d’après, j’entendis une voix rocailleuse déchirer le silence :

– Hé ben ? T’attends quoi ?

La créature me pressait de sortir. Je m’entêtai à rester immobile, assailli par une peur nouvelle : celle de me retrouver seul, face à elle.

– Sors de là ! éructa-t-il.

J’hésitai un instant, évaluant mes chances de survie : cette voix n’avait pas l’air très amicale, et celui qui en était propriétaire venait cruellement de me secouer comme une noix sous un cocotier !

Voyant qu’il ne bougeait pas, je me forçai tout de même à lever la tête et restai une fraction de seconde ainsi, dévisageant mon prétendu sauveur : une horrible bête étirait son ombre menaçante au-dessus de moi !

Quand elle se pencha vers moi, le museau d’un chat se détacha. Il était là, raide comme un piquet, dressé sur ses pattes avant et il me fixait sans bouger une oreille. La preuve : son oreille droite était déchirée et je pouvais voir quelques étoiles briller entre les deux morceaux de cartilage !

En d’autres circonstances, j’aurais peut-être trouvé cela poétique mais mes yeux descendirent de quelques centimètres et mes poils se hérissèrent immédiatement. Dans l’obscurité, il était difficile de distinguer mon interlocuteur avec précision mais le peu que je vis suffit à me glacer le sang…

Ses deux pattes était striées de cicatrices ! A leur vue, je faillis m’évanouir de frayeur… Il les exhibait fièrement, sur le rebord du cube, comme s’il présentait des trophées de guerre !

Ma vue se troubla, et son épaisse fourrure noire commença à se dédoubler légèrement. Cependant, je pus constater qu’elle était salement amochée. La même couleur opaque recouvrait son corps tout entier, de la pointe des oreilles au bout de la queue. Cette dernière battait d’ailleurs bizarrement derrière lui. En la regardant de plus près, je vis qu’elle formait un angle inquiétant : elle avait certainement dû être cassée à plusieurs reprises.

Mais tout cela n’était pas le plus effrayant. Ce chat avait le regard le plus glaçant que j’aie vu de toute ma vie : il était borgne et, comble de l’épouvante, il maintenait son œil valide sur moi, comme une provocation. Je fermai les yeux pour échapper à la menace de cette bille jaune, et me mis instinctivement à prier.

– Ca t’écorcherait le museau de dire merci ? dit-il en étrécissant sa seule pupille. Moi c’est Mike. J’imagine que t’es le nouveau voisin ?

Je répondis par un timide miaulement.

– Bon… Je vois qu’on a tiré le gros lot !

Quand tu sais pas si t’as la force ou pas

Mon fils, 11 ans :

– Au secours ! Y’a une araignée dans ma chambre !!!

Mon conjoint évalue la situation :

– Pourquoi tu paniques ? C’est une faucheuse, elle est inoffensive !

– Imagine qu’elle tombe sur moi pendant la nuit !

Il la capture et la dépose sur le rebord de la fenêtre.

– C’est bon. T’es sauvé, grand !

– Merci.

– Maintenant, t’avise pas de nous réveiller à deux heures du mat’ parce que t’entends un moustique !

Mon fils brandit un sabre laser :

– T’inquiète ! Je suis un Jedi !

– Ouais. Donc… t’as la force, mais ça dépend.

– Et quoi ?

– Rien. Bonne nuit !