La bonne recette

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Pour moi, l’écriture ressemble d’assez près au travail du boulanger.

J’assemble les ingrédients, avant de mélanger lentement. Je pétris ensuite la préparation, encore et encore, jusqu’à obtenir une texture lisse. Un matériau souple. Prêt à mettre au four.

Je l’étale consciencieusement avant de le poser sur la plaque.

Les illustrations sont cette chaleur qui fait gonfler la pâte. Je la regarde monter, émerveillée…

Cependant, pour être honnête, j’espère que j’écris mieux que je ne cuisine.

– Maman !!! T’as encore fait brûler les cordons bleus !

Oui, une de mes spécialités. Avec le plat brûlant malencontreusement renversé.

Songez… Il faut tout de même un certain talent pour y arriver !

Chapitre 18 : De nouveaux appartements

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Précédemment dans l’histoire :

Moustache est allé chercher du réconfort auprès de son ami Mike. Ce dernier lui a conseillé de se faire oublier, le temps de laisser les choses se calmer. Moustache, d’abord outré, reconnaît ensuite à regrets que ce conseil n’est peut-être pas si mauvais…

Une bonne heure s’était écoulée depuis mon accrochage avec Rousquille.

Je déambulais tristement, me rapprochant de la maison sans grand enthousiasme. J’avais le front bas et le moral en berne… Mes pattes, étonnamment molles, semblaient pourtant peser des tonnes.

Tout était calme alentour. La maison des Malloré se dressait derrière une haie. Qui aurait pu soupçonner que, derrière les murs lisses de cette petite maison en briques, une véritable guerre de territoire était en cours ? Personne. Un silence plat régnait.

Depuis la bagarre, j’avais l’estomac douloureusement noué. Devant l’entrée, je distinguai la lumière jaune de l’entrée qui filtrait… Les Malloré ne dormaient pas.

J’avançai prudemment sur le gravier de l’allée. Je reniflai ça et là, truffe aux aguets, à la recherche d’une information quelconque… Je ne percevais rien d’alarmant. Que des odeurs familières autour de moi.

Si je n’avais pas moi-même assisté à l’arrivée de la trouble-fête, rien de ce que je percevais n’aurait pu m’alerter sur un quelconque changement, en dehors des volets roulants qui avaient été fermés et de la voiture qu’on avait déplacée. Elle était à présent garée sur le chemin qui menait au garage.

Mon inquiétude ne faisait qu’augmenter… Et si personne ne m’ouvrait ? J’imaginais déjà passer la nuit dehors, terrorisé à l’idée de me retrouver nez à nez avec Gros Jack. Il chassait tous les soirs dans le quartier, à la faveur de l’obscurité, tapi derrière un bosquet ou caché à l’angle d’une ruelle étroite, attendant patiemment que l’un de nous tombe dans ses filets. 

Quelqu’un déverrouilla une porte au bas de l’allée. J’accourais en direction du bruit métallique quand j’aperçus la tête de Samuel qui dépassait.

Il me guettait.

– Ah Mous, te voilà enfin !

Le poids écrasant ma poitrine se fit soudain plus léger : il y en avait au moins un qui me cherchait !

– Je commençais à me faire du souci… Où avais-tu disparu ?

Je lui fis une fête du tonnerre.

Je me frottai à ses chevilles, ronronnant aussi fort qu’un moteur d’avion prêt à décoller. Ne résistant pas à l’envie de me prendre dans ses bras, il fourra son nez busqué dans mon cou et, tendrement, me câlina :

– Je suis content de te voir, canaille !

Puis, reprenant un air plus sérieux, il déclara :

– Mon vieux, tu lui as mis une sacrée dérouillée, à la Rousquille !

Je me mis à ronronner de plus belle, flatté du compliment.

– Inutile de pavoiser, me sermonna-t-il. Votre prise de becs rend cette cohabitation encore plus compliquée ! J’ai exigé de rester dormir avec toi, mais il faut que tu te tiennes à carreau, dit-il en pointant un doigt accusateur sur moi. Je me suis fait sacrément allumer par Papa…

Je le regardai et miaulai, reconnaissant, pour le remercier.

– J’allais quand même pas t’abandonner ! me dit-il en me gratifiant d’un clin d’œil complice.

Il recula ensuite vers l’intérieur de la maison, refermant la porte derrière nous d’un rapide tour de clés.

Il emboîta le couloir étroit et baissa doucement une poignée de porte qui aurait mérité d’être revissée. Mais la porte en bois sur laquelle elle pendait attendait déjà depuis des années d’être peinte, Franck n’était manifestement pas pressé de s’en occuper…

Bientôt, le poil qu’il tenait dans sa main lui servirait de canne, pensai-je cyniquement.

Quand la porte s’ouvrit, la voix de Samuel se modifia :

– Regarde…, chuchota-t-il en me désignant la pièce. Voici notre nouvelle chambre, Moustache. J’espère que ça te plaît !

Si ça me plaisait ? J’étais aux anges !

Et ravi de constater que la résistance s’organisait.

Une chute de moquette, large, recouvrait la plus grande partie du sol, composé d’une simple chape brute en béton. Dans l’angle, un tabouret avait été descendu de l’étage. Un puissant néon accroché au plafond éclairait habituellement le garage, son désagréable grésillement avait été remplacé par une lampe de chevet un peu vieillotte qui diffusait une douce lumière orangée, suffisante pour s’orienter, sans toutefois être aveuglé.

Au milieu de ce modeste ruban de moquette, un matelas gonflé à bloc trônait fièrement. Il était recouvert d’un linge fraîchement lavé, d’une housse de couette aux motifs marins, assortie de deux coussins. Ces rayures bleues et blanches égayaient l’atmosphère austère que dégageaient les murs en parpaing, tristement gris.

Ma panière, elle, avait été installée juste à gauche du lit. Trois gamelles remplies à ras-bord d’eau, de croquettes et de pâtée la jouxtaient.

J’étais enchanté par ce nouvel aménagement. D’ordinaire assez miteux, le garage avait fait l’objet d’un réel effort de décoration, minimaliste mais fort louable et, bien que meublée chichement, cette pièce nous offrait tout ce dont nous avions besoin ! Elle vibrait d’une ambiance chaleureuse qui me comblait de joie.

Samuel, lui aussi, affichait un sourire radieux. Il disparut moins d’une seconde après : la voix suraiguë de Caroline résonnait dans les escaliers.

– J’en ai marre, c’est toujours Samuel qui a tout ! rouspétait-elle, escortée par son père.

Nous l’entendîmes râler bien avant de la voir apparaître.

– Ne me dis pas que, toi aussi, tu aurais voulu dormir dans le garage ?

Samuel se retourna :

– Il fait plus froid qu’en haut tu sais, la prévint son frère tandis qu’elle déboulait dans la pièce, c’est pas pour les fillettes !

– C’est trop bien de dormir ici ! s’exclama-t-elle, allongeant le cou pour voir le nouvel espace dans lequel Sam et moi allions camper toute la semaine.

– Tu te rappelles qu’ici il n’y a pas de toilettes ? Et que la pièce est truffée d’araignées !… Des grosses faucheuses… Qui passent leur temps à dévorer des mouches grasses, bien juteuses…

Samuel leva un doigt tactique en direction du plafond.

– Regarde leurs toiles. Tu les vois, là ? lui fit son frère en indiquant la myriade de fils gris, perlés de tâches noires, qui pendaient sinistrement au plafond. Elles en sont pleines… Il y en a des dizaines !

D’un mouvement de tête circulaire, elle détaillait le décor au-dessus de sa tête.

Visage fermé, elle avait l’air de moins en moins rassuré : de multiples toiles d’araignées pendaient mollement dans le vide, accrochées aux angles du plafond.

– Bien sûr, celles-ci sont inoffensives…

Il laissa passer une seconde de silence.

– Mais ce n’est pas le cas des autres…

Caroline eut peine à déglutir.

– Les tégénaires, les pholques, passe encore… Mais les araignées sauteuses, cachées sous l’établi… Elles piquent, tu ne savais pas ?

La voix de sa sœur se serra d’un coup.

– Ah bon…? balbutia-t-elle, en proie à une inquiétude qu’elle parvenait de moins en moins à dissimuler.

Son visage acheva de se décomposer tandis qu’elle tournait le cou vers le meuble indiqué. Elle se pencha, observant à la dérobée les longues toiles d’araignées qui s’étiraient dans la pénombre.

– C’est toi qui vois…

Elle se redressa fièrement, faisant mine de réfléchir. Sa décision était déjà prise.

– Bon… On verra demain… dit-elle en jetant ça et là des regards nerveux autour d’elle.

Sam et moi échangeâmes un regard entendu.

– C’est vrai que je me lève souvent la nuit pour faire pipi…, prétexta-elle.

– Je crois que c’est plus raisonnable, en effet. Dans l’obscurité, tu pourrais tomber dans les escaliers, et t’assommer… Imagine l’état dans lequel on te retrouverait !

Arborant une expression dégoûtée, elle tourna les talons puis remonta les escaliers à toute vitesse. Courageuse mais pas téméraire, notre petite allumette !

Samuel esquissa un grand sourire, satisfait de sa prestation, avant de s’adresser de nouveau à moi.

– On va être bien ici, rien que toi et moi !

Je répondis par un miaulement heureux.

– C’est juste une affaire de quelques jours, assura Franck.

Le son de sa voix m’arracha un grognement.

Il voulut m’adresser une caresse amicale, j’évitai son geste d’un instinctif pas en arrière. Il n’était pas prêt de me retoucher : ma rancœur mettrait des années à passer, si tant est qu’un jour je parvienne à lui pardonner !

Franck se releva, beau joueur. Il sourit puis tourna la tête vers son fils :

– Et toi, l’ado révolutionnaire, grand redresseur des injustices félines, lui lança-t-il d’un ton emphatique, je te souhaite une bonne nuit ! On t’a installé un chauffage d’appoint. Ne te plains pas si tu as froid. Maman t’a descendu une couette supplémentaire, tu n’auras qu’à te débrouiller avec.

Ce dernier répondit laconiquement que ça irait.

– On vous appellera tous les soirs depuis l’hôtel. Soyez sages avec Mamie, d’accord ? Et prends bien soin de ta sœur pendant notre absence, on compte sur toi !

D’un hochement de tête, Sam acquiesça.

Ils se prirent dans les bras, puis Frank, enfin, nous laissa.

C’est ça, bonne nuit, Judas* !

Samuel s’allongea sur le matelas de tout son poids. J’agrippai aussitôt sa manche et commençait à la mordiller. Ce dernier n’était manifestement pas d’humeur à jouer.

Il se recroquevilla sur moi et me sourit, l’air navré.

– Désolée, Moustache… Pas ce soir…

Je lui adressai un regard étonné. A son visage froissé, je compris que, même s’il tentait de donner le change, la situation le préoccupait plus qu’il ne l’aurait souhaité.

Pauvre Samuel… Il avait le moral dans les chaussettes…

Tu as agi de façon très courageuse, miaulai-je pour le réconforter. Ces deux mégères ne perdent rien pour attendre !

Il me cajola quelques instants mais, très vite, la fatigue le gagna. Bercé par mes ronronnements réguliers, il s’endormit peu après.

Pelotonné contre lui, je me sentais étonnamment serein. Ce soir, j’avais acquis une certitude : contre vents et marées, Samuel serait toujours à mes côtés.

Ce garçon-là, c’était mon arc-en-ciel à moi.

*Judas : nom employé pour désigner un traître.

« Courtes » réflexions sur l’Eurovision

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La première candidate chypriote, Elena Tsagrinou – ce n’est pas qu’une bimbo peroxydée, elle a aussi un nom – déboule sur scène avec une robe transparente à peine existante. Mon fils, vivement intéressé par sa prestation, lui attribue une note qui percute le plafond.

Défile ensuite une plantureuse Barbie, made in Albanie, plus connue sous le nom d’Anxhela Peristeri. Moulée dans une robe incendiaire dont les franges à paillettes dissimulent autant ses hanches protubérantes qu’un miroir sans tain dans une salle d’interrogatoire…

Elle laisse place à Eden Alene, représentant Israël, rapidement incommodée par le col roulé de son blouson ajusté à la perfection pour un demi de mêlé… Et dont la longueur s’arrête, curieusement, juste à la hauteur des fesses.

Gênée par tant de matière, évidemment, elle l’enlève… Et finit son show en nuisette, chacun se devant de constater qu’une bonne entrecôte grillée ne pourrait que lui profiter.

Après la Belgique et la Russie, qui offrent des prestations plus habillée bien que tout aussi réussies – il convient de le préciser semble-t-il – arrive Malte… Et surtout, la Serbie.

Ah, la Serbie… Trois bouches voix pour le prix d’une : de quoi en faire rêver plus d’un !

– Franchement Loulou, tu me verrais sortir comme ça ?

– Certainement pas !

Je marque une pause, songeuse.

– Hum… Tu serais pas en train d’insinuer que ça ne m’irait pas ???

– Mais non Maman, c’est pas ça !

Ah ! je pense, soulagée de constater que l’indécence le dérange…

Chapitre 17 : Fais-toi oublier

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Précédemment dans l’histoire :

Henriette vient de déclarer aux Malloré qu’elle était allergique aux poils de chats. Elle menace de s’en aller s’ils ne trouvent pas de solution pour écarter Moustache de la maison. Quand Franck propose d’installer notre héros au garage, Samuel, par solidarité, décide de l’accompagner.

Je décidai d’aller rendre visite à Mike. J’avais grandement besoin de me changer les idées, et je n’avais aucune envie de passer la soirée à les observer.

Une forte amitié nous liait Mike et moi. J’espérais qu’il aurait de bons conseils à me donner. Et puis, que ferais-je de plus ici ? Aider les Malloré à ranger ? Certainement pas ! Après tout, Franck m’avait congédié… Ils n’avaient qu’à se débrouiller !

Je me dirigeai vers la rue des Romarins, parallèle à la nôtre. J’étais sûr qu’il y serait. Depuis qu’il habitait chez Jojoko, Mike sortait de moins en moins. En outre, l’état de la vieille dame avait empiré ces derniers mois. Mike évitait donc autant que possible de s’absenter, en particulier lorsqu’il la savait seule à la maison.

Quand j’arrivai, il était allongé sur la balancelle, en train de somnoler. Des cartons remplis d’objets cassés encombraient la porte d’entrée. Un charmant désordre, dont la vieille dame avait le secret.

Je grimpai sur les marches du perron. Son oreille bougea légèrement.

– Qui va là…? marmonna-t-il la voix pâteuse.

Cette question était purement formelle. Le vieux chat, perspicace, avait reconnu mon pas.

– Salut Mike… C’est moi…

Immédiatement, ma petite voix triste l’inquiéta.

– Ça va ?

Moustaches baissées, j’optai pour l’honnêteté.

– Pour tout t’avouer… Pas vraiment.

Il se releva.

– Je suis dans un sale pétrin, déclarai-je.

Curieux d’en savoir davantage, il sourit, avant de tenter une plaisanterie :

– Gros Jack t’as surpris en train de traverser sa pelouse bien taillée ?

Il espérait ainsi alléger la tension qui me rongeait.

Je secouai la tête, accueillant sa boutade avec indifférence.

– Si ça avait été le cas, je serais déjà mort et enterré.

Gros Jack était le dogue argentin de M. et Mme Marchal.

Ce couple de retraités, attentionné et prévenant, était très apprécié dans le quartier. Mike et moi les croisions fréquemment, ils habitaient proche de là, tout au bout de l’allée du Bois.

La silhouette de Mme Marchal me revint brièvement en mémoire. De constitution assez robuste, elle était grande et charpentée. Cependant, elle avait un regard très doux, presque onctueux, qui attendrissait ses traits. Les rides de son visage lui dessinaient de tendres éventails au coin des yeux. Et, quand elle cuisinait, c’était la toute rue qui embaumait !

Son mari, lui, était un peu plus âgé, et était éternellement coiffé d’un béret. Ce dernier, utile pour dissimuler une calvitie que rien n’arrêtait, avait aussi l’avantage de le protéger du froid.

M. Marchal, en effet était très frileux. Il ne sortait jamais sans une de ses fameuses vestes en tweed, chaude et épaisse, qui lui donnaient un air chic et élégant. Ses sourcils, broussailleux, venaient malheureusement gâcher : ils s’étiraient en deux vagues symétriques, surplombant le haut de ses lunettes de façon sauvage et désordonnée. Pour lui, les ciseaux ne servaient qu’à couper du papier : il ne lui serait jamais venu à l’idée qu’ils puissent l’aider à dégager sa vue !

M. Marchal avait eu un léger infarctus l’année passée. Depuis, sur les conseils de son médecin, il marchait aussi souvent que possible. Sa femme l’accompagnait volontiers. Attentive au moindre signe de fatigue, elle réglait ses pas au rythme de ceux de son mari. Quand ils se promenaient, ils avaient toujours un mot agréable pour les habitants du quartier, ils s’arrêtaient régulièrement pour bavarder.

En repensant à leur fils, je ne pus cependant m’empêcher de grimacer. Hector était un jeune homme sec et peu avenant, qui daignait rarement prendre des nouvelles de ses parents. Pendant longtemps, il n’était passé chez eux qu’en coup de vent ! Un jour, allez savoir pourquoi, Hector leur avait laissé son chien. S’il venait  à présent les voir plus régulièrement, il n’était pas devenu plus aimable pour autant.

M. et Mme Marchal avaient quand même été bien embêtés… Même si l’on décidait d’occulter ses quatre-vingt kilos de muscles, Gros Jack demeurait terrifiant… Ce n’était pas un chien, non…

C’était un véritable monstre !

Avec son pelage ras et son regard perçant, Gros Jack donnait la chair de poule à tous les chats du quartier. Nul doute que ça l’amusait énormément !

Il avait le corps blanc, glacé. Comme un albinos. Deux horribles billes noires et un pas lourd, qui inspiraient une peur bleue à quiconque le croisait sur son chemin.

Dès qu’il flairait une présence étrangère – peu importait laquelle -, il se mettait instinctivement à grogner. Narines fumantes, museau écumant de rage, un simple pas en avant suffisait à dissuader les curieux… Un geste diablement persuasif, croyez-moi ! Le sol lui-même tremblait quand il se déplaçait.

C’était un animal dressé dans un seul et unique but : défendre son territoire ! Et, en dehors d’Hector et de ses parents, il n’admettait personne sur le pâté de maison des Marchal.

– Je suis dépité, poursuivis-je. La grand-mère de Sam et Caro a débarqué ce soir…

– Ah, ce n’est que ça ton problème ? fit-il en claquant négligemment sa langue sur son palais, l’air soulagé.

Il s’étira de toute sa longueur.

Je l’entendis bailler, avant d’émettre un petit rire amusé :

– Les enfants s’occupent moins de toi depuis qu’elle est là, c’est ça que tu ne supportes pas ? lança-t-il pour me taquiner.

– Mais non, répliquai-je. Tu n’y es pas du tout…

– Dis-toi que ça ne va durer qu’un temps… Tout rentrera dans l’ordre quand elle aura mis les voiles !

Il s’affaissa de nouveau légèrement.

– Avec un peu de chance, t’auras aussi ta part du gâteau. Elle va te dorloter comme un nouveau-né ! Elles font toujours ça, les vieilles… Couche-toi un peu sur ses genoux pendant qu’elle regarde la télé, tu verras ! Même la mienne n’y résiste pas !

Je faillis m’étrangler.

– Ça va pas ??? hoquetai-je. Tu ne la connais pas !!! Henriette n’est pas une grand-mère… disons… ordinaire ! Tu ne peux pas l’attendrir si facilement… Elle est du genre coriace, crois-moi !

Je marquai un temps d’arrêt.

– Et puis, je ne t’ai pas tout dit…

– Ah bon ?

– Il y a pire…

Il dressa son oreille fendue vers moi.

– Elle a un chien…

Sa réaction fut bien plus vive que je ne l’imaginais. Il se leva d’un bond, manquant dégringoler :

– Quoi ??? Un chien ? s’écria-t-il, paniqué.

– Oui… Un caniche… Elle s’appelle Rousquille…

– Par tous les saints ! Un caniche…, répéta-t-il, comme pour s’assurer qu’il avait bien compris.

J’acquiesçai en silence.

Il laissa passer un moment de réflexion, arpentant le perron de droite à gauche.

Il opérait des demi-tours de plus en plus nerveux quand, tout à coup, je le vis s’arrêter net.

Me regardant alors droit dans les yeux, il déclara :

– Mon pauvre… t’es foutu… !

Le son de sa voix, grave, fut sans appel.

Moi qui cherchais du réconfort, je me retrouvais bien bête.

Je baissai le museau, déçu.

– Tu peux rien faire contre un caniche, affirma-t-il, fataliste.

Les mots qui succédèrent sonnèrent comme un funeste présage.

– Ta vie va devenir un enfer…

Il marqua une pause, songeur.

– Elle fera tout pour t’éliminer…, poursuivit-il avec solennité.

Je sentis une profonde colère envahir ma gorge.

– M’enfin Mike, rétorquai-je pour ma défense, ça fait plus de six mois que je vis chez les Malloré ! J’ai fait ma place ! Tu m’y as toi-même aidé, et tu sais comme moi qu’ils m’adorent !

Cet argument, qui pesait pourtant lourd pour moi, ne le convainquit pas.

Je laissai passer quelques instants, puis repris plus timidement, défendant l’hypothèse qui était la mienne :

– Je me disais qu’il suffisait simplement de serrer les crocs une semaine, le temps que son séjour arrive à terme…

Mike secoua la tête, sceptique.

– C’est probablement ce que tu as de mieux à faire… Quoi qu’il en soit, ça va être la pire semaine de ta vie !

Nous entendîmes un bruit de clochette tintinnabuler depuis l’étage.

– Faut que je te laisse… En ce moment, Jojoko fait vraiment n’importe quoi… Hier, elle s’est endormie dans son fauteuil en oubliant d’éteindre la gazinière. Tu te rends compte ? Heureusement que je suis rentré à temps, elle aurait pu mettre le feu à toute la maison !

J’ouvris des yeux étonnés.

– Ben dis donc, ça ne s’arrange pas on dirait…

– Elle doit probablement chercher ses pilules pour la nuit… Elle a dû oublier qu’elle les avait mises dans la boîte à pharmacie…

– Vas-y Mike, file, lui dis-je.

Il sauta de la balancelle, avant de marquer un nouveau temps d’arrêt.

Avec intensité, il me regarda une dernière fois, l’air désolé.

– Un conseil, mon pote : fais profil bas… Juste quelques jours… Les choses vont se tasser, tu verras bien après.

Je hochai la tête pour le remercier, puis le vis se faufiler par la fenêtre ouverte, avant de disparaître.

Il avait sûrement raison…

Pour le moment, mieux valait que je me fasse oublier.

Lettre-type de refus

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Certains m’ont demandé à quoi ressemblait une lettre de refus.

Afin de satisfaire leur curiosité, j’en publie une, la plus récente.

Les éditeurs brandissent souvent le sacro-saint argument de la ligne éditoriale. On m’opposera cette fois l’inadéquation avec le développement souhaité de leurs collections.

Je le savais. La route que j’ai choisi d’emprunter n’est pas la plus aisée !

Driiiing !

Tiens, tiens… Un numéro inconnu… On décroche ?

Masculin et Féminin sont sur un bateau…

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– Tu as joué à quoi dans le jardin ce matin ?

– J’étais le fils de Batman.

– La fille, tu veux dire…

– Non non, le fils ! Mon père, c’était Batman, et ma mère, Batwoman.

Il y a une tout de même une femme dans son histoire, ce n’est pas si mal.

– Eh oui… Pour faire un enfant, tu sais bien qu’il faut un papa et une maman…

– Ma maman à moi, elle était morte au combat !

Ca m’étonnait aussi…

Juste après avoir accouché, elle s’était faite assassiner. Une affaire rondement menée.

– Elle est gaie ton histoire…

– Ca va, c’est pour rigoler !

Mon sens de l’humour n’est pas démesuré.

Quand je l’imagine à seize ans, j’ai peine à la voir apprêtée pour le bal de fin d’année, discrètement maquillée, cheveux parfaitement lissés. Je la visualise plutôt casquette visée sur la tête, portant un baggy et son éternel skate à la main.

L’avenir est un secret, c’est vrai… Par conséquent, je peux me tromper.

– Maman ! T’as pensé à prendre mon sabre laser ?

Ca ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée sur le sujet.

Chapitre 16 : Le Bannissement

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Précédemment dans l’histoire :

Rousquille a surpris Moustache en train de les espionner durant le dîner, ce qui a donné lieu à un violent affrontement. La cuisine est sens dessus-dessous. Tandis que Franck balance Moustache dans le jardin pour séparer les deux animaux en furie, Henriette s’empresse de mettre Rousquille en sûreté à l’étage.

J’attendis sur la terrasse un moment, essayant de me calmer comme je pouvais.

Dès le premier soir, l’arrivée d’Henriette s’était soldée par un désastre. J’avais essayé de rester discret, mais l’attitude de Rousquille m’avait mis hors de moi. Elle m’avait délibérément provoqué !

Je faisais les cents pas, arpentant les lames de bois. Mille questions me taraudaient, mais l’une d’entre elles me chagrinait plus que les autres… Qu’allait-il advenir de moi ? J’étais de plus en plus inquiet, à mesure que j’y pensais. Comment les Malloré réagiraient-ils, après un éclat pareil ? Cette altercation avait été aussi soudaine que spectaculaire. Depuis mon adoption, ils ne m’avaient jamais vu réagir aussi violemment.

Pensif, mon regard se posa sur le pauvre tipi qui se dressait là, esseulé, au fin fond du jardin. Il semblait m’adresser ses condoléances. Les enfants n’y jouaient plus. Ils l’avaient délaissé à la fin de l’été et, comme moi, il était dans un piteux état…

Le délabrement de la charpente, composé de matériaux de récupération assemblés maladroitement, indiquait qu’il ne tiendrait pas jusqu’à l’année suivante, bien que l’ossature fût solide. Chevrons, branchages et chutes de lambris formaient le squelette d’un tétraèdre décadent, tout droit destiné à la déchetterie.

Je tendis le cou. L’intérieur était à l’abandon. La petite cuisine aménagée sur une caisse en bois faisait triste mine, deux galettes en mousse tâchées de terre la séparaient d’un salon de fortune. Perdu dans mes pensées, je réfléchissais. Allais-je devoir m’y installer pour la nuit ? Retourner dans la maison semblait impossible, tous devaient encore avoir les nerfs à vif.

Je regardais l’abri, songeur, quand des bruits sourds retentirent derrière moi. Ils me sortirent aussitôt de ma triste rêverie. Je m’approchai de la vitre de la maison et jetai un rapide coup d’œil à l’intérieur.

C’était Henriette. Elle redescendait, seule…

– Alors Mamie, demanda Caroline d’une voix inhabituellement confuse. Comment va Rousquille ? Moustache ne l’a pas trop amochée ?

– Qu… Mous-tache ? Tu veux dire que… Ce tigre enragé est à vous ? s’exclama-t-elle, incrédule.

– Oui…, confirma Annie. J’avais oublié de t’en parler… Les enfants insistaient pour adopter un chat, nous avons recueilli Moustache il y a un peu plus de six mois.

– C’est… votre… chat ? répéta-t-elle, hébétée. Allons bon, voilà autre chose !

Un silence gêné emplit la pièce.

Annie semblait particulièrement mal à l’aise, elle n’osait pas croiser le regard de sa mère.

– Alors ? Comment se porte Rousquille ? la relança timidement Franck.

Derrière mon hublot, j’étais suspendu à ses lèvres. J’espérais l’avoir complètement déglinguée, cette fêlée ! Voire, clouée au lit à jamais !

D’un ton sec, elle lui confia l’avoir examinée sous toutes les coutures pour s’assurer qu’une visite aux urgences vétérinaires n’était pas indiquée.

– Elle a de légères griffures sur le dos, mais rien de grave…

Zut et flûte ! grinçai-je entre mes crocs, déçu.

– Mais elle est sévèrement traumatisée !

Cette annonce, loin de me satisfaire pleinement, m’arracha tout de même un sourire de contentement.

– Quelle terrible scène de violence ! J’ai encore peine à y croire… Ma pauvre petite Rousquille… C’est horrible !

Je levai le museau, mauvais.

Dites donc, Mamie, laissez-moi vous rappeler ce léger détail : je suis chez moi ! Je n’allais tout de même pas laisser ce balai-brosse me provoquer sans réagir !

Comme si mes pensées l’avaient piquée, je la vis se raidir subitement.

– De toute façon, objecta-t-elle, tant que je serai chez vous… ce… Moustache, comme vous dites, devra rester dehors !

A ces mots, les visages des enfants se décomposèrent.

– Je suis terriblement allergique aux poils de chat ! justifia-t-elle. Et, comme vous avez omis de m’en informer, je n’ai pas pris d’antihistaminique* avec moi !

Avant d’achever, menton levé :

– À vous de décider : c’est lui ou nous !

Je ne voyais aucune raison valable d’hésiter, l’occasion était trop belle de s’en débarrasser !

Franck monta sur ses ergots. Il leva une main autoritaire, comme l’aurait fait un gendarme en charge de la circulation.

– Nous allons trouver une solution.

Mets-les à la porte, Franck, un point c’est tout !

L’instant d’après, je vis son visage s’éclairer. Il venait d’avoir une idée. Avant même de l’entendre parler, je sentis mes poils se hérisser.

– Je sais ! fit-il. Nous n’aurons qu’à installer Moustache au garage le temps de votre séjour !

La foudre venait à nouveau de s’abattre sur moi.

Quoi ? m’étranglai-je, choqué.

Les enfants, dites quelque chose ! les suppliai-je en moi-même. L’adolescent, scandalisé, ne mit pas longtemps à réagir.

– Papa ! s’écria Samuel. Tu te rends compte de ce que tu dis ?

Merci mon grand ! pensai-je avec soulagement. Pour une fois, la décision de Franck ne passerait pas !

– Je dors avec Moustache depuis le jour où on l’a adopté ! dit-il en explosant brutalement de colère. C’est mon ami ! Et je te rappelle qu’il vit ici, lui !

Il semblait furieux. A juste titre, pensai-je.

– Ce n’est pas lui l’intrus ! poursuivit-il d’une voix forte.

Il défia Henriette du regard et, sans ciller, se mit vertement à l’accabler :

– J’en ai assez qu’on bouscule toutes nos habitudes pour une vieille grincheuse qui sourit chaque fois qu’une dent lui tombe !

Si j’avais pu, je lui aurais sauté au cou !

Sa réaction me comblait de joie. Enfin un qui me soutenait !

Samuel était rarement en proie à de tels accès de colère. Il ne s’énervait pour ainsi dire jamais. Mais l’injustice était telle qu’elle l’avait fait sortir de ses gonds ! Son opposition me faisait chaud au cœur. Elle témoignait de l’attachement qu’il avait pour moi et, à mon sens, elle était parfaitement à la mesure de l’outrage que je venais de subir.

– Hors de question de virer Moustache à cause de ce caniche complètement allumé !

Il marqua une pause, avant de repartir à l’assaut.

– Après, fit-il avec un sourire mauvais, faut pas s’étonner ! À force de côtoyer Henriette, ce chien a fini par devenir aussi détestable que sa maîtresse !

A son visage blême, je vis qu’Henriette était sonnée. Samuel venait de lui décocher un uppercut de toute beauté !

Un silence pesant s’abattit alors la pièce. L’adolescent mit l’intensité de ce silence à profit, avant de déclarer :

– Je vous préviens, ponctua-t-il avec un aplomb inédit, si Moustache déménage au garage, j’y vais aussi !

A ces mots, Franck et Annie restèrent quelques secondes bouche bée, son ton était déterminé.

Le couple échangea un bref regard.

– Comme tu voudras, concédèrent-ils finalement.

Henriette, médusée, n’en revenait pas.

De mon côté, je jubilais. Quatorze ans seulement… Quel avenir prometteur !

En secret, j’espérais que nous aurions au moins droit à un matelas gonflable.

*antihistaminique : médicament utilisé pour effacer ou réduire les risques d’allergies.

Driiiiiing !!!

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Quand une maison d’édition te répond par mail, en général, ce n’est pas pour t’annoncer une bonne nouvelle…

Du coup, chaque fois qu’un numéro inconnu tente de me joindre, j’espère :

Driiiiing…

– Allô ?

– C’est le livreur d’Amazon ! J’ai un colis pour vous…

Grrrr…

Driiiiing…

– Oui ?

– Bonjour, c’est Amélie d’Orange. Connaissez-vous les avantages de la fibre ? Vous êtes éligible !

Je veux pas être fibrée, je veux être éditée !

Driiiiing…

– Vous êtes Arthur Martin ?

Il fut un temps où les faux numéros, je trouvais ça rigolo.

Parfois, j’ai l’impression d’attendre Godot.

Soupir… 

Allez, j’y retourne, le travail m’appelle. Si seulement les éditeurs pouvaient faire de même !

J’y arrive pas, mon œil !

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Le dimanche – en général – c’est off.

En revanche, pour les devoirs, on se met à l’œuvre après avoir débarrassé la table du petit-déjeuner. Plus vite c’est fait, mieux c’est.

Pour ma fille, exercice de français.

Conjugaisons, je vous hais…

Je prends la bête avec des pincettes.

– Tu veux bien m’épeler le verbe faire, ma petite chérie d’amour de zigouigoui joli ?

J’ai beau soigner mon approche, lourde résistance au démarrage.

Elle souffle.

– Alors… je fais, avec un s… Tu fais… ben… pareil !

A peine passée la première, elle s’arrête.

De mon côté, j’attends.

J’attends…

Ca y est, ça m’agace !

– Alors ?

– Il fait… t.

– Ouiiiiiiii ! Très bien !

Faut embrayer.

– La suite ?

– Nous faisons, vous faisez

– Eh non… C’était vous faites !

Le bolide vient de caler.

– Allez, répète s’il te plaît.

Regard noir :

– Vous faites !

Elle me l’épèle sans se presser, avec la lenteur d’une retraitée.

Je lui oppose un sourire comblé, ma technique est bien rôdée.

– Bien… Et la dernière ?

– Ils… (Elle s’arrête) Mince…, je sais plus.

– T’as qu’à choisir une phrase pour t’aider. Je sais pas, la première qui te passe par la tête… Les parents hum la sieste, les enfants hum la vaisselle…

– Ben non, ça marche pas !

– Quoi ?

– Faudrait plutôt dire les enfants font la sieste les parents font la vaisselle !

Moi, ses difficultés, j’ai tendance à croire que c’est principalement un manque de volonté !

Chapitre 15 : Premier face à face

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Précédemment dans l’histoire :

En plein milieu du dîner, un grand fracas alerte les Malloré. En effet, Rousquille vient de surprendre Moustache en train de les espionner. 

Les Malloré bondirent immédiatement, mais ce fut Franck qui accourut le premier dans la cuisine. Quand il découvrit le chantier que nous avions provoqué, il porta la main à son front, sidéré : la cuisine ressemblait à un champ de bataille ! Et, d’une certaine façon, c’était le cas. Deux ennemis étaient en train de s’y livrer combat.

Tout était sens dessus-dessous… Des éclats de faïence et de verre brisé recouvraient une partie du carrelage. Deux des quatre chaises avaient été renversées, ma gamelle elle aussi avait volé. Des céréales et des croquettes jonchaient le sol… Elles gisaient, ramollies, au milieu des flaques d’eau… Ce terrible gâchis me brisait le cœur. Ma nourriture était sacrée : la vilaine allait me le payer !

Même l’innocent ficus, qui se dressait joliment d’ordinaire à côté de la fenêtre, ne tenait plus que miraculeusement en équilibre entre l’extrémité du plan de travail et le mur éclaboussé de terre. Son pot était fissuré de part en part, et une partie de ses racines pendaient, comme s’il avait été éventré.

Sous l’effet de la colère, j’avais moi-même doublé de volume. Je crachai sans discontinuer en direction du placard, devant lequel Rousquille s’était accroupie. Elle me défiait du regard, pattes avant pliées, prête à bondir, dans un état de fureur indescriptible : d’une seconde à l’autre, elle allait à nouveau me fondre dessus !

De mon côté, je grognais de toutes mes forces pour évacuer l’adrénaline qui montait.

– Henriette, ordonna soudain Franck, retenez Rousquille, je m’occupe de Moustache !

Devant l’urgence de la situation, ce dernier prenait le commandement des opérations.

– Moustache ? Mais qu’est-ce que…, balbutia Henriette, qui essayait péniblement de contenir la fureur de son chien.

J’étais sur le qui-vive. Concentré. En effet, je me préparais à disputer un deuxième round de toute beauté !

– Ne le brusque pas, Papa, implora Caroline d’une voix suppliante. Il doit être terrifié !

Moi, terrifié ? Elle n’avais pas dû bien me regarder. J’étais fou de rage en vérité ! Cet affreux caniche m’avait provoqué. Moi, je n’avais rien demandé, elle m’avait littéralement agressé !

Franck n’eut pas le temps de m’attraper. A peine eut-il avancé un pas vers moi que Rousquille me fonçait à nouveau dessus, piaillant comme une poule en délire !

Aussi sec, je détalai, l’évitant de justesse, puis sautai sur l’évier et renversai au passage la cafetière et le plateau de tasses qui la bordait. Il y eut un deuxième fracas épouvantable, mais je ne pris pas le temps de me retourner.

Déterminé à lui rabattre le caquet, je bondis sur le tabouret, atterris au sol puis repris ma course dans sa direction en contournant la table aussi vite que je pouvais. Elle allait voir, l’effrontée, de quel bois je me chauffais… Venir me provoquer chez moi, non mais quel toupet !

Je m’élançai, mais une grande flaque d’eau dévia ma route. Je dérapai en plein virage et glissai pitoyablement, ratant ma cible de peu… Néanmoins, je me félicitai d’avoir réussi à lui égratigner l’arrière-train au passage ! Sous l’effet de la surprise, Rousquille poussa un cri de douleur aigüe. Apparemment, Madame était douillette… J’étais fier de moi. Elle, verte de rage.

Je souris, avant de me redresser. Un bref coup d’œil avait suffit à me requinquer. Désorientée, cette dernière tournait en rond sur elle-même en geignant comme un cochon malade !

– Mais attrapez-le, ce chat est complètement fou ! s’écria Henriette.

Ses tripes s’étaient serrées à la vue de son caniche ainsi malmené.

Franck me prit alors à revers, puis fondit sur moi. En un rien de temps, il me souleva maladroitement et m’expédia d’un geste sec dans le jardin ! La fenêtre était restée grande ouverte, mon vol plané fut spectaculaire !

Les Malloré tondaient rarement la pelouse. Le matelas touffu du gazon amortit ma chute, et j’atterris mollement dans les herbes hautes bordant la terrasse.

Soucieux de conserver ma dignité, je me relevai aussitôt et, tandis que je m’ébrouai, je pris progressivement conscience de ce qui venait de se passer.

Je n’avais pas rêvé. Là, à l’instant, Franck m’avait balancé comme un vulgaire paquet d’ordures dans le jardin ! Le fourbe, comment avait-il osé ?

Peu après, la perplexité céda la place à l’indignation.

Très bien, sifflai-je.

J’étais plus énervé que jamais. Je voulus retourner à la charge pour achever ce que j’avais commencé. Zut…, pensai-je. Quelqu’un m’avait devancé : la fenêtre avait été refermée !

Je courus du côté opposé, vers la baie vitrée. Quelle ne fut pas ma déception quand je constatai qu’elle aussi, on l’avait verrouillée ! A nouveau, je pestai.

A travers la vitre, j’eus à peine de temps de voir Mamie Henriette disparaître à l’étage. Elle se hâtait de mettre Rousquille en sûreté… Pour cette fois, c’était râpé ! Ravalant ma frustration, je reculai. 

Finalement, me dis-je en moi-même, peu importait. Tôt ou tard, ma revanche viendrait, je le savais. Ce maudit caniche ne perdait rien pour attendre.

En rejoignant mon poste d’observation initial, je pris enfin conscience de l’étendue des dégâts… On aurait dit qu’une grenade avait explosé en plein milieu de la cuisine !

Annie s’affairait, balai à la main. Les enfants, eux, essayaient de remettre en ordre ce qui avait été brisé dans la bagarre. Je les regardais ramasser la casse, petits bouts par petits bouts, la mine triste, redressant le mobilier renversé au passage.

Comme s’il avait senti ma présence, Franck tourna soudain la tête vers la fenêtre et croisa mon regard. Aussitôt, son expression se durcit. Il s’approcha de la vitre et me chassa à nouveau d’un mouvement de bras.

Je le regardai, stupéfait.

Qu’aurais-je donc dû faire ?  miaulai-je, excédé. Laisser ce caniche hystérique me flanquer une dérouillée ? J’étais chez moi, tout de même !

Les yeux de Franck continuaient de me jeter des éclairs. Je soufflai. M‘expliquer n’aurait servi à rien : il était furieux.

Sans répliquer davantage, je décidai d’obtempérer. Tandis que je redescendais, posant la patte sur la terrasse en bois, je me fis la remarque que cette altercation n’allait certainement pas améliorer nos relations.

A cette idée, un curieux sentiment de tristesse, m’envahit soudain. Après tout, qu’en avais-je à faire, de son avis ? Il fallait me ressaisir à tout prix.

Encore une histoire de priorité

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– Hé, mon cœur, pas trois heures sous la douche !!! Je fais tous les jours la leçon aux enfants, m’oblige pas à faire pareil avec toi !

– Désolée Minou… J’aime bien réfléchir sous la douche.

– A quoi ? A l’écologie ? Aux dépenses énergétiques ? Aux pays sous-développés, qui n’ont pas suffisamment d’eau pour se laver ?

– Je pense à mon nouveau roman… J’ai mon idée, j’étais justement en train d’y penser… J’ai envie d’essayer autre chose, je me demande si ça va marcher… Je tiens une idée, tu vois, j’ai bien envie de la développer mais je sais pas si ça vaut le coup. L’histoire m’inspire bien, c’est certain…

– En tous cas, ton roman ne sortira pas du robinet !!! Alors si tu pouvais t’activer, j’apprécierais.

Je le regarde s’en aller, un peu blasée.

On n’a décidément pas le même sens des priorités !

Esquisse#9 : Annie

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Ah, Annie… La belle Annie, la douce Annie.

Annie est une maman calme…

Aimante et compréhensive…

Dévouée. Organisée.

Diplomate.

Elle prépare les petits-déjeuners, les jus d’orange pressés. Elle retrouve les clés égarées.

En un mot, c’est une femme parfaite ! Une femme idéale. Un roc sur lequel on s’appuie. Je la voulais ainsi… Après tout, L’Esprit de famille est une fiction : j’ai droit à quelques projections !

Pourtant, un jour, elle a fui…

Elle a renoncé, elle aussi.

Et cette fuite lui a laissé un profond sentiment de culpabilité, qui n’en finit plus de la hanter… Contrairement aux apparences, ce personnage, intérieurement torturé, est  en quête d’apaisement.

Pour y parvenir, Annie devra renouer avec son passé. Et quelqu’un qu’elle n’a pas revu depuis des années devra l’accompagner.

Ca balance pas mal !

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A la sortie du collège, mon fils a l’air préoccupé.

– Maman, j’ai peur…

– Pourquoi ?

– Aujourd’hui à l’école, Léa m’a envoyé des mots… Baptiste a menacé d’aller nous dénoncer à la Directrice, elle va peut-être me mettre un avertissement dans le carnet.

Je souris, soulagée.

– Je ne crois pas qu’elle prenne une décision aussi sévère pour quelques petits mots échangés en cours… Mais sache que je ne te félicite pas, une attitude aussi  désinvolte en cours ne me plaît pas.

Pause.

– Cependant, Baptiste n’a pas à agir comme ça non plus. Ce n’est pas correct de balancer les copains. Elle t’écrivait quoi, Léa ? C’était important ou pas ?

– Non, t’inquiète… Elle a trompé Vincent pendant les vacances. Et, comme j’ai discuté avec lui à la récréation, elle voulait savoir s’il l’aimait toujours…

Effectivement, dossier brûlant.

– Tu joues l’assistante sociale, maintenant ? je lui demande, amusée. T’as rien d’autre à faire au collège ?

– Si je ne l’écoute pas, elle va raconter sa vie aux autres donc je préfère qu’elle vide son sac avec moi. Ca évite que tout le collège soit au courant.

– Je vois… Je ne savais pas que tu étais un si bon confident !

– Oui… enfin… Je l’ai quand même dit à Vincent.

– Quoi ???

– Ben oui… Je me suis dit qu’il fallait qu’il soit au courant !

– Mais enfin mon chat, pourquoi t’as fait ça ?

Et lui de se justifier, feignant d’être choqué :

– Maman ! Elle l’a trompé, ça ne se fait pas !!!

Ecouter ainsi un aveugle blâmer la mauvaise vue du borgne me laisse sans voix.

Esquisse#8 : Franck

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Franck constitue le grand rival de Moustache. A cause de lui, Moustache doit réfréner ses ambitions. La place du chef de famille, qu’il brigue dès son arrivée, est déjà prise.

En outre, c’est Franck qui a choisi de l’affubler de ce ridicule prénom. Alors que ce dernier rêvait de lustre et de grandeur, le père des enfants a décidé de l’appeler « Moustache », mettant le reste de la famille du même avis.

Cette blessure narcissique, notre héros ne la lui pardonne pas. C’est ce que j’ai essayé de souligner dans la description qu’il fait de Franck, au chapitre 7, « L’Annonce ». Il brosse un portrait de lui peu flatteur, le trouve quelconque, allant jusqu’à déplorer sa « quarantaine plutôt ingrate ».

En vérité, Moustache est tout simplement jaloux. Jaloux de l’autorité dont Franck dispose au sein de la famille, mais aussi de sa relation avec Annie dont il tombe rapidement amoureux. Et, étant donné que ses sentiments sont directement reliés à son estomac – ou aux caresses qu’il reçoit – vivre auprès de Franck ne l’enchante pas.

En effet, ce dernier le tolère, il ne l’admire pas. Pour Franck, Moustache n’est qu’un chat… Une dénomination que Moustache, évidemment, ne supporte pas !

 

Esquisse#7 : Caroline

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Bouchez-vous les oreilles, je vous présente la petite Caroline !

Oui, Caroline ressemble beaucoup à ma fille, et ce n’est pas uniquement parce qu’elle a huit ans. C’est un petit garçon manqué, à la voix insupportable (il paraît qu’elle a la même que moi, mais vous savez bien que soi-même on ne s’entend pas !). Blondinette, mal coiffée, les cheveux courts, j’avoue que je me suis beaucoup inspirée de ce que j’avais sous le nez… Et, forcément, je me suis amusée.

Ce personnage n’a pas la langue dans sa poche. Elle fait d’ailleurs souvent preuve de plus de perspicacité que son frère. Elle est logique, pragmatique, et d’un tempérament fougueux.

Il m’a semblé judicieux que le frère et la sœur puissent être complémentaires, cette dualité me permettra de débloquer certains nœuds de l’intrigue.

Caroline est bavarde, et elle adore Moustache. Elle lui raconte toutes ses journées par le menu. Lui, évidemment, feint toujours d’être grandement intéressé : Caroline n’a pas son pareil pour le câliner !

D’ordinaire, son frère et elle se chamaillent sans arrêt. Mais l’arrivée d’Henriette va plus que jamais les souder.

Esquisse#6 : Samuel

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Samuel est le fils aîné des Malloré. Il a quatorze ans.

Moustache et lui ont une relation privilégiée. Chaque soir, en effet, notre héros vient le rejoindre dans son lit sans faire de bruit.

Samuel est un adolescent calme et responsable, qui ne supporte pas l’injustice et aime sa tranquillité. Contrairement à sa sœur, il fait toujours preuve de pondération et de mesure. Malheureusement, l’attitude d’Henriette va le pousser dans ses retranchements et le faire sortir de ses gonds.

En effet, Samuel est un personnage prêt à tout pour protéger ceux qu’il aime.

Esquisse#5 : Rousquille

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Rousquille est le caniche d’Henriette.

Quand les Malloré demandent à cette dernière de venir garder leurs enfants, Rousquille fait donc logiquement le voyage avec sa maîtresse.

Chiens et chats ne s’entendent pas. Et l’histoire du roman ne démentira pas le proverbe. Dès qu’il l’aperçoit, les poils de Moustache se chargent d’électricité : à peine arrivée, il la déteste déjà !

Entre Samuel et Caroline qui ne décrochent pas trois mots à Henriette, et Moustache et Rousquille qui se haïssent déjà sans même se connaître, la cohabitation s’annonce très mouvementée.

J’ai voulu ce personnage précieux et raffiné, ce qui lui fait tout de même un point commun avec Moustache. Cela les place également en rivalité, donnant du piment aux relations entre ces deux personnages. J’ai essayé de dessiner Rousquille comme je l’imaginais, avec un petit côté Marie-Antoinette.

Pour mémoire, la rousquille est une pâtisserie catalane en forme d’anneau bien connue, très moelleuse, recouverte de sucre glace et parfumée au citron ou à l’anis. Quand on la tient au creux de sa main, elle ressemble à un joli petit nuage. Il faut alors se dépêcher de le manger, son enrobage sucré peut rapidement coller…

Esquisse#4 : Henriette

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Je ne peux pas dévoiler grand-chose de ce personnage, sans spoiler une partie de l’histoire. Pour le moment, ce qu’on sait d’elle ne présente pas ce personnage à son avantage.

Dès les premiers chapitres, je brosse d’elle une image volontairement contraire à l’idée que l’on se fait d’une grand-mère. Les enfants la détestent. Et ils ont de bonnes raisons de le faire : aigrie et acariâtre, elle passe son temps à râler toute la journée !

Elle vit seule depuis des années. Et, quand elle rend visite aux Malloré, elle ne fait aucun effort pour s’adapter.

Pour une cause qu’ils ignorent, Annie, sa fille unique, est la seule qui fait preuve de compréhension à son sujet…

Adaptation des droits

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Je finis ma conversation téléphonique.

 Il arrive dans le bureau, surexcité :

– Alors ? Ils ont décidé quoi ?

– Pardon ?

– Comme t’étais occupée, j’avais dit aux studios Pixar de te rappeler. Ils te rachètent les droits ou pas ?

Je soupire, blasée.

– Minou…

– Oui …?

– Plutôt que de t’ennuyer, t’as pas un mur à poncer ?

Effluves d’adolescence

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Mon fils vient me voir au bureau.

– Ca y est ? T’as fini ta recherche pour le collège ?

– Non, l’ordinateur n’a plus de batterie…

– Et tu l’as mis à charger ?

Il prend son petit air désolé.

– Ah non… J’y ai pas pensé.

Ca m’a rappelé quand nous jardinions la dernière fois, il était censé ramasser les feuilles. Au bout d’un moment, je l’ai surpris qui rêvassait :

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui ai demandé.

Plus rien… Puisque le sac poubelle était plein.

– Au fait mon chat, je voulais t’informer : la télé est cassée.

– Ah bon ?

– Oui, j’ai vu qu’elle était débranchée…

Silence.

– On est bloqué, tu ne pourras plus jamais la regarder !

Il lève les yeux au ciel, il commence à saisir où je veux en venir.

– Et tant que j’y pense : à partir de maintenant, prends bien soin de tes vêtements…

– Pourquoi ?

– Quand ils seront tous sales, t’iras au collège à poil !

– C’est bon Mamanme dit-il en soufflant, tu peux arrêter, j’ai compris l’idée !

– Rassure-moi : tu réfléchis à ce que tu dis des fois ?

Il m’adresse un grand sourire en retour.

– Avoue… Si je changeais, ça ne te conviendrait pas.

– Tu peux préciser ?

– Tu serais paniquée : tu ne me reconnaîtrais même pas !

Il me regarde les yeux rieurs.

Vive la mauvaise foi…

L’envie soudaine lui prend alors de se blottir contre moi.

– Sois tranquille mon amour…

– Pourquoi tu dis ça ?

– Avec l’odeur que t’as sous les bras, je te retrouverais jusqu’en Alaska !

– Maman !!!!!!

Et les yeux fermés, mon petit chat ! Crois-moi !

Esquisse#3 : Mike

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Au premier abord, Mike est assez impressionnant, pour ne pas dire terrifiant. Loin d’inspirer aux gens une quelconque sympathie, je l’ai imaginé sale et repoussant.

Mike est un ancien chat de gouttière, né dans la rue, avant d’être abandonné par sa mère. Luttant pour sa survie, il a longtemps erré dans le quartier, glanant ça et là quelques restes à manger.

En fin de journée, il a l’habitude de se rendre à la déchetterie. Là-bas, il trouve en général toujours de quoi se remplir l’estomac. Cependant, il n’est pas tout seul à fréquenter ce lieu, d’autres chats y rôdent régulièrement.

Un soir, Mike fut pris à partie dans une violente bagarre. Malgré le grand courage dont il fit preuve, les autres chats errants décidèrent de se liguer contre lui : ils lui flanquèrent une cinglante dérouillée, avant de s’en aller. Sévèrement meurtri, il resta ainsi toute la nuit, agonisant des heures durant entre un étendoir cassé et un aspirateur à demi-éventré.

Le lendemain matin, Jojoko se rendit à la déchetterie. Elle était à la recherche de quelques objets à réparer et, comme elle vivait seule, ça l’occupait.

Quand elle aperçut sa carcasse mutilée, ce dernier ne respirait presque plus : sans réfléchir, elle courut le confier au bons soins du vétérinaire de Belleville, qui réussit par miracle à le sauver.

Une fois rétabli, il s’empressa de trottiner jusque chez elle. Dans sa vie, jamais quiconque ne s’était soucié de lui. Le geste de la vieille dame l’avait profondément touché, il tenait donc naturellement à la remercier.

Quand il arriva chez elle, il sentit immédiatement que quelque chose clochait. Un représentant était en effet sur le point de l’escroquer… Ce jour-là, ce fut lui qui la tira d’un vilain guêpier.

Ainsi liés, Mike et Jojoko décidèrent de ne plus se quitter. Ils firent vœu, toujours, de se protéger.

Essayer de dessiner (à peu près !)

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– T’en penses quoi minou ? On le reconnaît ?

– Ah oui, tu l’as vraiment bien fait…

Avant de s’étonner :

– C’est quand même une drôle d’idée…

– Quoi donc… ?

– Ben… de lui avoir donné des mouches à manger !

Ca va pas fort, mais faut pas exagérer !

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– Je ne comprends pas… J’ai passé ma journée à travailler. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir rien fait…

– Je suis sûr que c’est pas vrai !

– Si !

Je tape du pied (oui, j’ai aussi ce vilain côté).

– En plus, j’ai mal dormi…

Il se remet à bricoler.

– T’as vu le temps qu’il fait… ? C’est horrible : il pleut sans arrêt !

Il sourit.

– Si je comprends bien, y’a rien qui va aujourd’hui.

Comment il sait ?

– Là, même si je te proposais de partir à Bora-Bora, je suis sûr tu ne voudrais pas !

Je le regarde. Il est fou ou quoi ?

– Ouais, dit-il avec un petit sourire amusé. Je me disais, aussi… J’étais peut-être allé un peu loin !

Si tu veux connaître le fond de ma pensée, je dirais plutôt pas assez, en vérité.

Bref.

Je retourne bosser, toujours aussi déprimée. 

Ah, Bora-Bora… Un jour viendra, tu seras à moi… Et ce jour-là, surtout, faites que je ne croise pas un chat !

Esquisse#2 : Moustache Malloré

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 Notre héros est un chat orgueilleux en plus d’être très gourmand. Il a aussi une haute estime de lui-même, ce qui le rend assez susceptible, et je m’amuse beaucoup à jouer de ce trait-là de caractère dans les trois tomes de la saga.

Moustache passe son temps à se mettre en valeur. D’un tempérament coquet, il aime prendre soin de lui. C’est d’ailleurs sa principale activité : toilettes et manucures constituent la majeure partie de son quotidien !

Il souffre toutefois de vertiges chroniques ce qui, pour un chat, est assez étonnant. Comme il est d’un naturel peureux, il panique très vite, contrairement à Mike qui, lui, a rarement froid aux yeux. Leurs caractères étant diamétralement opposés, je trouvais que les lier d’amitié était une bonne idée, et qu’elle rendrait ces deux personnages encore plus attachants. J’espère ne pas m’être trompée.

On dit souvent qui se ressemblent s’assemblent. Ce n’est pas toujours vrai.

Moustache tombe rapidement amoureux d’Annie. C’est elle qui lui donne à manger le matin alors forcément, ça crée des liens. Par opposition, il développera vite une forme de rivalité avec Franck, que j’ai voulu plutôt touchante.

Loin d’être en admiration devant lui, Franck est en effet le seul qui considère Moustache pour ce qu’il est, à savoir un chat. N’en déplaise à ce dernier, c’est la stricte réalité.

Dans l’histoire, Franck occupe une véritable place de chef de famille. Moustache est donc souvent contraint de lui obéir, ce qui n’est pas sans l’agacer. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour le lui signifier dès qu’il en a la possibilité.

Pour s’adapter à sa nouvelle vie, notre héros devra donc voir plus loin que son nombril, et ce ne sera pas toujours facile… Cependant c’est le prix à payer quand on veut faire partie d’une famille aimante et soudée, qui est celle formée par Malloré.

La faute à Voltaire

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– Maman, me dit mon fils, faut que je choisisse un nouveau mot de passe. Maintenant que tu connais le mien, ça sert à rien…

Je lui réponds que ce n’est pas la peine, mon propre numéro de carte bleue me sort régulièrement de la tête.

– T’as qu’à choisir « modpas », tout simplement. Comme ça, si tu t’en souviens pas, ta sœur te le retrouvera !

Evidemment, la principale intéressée n’était pas là.  La pauvre… L’orthographe est vraiment sa bête noire.

Même si on essaye de dédramatiser, je ne peux m’empêcher d’être préoccupée.

Sur la porte de chambre, il est écrit « N’entré pa, dangé ! ». Vous le constaterez, cette dernière est sous haute sécurité…

Elle a rapporté de sa classe verte un « caillé de natur », très bien illustré. Cette dénomination n’a malheureusement rien à voir avec les vaches qu’elle venait d’observer. Et, drôle de curiosité, j’ai appris qu’on leur donnait du « fion » à manger…

Quand je lui fais réviser sa dictée, elle essaye de m’extorquer des indices de toute beauté :

– Dis-moi Maman, dans « maintenant », y’aurait pas un « u » par hasard ?

Non, pas de « u »… Et pas de « w » non plus.

C’est un vrai petit garçon manqué : elle ne porte que des shorts, jamais de jupe, même en été. Et pour cause : difficile de grimper dans les arbres ainsi habillée…

Encore un argument tout à fait justifié vous me direz. Très vite, j’ai abandonné l’idée…

Son père, lui, résiste encore. Il ne veut pas lâcher.

Sa fille porte les cheveux courts, ça lui déplaît :

– N’empêche, qu’elle lui fait, j’ai plus besoin de m’embêter à les brosser !

A côté de ça, elle a mis à jour un système de cordes et balles entremêlées dans sa chambre, qu’elle a attaché à la poignée et qui l’informe de notre arrivée.

Dehors, elle a construit un filet pour que ses plantations soient surélevées. Ainsi adaptées, elle arrive à les arroser dans le jardin sans difficulté ; et peu importe que la tondeuse ne puisse plus traverser, ses créations passent en premier.

– Dans « trottinette », ma chérie, n’oublie pas : il y a deux T.

– N’importe quoi ! Y’en a cinq, tu sais même pas compter !

Pendant le confinement, j’ai essayé d’expliquer à mes enfants le fonctionnement des éclipses solaires. Elle m’a gentiment fait remarquer que, telle que je l’avais positionnée, la Terre était mal placée… Ce qui était tout à fait vrai : je m’étais royalement plantée.

– Maman, pourquoi on peut pas vivre au milieu de la forêt ? On ramasserait du bois et on chasserait pour manger !!!

Quand je lui ai dit que Nutella au goûter, faudrait oublier, elle a quand même eut l’air d’hésiter…

Et, comme avec du scotch et trois bouts de ficelle, elle vous fabrique une montgolfière, je me dis que ça ne vaut peut-être pas la peine de s’arracher les cheveux comme j’ai pu le faire…

Pour le reste, c’est la faute à Voltaire.

Blague et préjugés

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Les enfants viennent souvent lire dans mon bureau. Mais, comme je suis seule à le ranger, voilà ce qui peut parfois arriver :

– Mon chat, j’ai jeté les magazines qui traînaient sur le canapé, ils étaient tous abîmés !

– Oh non ! Me dis pas que t’as balancé tous mes Astrapi ! Y’avait des supers blagues d’orthographe dedans !!!

Je me fige, avant de tourner la tête vers mon conjoint, médusée.

– Tu peux développer ? qu’il lui demande, inquiet.

De mon côté, je suis en panique totale. Je l’imagine déjà, tout seul à la récréassis sur un vieux banc mouillé… Et, pour ne rien gâcher au tableau, on vient bien sûr de lui piquer son goûter.

– Ben, je sais pas… Toutes les lettres de l’alphabet sont en réunion, sauf cinq. Lesquelles ?

La seconde d’après, il nous avait mouchés et moi, la tête dans la poubelle, GTOQP à tout récupérer.

Je suis, vous me suivez (ou les trois, parfois)

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Avant de me plonger dans l’écriture, je faisais régulièrement du footing. Puis, débordée par le travail que cela demandait, j’avais tout arrêté…

J’ai décidé récemment de me faire violence. Je chausse à nouveau mes baskets deux à trois fois par semaine et, dimanche dernier, ma petite famille m’a même accompagnée !

On court tranquillement quand je vois ma fille détaler, toute heureuse de nous doubler :

– Et voilà, c’est moi qui est devant la troupe !

– Qui suis…

– Mais non ! Tu vois bien que c’est vous qui êtes derrière !!!

Je pense, perplexe : « cette conversation n’a aucun sens ! ».

Je ralentis un peu, le temps de comprendre…

Ca y est !

Je « suis », nous « suivons »… Vous me suivez ?

C’est dimanche, il faut beau et elle est en pleine santé… Zut ! Pour une fois, je laisse tomber !

Esquisse#1 : Jojoko

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En ce moment, je suis en train de chercher la tête de mes personnages.

La première, ou du moins celle que je vous présente aujourd’hui, c’est Jojoko.

Jojoko est un personnage loufoque, d’une tendresse sans borne. Je trouvais amusant que dans mon roman l’un de mes personnages se perde un peu les chèvres… Si on regarde bien, on a tous une Jojoko autour de nous.

Jojoko parle à ses plantes vertes, elle ouvre et ferme les portes des placards plusieurs fois par jour. Elle met toujours ses vieilles charentaises au réfrigérateur, le soir, avant de se coucher. C’est vrai qu’elle aime sentir le frais réveiller ses pieds… Elle dit que ça lui rappelle un peu sa Russie Natale.

Il n’y avait qu’un personnage aussi déjanté capable de recueillir Mike à la déchetterie. Elle y était venue chercher quelques canards à cinq pattes, c’est finalement avec lui qu’elle est repartie… Elle lui a sauvé la vie.

On le sait tous, des familles, il en existe de deux types. Les familles de sang, et des familles de cœur. Celles imposées par la naissance, et celles qu’on a choisies.

Mike et Jojoko sont des figures très fortes de solitude et d’indépendance. Deux âmes cabossées, à la noblesse rare, que le destin fera se rencontrer et qui ne se quitteront plus jamais.

Minou, j’ai une blague !

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– Oh ! J’ai lu une blague qui m’a faite trop rire, Minou. Attends que je m’en rappelle…

Je me concentre une seconde.

– Ah oui… C’est ça !

Pause.

– Si Gibraltar est un détroit, qui sont les deux autres… ??!?

J’éclate de rire ! Il me fixe, sidéré.

– Génial, non ? Ca s’appelle un apophtegme !

Il me corrige :

– Non mon coeur… Ca s’appelle une blague de merde !

Et voilà…! Dès que c’est un peu littéraire, l’humour n’est plus le même.

#payetonbideavectonapophtegme

Maman, tu aimerais mourir comment ?

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Je hochai la tête, l’air entendu, et me fit la remarque que cette femme avait, indubitablement, un goût certain…

– A table !!!

– J’arrive !

Dix minutes plus tard, je m’installe sous trois paires d’yeux qui me mitraillent.

– Désolée, je finissais un truc…

– C’est toujours toi qu’on attend !

A peine je plante mon premier coup fourchette, ma fille me pose une des questions dont elle a le secret :

– Maman, tu aimerais mourir comment ?

Et vlan.

Dix minutes de retard, c’est pas non plus un drame !

– Eh bien… euh… je ne sais pas… Mais ce qui m’arrangerait en tous cas, ce serait que je ne souffre pas.

Pause. Je la regarde.

– Pourquoi ? T’as quelque chose prévu pour moi ?

Elle sourit, je me détends légèrement.

– Moi, j’aimerais mourir en sauvant le monde ! Comme Iron Man, quand il prend le gant de Thanos avec les pierres dedans ! Bon, c’est trop de pouvoirs pour lui, mais il meurt en héros !!!

– C’est sûr, je dis, ça a un peu plus de classe que de s’étrangler avec un Tic Tac… Délicieux, minou, ton filet mignon !

– Ne parle pas, mon cœur. Mâche doucement.

I had a dream…

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7 heures. Mon conjoint me réveille gentiment.

– Nooooon…. J’veux pas me lever…

A la cuisine, mon petit-déjeuner est prêt. Mon thé à la bergamote m’attend, avec son délicat nuage de lait. Comme d’habitude, le pauvre, il a tout préparé.

– Ca va pas ?

Il voit que de la fumée me sort par les trous de nez.

– Purée, je suis dégoûtée… J’étais en train de rêver que je sortais avec Robert Downey Jr…

Pause.

– Et toi, t’as osé me réveiller !!!

– Désolée mon coeur…

Il sourit.

– Maintenant que c’est râpé, tu veux pas plutôt boire un café avec George Clooney ?

Je le regarde, l’air désespéré, avant de soupirer.

– En même temps, je ne peux pas trop t’en vouloir… Dans mon rêve, j’étais en train de le quitter.

La journée vient à peine de commencer, je suis déjà blasée. C’était Robert Downey Jr., s’il vous plaît ! Et moi, là, qui trouve rien de mieux à faire que de le larguer…

Parfois, quand même, j’ai de ces idées…

Ah, les beaux jours qui reviennent !

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Ah, les beaux jours qui reviennent !

De mon bureau, je vois le soleil briller depuis ma grande baie vitrée.

Je fais une pause et contemple le paysage au-dehors. J’entends le vent souffler. Je le regarde courir dans le jardin, en appui sur les herbes courbées.

Un bourdon me chatouille l’oreille. Je tourne la tête, je le vois zigzaguer. Il s’approche d’un joli bouton printanier…

Je le regarde qui vient le flairer, l’aile enfiévrée.

– Brrrrrzzzziiiii Brrrrrzzzziiiii… Vos pétales, i’ zouvrent à quelle heure, ma’m’zelle ?

Elle, timide, réserve son mystérieux secret.

Cette rencontre inattendue ravage mon imagination. Une fleur. Un bourdon…

Sous mes yeux, c’est loxymore parfait !

Le silence vrombissant, version végétale ! C’est l‘harmonie du scandale.

C’est le pop corn salé, l‘invention de la glace au Roquefort, la brevétisation du cale-menton (ceux qui ont essayé de dormir dans le métro comprendront).

Le succès de la grenouillère-serpillère, plébiscitée par les jeunes mamans éreintées.

L’industrialisation du savon marron, odeur goudron.

L’idée géniale des pâtes verdâtres, molles comme des calamars (soi-disant, goût épinard).

Vous ne vous êtes jamais demandé, vous-même, comment certaines idées étaient nées ? Là, soudain, j‘entrevois la façon dont le string a un jour été inventé…

Je perçois la poésie qu’il y a, l’été, à porter des sandales ajourées. Leurs menus bras croisés, sur des chaussettes en coton un peu mouillées.

C’est aussi sûrement ainsi, un matin de mai, dans un esprit inspiré, que le premier bijou d’anus est né…

C’est alors que jaillit soudain une fusée ! Surgissant de nulle part, le chat de mon conjoint déboule, l’air passablement énervé. Le voilà qui décoche un sévère coup de patte au bourdon, lui assénant une claque magistrale en plein citron !

J’entends Paf ! puis Bzziouuuuuuuuu… Ensuite, plus rien.

L’inspiration sonnée, je vois le bourdon, assommé, chuter et se planter dans le gazon encore tout frais…

–  Tu crois que ça ennuierait le printemps d’aller sonner à côté ? On s’entend plus ronfler ! semble-t-il m’indiquer, à moitié réveillé.

Ca ne marchera jamais…!

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– Minou… Parfois, ce blog, je me dis que c’est une idée débile… Ce que je raconte n’a absolument aucun intérêt !

Pause.

– Bon, tu me diras, est-ce qu’un petit parasol en bois sur une boule de glace a de l’intérêt ? Non. Et pourtant, l’idée a eu du succès.

Nouvelle pause.

– Un jour, y’a quand même un gars qui a inventé le saladier troué… Un autre, les boules carrées… Quand même, ça donne à méditer !

A la troisième pause, je le vois qui hoche la tête.

– Ah ça, mon cœur, y’a des tas d’idées ridicules qui ont marché… T‘as même pas besoin de chercher aussi loin : regarde, par exemple, notre relation ! Si ça, c’est pas une idée à la con !

Quand je suis stressée, il trouve toujours les mots pour me réconforter !

Inspiration et petites culottes

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– Touche pas, là ! Tu vois bien que j’ai mis une culotte « journée grosse patate » !

Je souffle.

– J’ai ramé toute la journée… J’ai rien fait de bon… Tout était nul : les phrases, le rythme, y’avait rien qui allait !

– Attends… Si j’ai bien compris, tu choisis tes culottes en fonction de ton humeur ?

Je le fixe, surprise.

– Ben, évidemment !

Oh l’autre…

Se trouver de nouvelles facultés

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– Maman, me dit-il alors que je suis concentrée, pense très fort à un chiffre entre 1 et 4 !

J’étais justement sur le point de m’ennuyer…

– Hum… ok, c’est bon.

– 3 !

– Tiens… Et comment t’as deviné ?

– 2 c’est pair, trop simple, et personne ne choisit jamais les chiffres des extrémités !

Ca y est, mon fils est officiellement mentaliste.

Maman, j’ai une responsabilité !

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L’ordinateur me retient en otage toute la journée. Arrivent 16h30 et le bonheur de respirer l’air frais pour aller chercher les enfants, d’un pas guilleret.

Ce soir-là, je vois ma fille sortir en souriant et s’élancer vers moi :

– Maman ! s’exclame-t-elle, toute contente. Ca y est ! J’ai eu une responsabilité !!!

Depuis le temps qu’elle attendait… Elle a l’air plus heureuse que jamais !

En effet, tous les vendredis après-midis, le maître organise un mini-conseil de classe. Les élèves volontaires peuvent ainsi se porter candidat pour des charges qu’ils assumeront la semaine suivante. Au terme d’un vote, les différents rôles sont alors attribués ; sont ainsi désignés le responsable des carnets, celui en charge du tableau, le gardien du silence, etc… Jusque-là, c’est vrai, elle n’en avait jamais décroché.

Super !!! Toutes mes félicitations, mon ange… Alors, raconte ! T’as gagné quelle responsabilité ?

Elle lève les bras en l’air et s’écrie, toute joyeuse :

Je vais m’occuper des poubelles !!! 

Je jette rapidement un coup d’œil circulaire ; les visages autour de nous s’animent d’un sourire qui se veut solidaire.

– C’est vraiment génial, ma chérie…

Avant de poursuivre, baissant la voix :

– Monte vite dans la voiture.

Les conseils (du jury de The Voice) #3

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Avec les enfants, on se cale souvent devant The Voice le samedi soir. Oui, nous aussi, on a un avis d’expert à faire valoir.

Je regarde Amel Bent consoler une jeune fille éplorée… Aucun des quatre jurés ne s’est retourné.

Cette dernière tente de la rassurer :

– De toutes façons, que tu chantes sous la douche ou devant une salle comble, le plus important, tu sais, c’est de chanter !

Aussitôt, je manque de m’étrangler :

– Mais bien sûr ! J’imagine, si un éditeur me sortait un jour “Mademoiselle M, vous savez, que vous écriviez des sms ou des romans à succès, le plus important, vous savez, c’est surtout que vous écriviez”… 

Pause.

– Et bé ? Continue, M’man… Qu’est-ce que tu dirais ?

– Rien… Par contre, il prendrait gentiment mon portable dans le nez !

(En me relisant, je ne peux m’empêcher de m’interroger… Cet article risque-t-il de saborder mes chances d’être éditée ?)

Petite peine de cœur

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Du coin de l’œil, je regarde mon fils. Il est installé sur le canapé du bureau, juste en face de moi. Il a l’air triste…

Soucieuse d’un éventuel problème, je lui demande :

– Ca va, mon petit chat ?

D’ordinaire, il aurait bondi en m’entendant prononcer ces mots… Or il ne réagit pas, ce qui a pour effet de m’inquiéter encore davantage. 

– Bof… Avec ma copine, aujourd’hui, on s’est séparé…

Aussitôt, je lâche mon clavier et tourne la tête vers lui, l’air sincèrement navré :

– Oh mon cœur, je suis désolée…

Il lève simplement les épaules en réponse.

– Et… c’est elle qui a décidé de rompre, ou c’est toi ?

– Nous deux….

Moment de silence.

– N’empêche, ça faisait trois mois qu’on était ensemble… Ca me fait quelque chose, tu comprends…

– J’imagine…

Il me regarde, le visage grave :

– Ben oui… C’était quand même ma douzième !

Heureusement que mon fauteuil a de solides accoudoirs !

Garder la ligne, coûte que coûte !

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Ma fille :

– Maman, tu montes pas manger une glace avec nous ?

– Désolée ma chérie, mais faut que je finisse ce chapitre…

Elle fronce les sourcils, contrariée.

– J’en ai marre  ! Tu travailles tout le temps… Tu fais que ça, travailler !

– Je sais…

– T’as jamais pensé que ton livre, il plairait peut-être à personne ?

Elle ouvre le score, la chipie : 1-0.

– J’avoue que ça m’a parfois traversé l’esprit, en effet…

– Ben pourquoi tu continues, alors ?

Je la regarde droit dans les yeux, sans me départir d’un grand sourire :

– A ton avis, ma chérie ?

Elle réfléchit un moment, puis répond :

– Franchement, j’en sais rien du tout !

Je me penche alors vers elle :

– Tu veux vraiment savoir la vérité ?

– Oui…

– Tu en es sûre ?

Elle opine du chef.

– Très bien, je vais te le dire alors.

D’une main, je lui soulève une mèche de cheveux et lui chuchote à l’oreille :

– Ca m’aide… pour mon régime.

Je me recule et lui adresse un clin d’œil complice sous son air blasé…1 partout, jeune fille !

Je souris. Et quoi ? Ecrire un roman pour garder la ligne, ça se tient, non ?

Arriba ! Arriba !

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Je suis au lit, en train de lire. Comme disait Stephen King dans ses mémoires, si vous voulez devenir écrivain, il y a deux choses que vous devez faire : lire beaucoup et beaucoup écrire.

Soudain, je vois sa silhouette passer du coin de l’œil ; il sort de la douche. Je lève aussitôt la tête :

– Tiens, t’as acheté un nouveau caleçon ?

– Il est coloré, t’as vu ? Ca change un peu !

Il fait un tour, tout fier.

Je le regarde, et souris :

– Hum… Tu sais quand même que t’as écrit Dia de los muertos sur le derrière…

Tout à coup, je vois qu’il est déçu, le pauvre… Je ris intérieurement et replonge mon nez dans mon bouquin. J’aurais peut-être dû me taire, après tout… Il avait l’air si content !

T’as pris tes boulettes mon fils ?

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Samedi matin.

Mon grand est invité à passer le week-end chez son copain.

Il est 5h30, mon conjoint se lève et me voit devant l’ordinateur :

– Tu travailles déjà mon cœur ?

– Oui… Je n’arrivais plus à dormir.

Il me pose une main sur l’épaule et sourit.

– Ne t’inquiète pas, tout se passera bien.

– Oh, je ne m’inquiète pas… Je n’ai aucune raison de m’inquiéter, il a d’excellents résultats scolaires… En plus, il n’a quasiment pas de devoirs pour la semaine. Je ne vois pas pourquoi j’aurais refusé qu’il parte, si ça lui fait plaisir…

– Mon coeur… Il va passer le week-end chez un copain, il ne met pas en péril son année scolaire !

Pourquoi il me dit ça, l’autre ? Je le sais très bien !

– T’as peur de quoi ? Qu’il se fasse percer l’arcade ? Qu’il revienne avec un anneau dans le nez, avec la crête et les bords du crâne rasés ??? (Il sourit à nouveau). Tu crois quand même pas qu’on va le retrouver avec des tatouages partout sur le corps et des plumes accrochées aux oreilles ?

Non, bien sûr que non ! Je secoue la tête, blasée.

Il éclate de rire : 

– Imagine : lundi il fume de la drogue, jeudi il vire junkie… on est pas dans la merde le week-end prochain ! T’as raison, c’est trop risqué : mieux vaut annuler.

7h30. Le moteur démarre, je lève la main pour dire au revoir à mon fils : il a le sourire jusqu’aux oreilles ! Je le regarde partir jusqu’à ce que je ne voie plus la voiture… C’est plus fort que moi. Je pense : « j’espère quand même qu’il n’a pas oublié son doudou… »

T’as beau râler : quand t’as pas de bol, ben… t’as pas de bol !

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Ma fille, 8 ans, pensive :

– Maman, pourquoi je suis pas un garçon ? C’est trop nul…

– Ah ça, ma chérie, c’est la nature qui décide.

– T’as bien choisi toi, pour Moustache !

– Oui, mais je te rappelle que c’est un personnage de roman. Dans la vraie vie, on ne décide pas de naître fille ou garçon : on a une chance sur deux !

Elle réfléchit quelques secondes, puis s’énerve :

– Pourquoi c’est toujours moi qui tombe sur deux ???!?

Encore une question de taille

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– Ca va pas mon cœur ? T’as l’air contrariée.

– C’est ce chapitre, là, qui m’énerve !!! J’essaye de le réduire, il est beaucoup trop long ! Si je le coupe en deux – j’y ai bien pensé – je me retrouve avec deux minis-chapitres et ça ne va pas non plus !!!

Il secoue la tête, pensif.

– On a beau dire, la taille, ça compte… Personne ne veut d’une toute petite bière !

– Merci minou. Ca m’aide beaucoup ce genre de réflexion.

Y’a de l’enjeu !

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Dans la journée, il arrive parfois que mes enfants me manquent. Du coup, ça peut m’échapper au dîner…

Moi, à mon fils (11 ans) :

– Tu as vu la quantité de pâtes que tu t’es servi ? Tu ne mangeras jamais tout ça mon amour !

– On parie quoi, M’man ?

– Un bisou ?

A sa tête, j’ai vu tout de suite qu’il était déçu.

Les conseils sont toujours bons à prendre #2

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J’ai aussi sollicité Virginie, une copine professeure des écoles.  Elle a été l’institutrice d’un de mes enfants et, à force de nous côtoyer, nous sommes devenues amies.

En plus de cuisiner les meilleures quiches de restes de toute l’Occitanie (!), c’est une très grande lectrice :

– Y’avait des fois, franchement, je me marrais toute seule !

J’ai essayé d’améliorer les passages qu’elle préférait pour en faire les moments forts du récit. Ses conseils m’ont également incitée à ajouter encore plus de relief aux personnages.

Carine, de son côté, a de suite tiqué sur le titre :

– Je trouve que ce serait plus accrocheur d’ajouter Moi, juste avant Moustache.

J’ai évalué une poignée de secondes cette possibilité… Moi, Moustache… avant de l’écarter : ça me faisait trop penser à Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée, Prostituée. Franchement, je pouvais pas !

Y’a des associations d’idées, comme ça, qui m’interdisent certaines tournures. J’écris « mine de rien » je pense « mine de crayon » dans la foulée. C’est nul mais c’est un réflexe quasi pavlovien. Je n’arrive plus à dire « si tu savais, j’étais dans un état… » : j’imagine aussitôt à quoi ressemble « l’Ohio », avant de reconnaître une fois de plus ô combien c’est débile.

Je fus cependant reconnaissante à Carine pour sa remarque : après y avoir bien réfléchi, j‘en étais arrivée à la conclusion que Moustache se suffisait à lui-même ! A cette idée, je n’ai pu m’empêcher de sourire…

J‘aime profondément  mon personnage principal. Son arrogance est une merveilleuse source d’inspiration. J’imagine souvent quelle serait sa réaction, placé dans telle ou telle situation, toutes plus improbables les unes que les autres. Au fur et à mesure de l’écriture des tomes, j’ai forcé les traits de son caractère et je le pressurisais dès que possible. Le pauvre… Qu’il se rassure, dès que j’ai fini mes corrections il pourra partir en thérapie : j’attends un peu avant de me lancer dans le tome 4.

Par contre, j’ai une confession à vous faire.

J’ai rayé ma copine Séveu de ma liste de lecteurs-tests.

Je l’adore, attention, le problème n’est pas là. Mais depuis vingt ans qu’on se connaît, je n’ai jamais réussi soutirer un avis critique constructif : même si j’avais une gigantesque éruption cutanée sur le visage, un herpès labial qui me déformait la lèvre supérieure et un soudain strabisme convergent, elle serait capable de me dire que j’ai bonne mine ! Et elle le penserait vraiment, en plus (si si !).

Une jour, je m’en souviens, on passait les vacances d’été ensemble et elle a choisi le dernier yaourt sur la table des desserts. Il était à la fraise. Juste après, elle s’est sentie obligée de préciser :

– C’est parce que j’aime la fraise…

Avec Marlène, on a éclaté de rire !

– Arrête de te justifier, Séveu ! qu’elle lui a dit. Mange-le, ton yaourt à la fraise !

Cependant, c’est mon amie depuis la classe prépa, je lui ai quand même fait lire mes livres. Et vous savez quoi ?

Aussi étonnant que cela puisse sembler, elle n’a pris aucunes pincettes pour me balancer qu’elle avait trouvé ça nul… Elle m’a dit que je n’avais absolument aucun talent, et que jamais un best-seller ne sortirait de ma plume. Que je pouvais m’arrêter là : je n’avais pas le niveau, selon elle. Je dois avouer que, venant de sa part, ça m’a quand même fait un truc…

Mais non, voyons, il est bien évident que je plaisante !

Elle n’aurait jamais pu dire cela, pour la simple et bonne raison qu’elle aurait été victime d’une combustion spontanée inexpliquée bien avant que le premier mot ne sorte de sa bouche. En outre, sous l’effet du choc, la Terre se serait probablement fendue en deux, ce qui fait que vous l’auriez senti vous aussi.

En vérité, j’ai ajouté un brin de suspens car ce qu’elle a pensé de mon travail ne va pas beaucoup vous surprendre : elle a a-do-ré, naturellement… et du début à la fin, s’il vous plaît !!! On dira ce qu’on voudra, mais ça fait toujours du bien.

Logique homme-femme

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Le jour de la Saint-Valentin arrive.

Je souffle :

– Minou, t’aurais franchement pu penser à organiser quelque chose !

– Mon cœur, t’arrêtes pas de répéter que t’as du boulot par-dessus la tête…

– Et toi, tu t’es pas dit que ça aurait été l’occasion de faire un break ?

Il secoue la tête.

– Très sincèrement, j’étais sûr que tu m’enverrais balader…

Je croise les bras, déçue.

– Tu aurais voulu faire quelque chose ?

– Evidemment ! dis-je en haussant les épaules.

– Et pourquoi tu me l’as pas dit alors ?

Je le fixe, les yeux ronds :

Mais enfin… Parce que c’est évident !!!

Entre lui et moi, le problème, c’est toujours ce vieux rond-point en plein milieu !

Leçon de cuisine

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Ma demande de disponibilité vient d’être acceptée.

C’est l’été, la plage est bondée et j’ai des projets plein la tête.

Ma fille a installé son petit restaurant gastronomique en bord de mer, elle s’amuse à jouer les serveuses :

– Bonjour Madame ! dit-elle en s’inclinant. Que souhaitez-vous manger ce midi ?

Je souris avant de lui donner la réplique :

– Je ne sais pas… Vous avez un menu du jour, peut-être ?

– Euh… Ben non !

Michelin n’a qu’à bien se tenir.

Je fais semblant d’hésiter :

– Bon… Eh bien, je ne sais pas… Et si je me laissais tenter par des lasagnes épinards ? Vous croyez que ce serait possible ?

Toute contente, elle acquiesce.

– Avec un verre de limonade et un café allongé, s’il vous plaît.

– Très bien !

Elle tourne ensuite les talons, se rapproche de la grève et s’accroupit pour me préparer une belle assiette de sable. Miam miam… J’en salive à l’avance !

Je la regarde s’affairer, les yeux remplis de tendresse. Avec son râteau, sa pelle en plastique et son gobelet Pat-Patrouille, le service s’annonce aux petits oignons !

Je me dis qu’il faut absolument que je m’inspire d’elle pour un des personnages de mon roman.

Quelques minutes plus tard, la voilà tout à coup qui se retourne et qui m’interpelle de sa voix stridente :

– Mamaaaaan !!!

– Ne crie pas comme ça, tu vois bien qu’il y a des gens autour de nous !

– Tu m’as dit que tu voulais quoi, déjà, avec ton pinard ?

Doux Jésus…

Les premiers conseils #1

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C’est Caro (ma copine psy) qui m’a conseillé la première d’ouvrir un blog :

– Faudrait que tu échanges autour de ton travail, ça te permettrait de te faire connaître !

Sa réflexion m’a étonnée… Elle qui déteste aller sur les réseaux sociaux !

Cependant, le conseil était pertinent, j’y repensais régulièrement.

Quand j’ai terminé mon troisième tome, au début du mois de février, je m’y suis collée. Après tout, je n’avais pas grand chose à perdre (si ce n’est d’égratigner un peu ma fierté… et quand bien même, je me suis dit que je m’en relèverais).

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’ouvrir enfin mon blog.

Ma copine Marlène, elle, est prof de lettres en collège. Elle m’a tout de suite annoncé la couleur :

– Je te préviens, la litté jeunesse, c’est pas ma came ! J’ai même bâillé en lisant Harry Potter, t’imagine !

Du coup, je me doutais qu’elle serait sévère.

Je lui ai quand même transmis mon manuscrit, ça n’a pas loupé : elle s’est ennuyé prodigieusement ! Cela dit, elle m’a corrigé toutes les fautes et m’a fait discrètement passer une fiche récapitulative concernant l’usage du passé simple dans le récit… Je l’en remercie.

Avec le recul, je dois reconnaître qu’en effet, au début, la description de mes actions laissait à désirer. Ses conseils m’ont beaucoup fait progresser !

Marion, mon ancienne collègue documentaliste avec qui j’ai partagé un bureau pendant sept ans, m’a dit qu’on ne pouvait pas cueillir de mûres à l’automne… Finement observé ! ai-je de suite pensé.

Après, elle m’a dit qu’on pouvait toujours les acheter surgelées… Mais j’ai préféré mettre une bonne vieille tarte aux quetsches entre les mains des Marchal.

A la fin de sa lecture, elle m’a dit :

– Le problème, c’est que je n’arrive plus à savoir si un roman est bon ou pas. En trente ans de carrière, j‘en ai tellement lu ! Et faut avouery’avait quand même pas mal de navets… Je me suis souvent demandé pourquoi on éditait celui-ci plutôt que celui-là. Parfois, vraiment, je comprenais pas !

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si on regardait le bon côté des choses, c’était encourageant !

Au final, elle a beaucoup aimé ce premier manuscrit. Elle a enchaîné les deux autres tomes dans la foulée ! Yes !!!

Les enfants, on est à la bourre !

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L’année dernière, je travaillais encore à temps plein.

Tous les matins, c’était le même rituel :

– Les enfants, dépêchez-vous, on va être à la bourre !!

J’étais le petit lapin d’Alice. Je les pressais comme des citrons :

Vite, habille-toi ! Il ne vous reste que dix minutes pour déjeuner ! T’aurais pas pu me faire signer ça hier soir, c’est une blague ? Vous vous êtes brossés les dents ? Fais sentir ! Mouais, t’as pas trop insisté… Allez, mettez vos chaussures. Et ta veste ? Tu l’as oubliée à l’école ? Quoi ? Du parfum ? Purée mais on n’a pas le temps !!! Mais non, ne pleure pas pour ça ! Bon allez viens.

Tous les matins, à 7h25, ils y avaient systématiquement droit. La phrase changeait selon l’humeur, mais c’était toujours la même :

– Mince, on est à la bourre ! (en jetant un coup d’œil sur la montre.)

– S’il vous plaît, les enfants, j’aimerais bien qu’on soit pas à la bourre, pour une fois… (petit air suppliant, au cas où ça marcherait…)

– On va encore être à la bourre ! (fallait se rendre à l’évidence : c’était une fatalité !)

Un jour, ma fille fronce ses petits sourcils devant moi et me dit, très sérieusement :

– Maman, j’ai une question…

– Oui ?

– En fait, c’est où, « la bourre » ?

Je peux chercher le numéro de Leonardo Di Caprio sur Internet ?

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– Maman, je peux faire une recherche sur Internet ?

– Bien sûr mon chat. C’est pour l’école ?

– Non, je cherche juste le numéro de Leonardo Di Caprio.

Sourire.

– Crois-moi, si on pouvait le trouver sur Internet, je l’aurais appelé depuis longtemps !

– Pourquoi ?

– Ben, pour lui demander de m’épouser !

Stupéfaction.

– Quoi ? Et Loïc alors ? Tu préfères Leonardo Di Caprio à Loïc ? Mais c’est dégueulasse !

J’ai essayé. J’ai pas réussi à culpabiliser.

Accepter de prendre des râteaux !

Mis en avant

« Malgré ses qualités, votre roman ne correspond pas à notre ligne éditoriale »… Ca ressemble un peu à cette phrase qu’on a tous entendue dans notre vie (il y a toujours des petits chanceux, c’est vrai) : « je t’aime bien, mais je préfère qu’on reste amis ».

C’est ce qu’on appelle un gros râteau !

Et donc, Moustache : 6ème râteau ce matin…

Arrrrrrrrgh… J’en ai marre, je vais aller élever des chèvres en Patagonie ! Je partirai avec mon vieux pull, elles me prendront pour une cousine !

Bon, calmons-nous et réfléchissons.

Twilight, Stephanie Meyer : 14 refus !

Carrie, Stephen King : 30 refus !

Harry Potter, J. K. Rowling : 12 refus !

Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, Robert Pirsig : 121 refus ! Oui, 121, vous avez bien lu ! (cela dit, on ne va pas se mentir, c’est vrai que y’a quelque chose avec le titre…)

Allez, on range le pull sous l’oreiller et on se motive !