Chapitre 14 : Un dîner glacial

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Précédemment dans l’histoire :

Les Malloré entendent Henriette descendre les escaliers. Aussitôt, Annie s’affole : elle presse tout le monde et demande à ses enfants de faire un effort pour être agréables. 

Telle une invitée de marque, Mamie Henriette s’était assise en bout de table. Elle présidait le dîner.

Ses épaules, gelées, étaient recouvertes d’un gilet de laine de l’épaisseur de la banquise. Elle avait le visage aussi glacé qu’un thermomètre de Sibérie.

A sa gauche, Samuel et Caroline s’efforçaient de se tenir correctement, le dos bien droit, imitant du mieux possible une posture d’enfants bien élevés. Qu’ils avaient l’air empoté ! Cette petite comédie était distrayante… Attendre ainsi, sagement, d’être servis, cela leur ressemblait si peu. Et en silence, qui plus est ! 

D’ordinaire, les repas se déroulaient dans une ambiance joyeusement animée : les enfants racontaient leur journée à tour de rôle, en se coupant régulièrement la parole. Les couverts s’échappaient à intervalles réguliers de leurs mains affamées. Ils rebondissaient de temps en temps sur le carrelage, provoquant ce bruit métallique, si caractéristique. En fin de journée, la fatigue les rendait toujours plus maladroits.

Quand Annie déposa sur la table la volaille méticuleusement découpée, je vis toutefois leurs narines frémir. L’odeur appétissante des herbes aromatiques qui suivit acheva de les ranimer. Des senteurs de thym, de laurier et de romarin se mirent à flotter dans l’air, faisant immédiatement saliver l’assemblée.

A moi aussi, la chair tendre du poulet me donnait l’eau à la bouche ! Sa peau luisante, dorée à point, avait été arrosée à la perfection durant la cuisson. Au fond de moi, j’espérais qu’ils m’en réserveraient une part pour plus tard…

Annie attrapa une longue fourchette à deux dents, piqua dans le plat pour servir ses convives, puis composa des assiettes anglaises à l’attention de chacun.

Tout y était : quelques pommes de terre grillées d’un côté, un morceau de viande cuit au four de l’autre, un filet d’assaisonnement pour les amateurs. Et de la salade, pour la couleur.

– Bon appétit ! leur souhaita-t-elle de son plus grand sourire.

Les enfants, répondant comme des bêtes sauvages au signal du départ, se ruèrent sur leur plat en avalant goulûment – presque sans les mâcher – les premières bouchées.

Je me mis aussitôt à rire : leur naturel contrarié était revenu au galop ! Annie secoua la tête, impuissante, mais ne les freina pas pour autant.

Elle semblait inquiète, une question lui brûlait les lèvres.

– Alors Maman ? Comment trouves-tu ce plat ?

– Mmm. La cuisson est correcte, fut la seule réponse de sa mère.

– Parfait… répondit aimablement Annie, un peu déçue. Pour l’agrémenter, poursuivit-elle d’un air qui se voulait naturel, il y a de la moutarde ou du sel de Guérande. Il doit aussi rester du gratin de légumes au réfrigérateur si tu préfères, au lieu des pommes de terre.

Cette dernière était à ses petits soins.

Honnêtement, je ne comprenais pas pourquoi. D’autant qu’Henriette semblait se faire un point d’honneur à maintenir une distance vertigineuse entre elles : elle s’évertuait à garder les yeux fixés sur son assiette !

– Ca ira, répondit-elle laconiquement.

Annie sembla hésiter, puis se lança :

– Tu fais toujours… livrer tes repas… par la même entreprise ?

Le sujet avait l’air sensible. Je vis Henriette se renfrogner légèrement, baissant encore davantage le front.

Frank, visiblement très occupé avec sa cuisse de poulet, ne le remarqua pas, et insista :

– Comment s’appelle-t-elle déjà… ? Ah oui ! Cékikitok, s’exclama-t-il soudain, heureux de constater qu’il ne perdait pas encore tout à fait la mémoire.

Ne te réjouis pas trop vite, pensai-je en fixant son crâne dégarni d’un œil amusé. Ta dégénérescence a déjà commencé : regarde un peu tes cheveux, mon vieux !

Contrairement à lui, j’étais dans la force de l’âge, moi : je n’avais jamais eu le poil aussi soyeux !

Henriette semblait un peu gênée. 

– Oui, c’est bien pratique, ma foi…, reconnut-elle, le regard fuyant.

Henriette ne cuisinait plus depuis qu’elle vivait seule. Ses repas étaient préparés par une centrale qui les lui livrait une fois par jour.

Je me fis aussitôt la remarque qu’elle ne devait probablement rien avoir mangé d’aussi savoureux depuis des semaines. Pourtant, elle s’entêtait à arborer un air détaché, goûtant du bout des lèvres, sans grand enthousiasme, ce qu’Annie lui avait servi avec parcimonie, conformément à son souhait.

– Et cela ne vous manque pas ? demanda Franck courtoisement.

Aussitôt, Annie le fusilla du regard.

– Je veux dire, de ne pas cuisiner ! dit-il en se reprenant vivement.

Sa femme parut soulagée. Décidément, ce nigaud n’en ratait pas une !

– Si vous en avez envie, vous pourriez vous y remettre, cette semaine. Les enfants seraient ravis de vous aider. Ils adorent mettre la main à la pâte, n’est-ce pas ? les interpela-t-il.

Je vis que ces derniers commençaient à s’impatienter. Utiliser les couverts les ralentissait. Ils hochèrent poliment la tête, en posant discrètement leurs fourchettes sur le rebord de l’assiette.

– Nous verrons…, déclara Henriette d’un ton neutre.

– Tu cuisinais si bien, à l’époque, l’encouragea Annie.

– Mmm…, grogna-t-elle. C’était dans une autre vie… Je n’ai plus le temps maintenant, dit-elle en redressant subrepticement les muscles de sa colonne vertébrale.

Elle gagna cinq bons centimètres, et, ce faisant, la pièce en perdit à peu près autant en degrés.

Mamie Henriette regardait ses petits-enfants avec incrédulité : ils avaient dépouillé la carcasse du poulet, et s’étaient mis de la sauce partout sur la figure… Même leurs mains étaient luisantes de gras !

Samuel, qui avait déjà englouti son assiette avec voracité, pelait ce qu’il restait de viande sur son os de poulet. Caroline, quant à elle, se forçait à terminer ses dernières pommes de terre, oubliant une fois sur deux de mâcher la bouche fermée. Henriette les dévisageait, consternée.

Puis, sans un mot, cette dernière se mit à tapoter proprement les coins de sa bouche avec sa serviette, avant de la replier lentement et de la poser, bien à plat, sur la table. La leçon était claire : les bonnes manières, elles, ne faisaient pas de bruit !

Annie, qui observait le manège de sa mère du coin de l’œil, comprit immédiatement le sous-entendu.

– Sam ! Caroline ! Ca suffit !

Caroline et Sam levèrent la tête, surpris.

– Essayez de manger convenablement, je vous prie. Et en silence ! Nous avons l’impression d’être assis à côté de deux camions-poubelles qui travaillent !

Ils échangèrent un regard avec leur père, qui prit aussitôt leur défense :

– Ne sois pas si sévère, ma chérie… Tu vois bien qu’ils se régalent ! Et puis, il est tellement bon ton poulet… Ce serait une folie de ne pas le rouziguer* !

Mamie Henriette ne lui objecta rien de particulier, mais son visage avait pris la teinte du homard bouilli.

Contrariée, cette dernière saisit alors un os dans son assiette et le tendit gentiment à Rousquille. Immédiatement intéressée, le caniche se redressa et renifla délicatement l’objet.

– Va le boulotter tranquillement dans ta gamelle, déclara Henriette d’une voix ferme et autoritaire.

Sous le regard fier de sa maîtresse, Rousquille s’empara précautionneusement de l’os puis trottina vers la cuisine. A la cour, une princesse n’aurait pas fait moins de manières.

– Au fait, s’étonna Annie, ça me fait penser… Quelqu’un aurait-il vu Moustache ce soir ?

Ce fut les derniers mots qui parvinrent à mes oreilles. Rousquille venait de me repérer à la fenêtre !

La seconde d’après, la pièce entière se mit à basculer et un énorme fracas retentit bruyamment dans toute la maison.

* Rouziguer : expression nîmoise signifiant ronger, grignoter.

Esquisse#9 : Annie

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Ah, Annie… La belle Annie, la douce Annie.

Annie est une maman calme…

Aimante et compréhensive…

Dévouée. Organisée.

Diplomate.

Elle prépare les petits-déjeuners, les jus d’orange pressés. Elle retrouve les clés égarées.

En un mot, c’est une femme parfaite ! Une femme idéale. Un roc sur lequel on s’appuie. Je la voulais ainsi… Après tout, L’Esprit de famille est une fiction : j’ai droit à quelques projections !

Pourtant, un jour, elle a fui…

Elle a renoncé, elle aussi.

Et cette fuite lui a laissé un profond sentiment de culpabilité, qui n’en finit plus de la hanter… Contrairement aux apparences, ce personnage, intérieurement torturé, est  en quête d’apaisement.

Pour y parvenir, Annie devra renouer avec son passé. Et quelqu’un qu’elle n’a pas revu depuis des années devra l’accompagner.

Ca balance pas mal !

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A la sortie du collège, mon fils a l’air préoccupé.

– Maman, j’ai peur…

– Pourquoi ?

– Aujourd’hui à l’école, Léa m’a envoyé des mots… Baptiste a menacé d’aller nous dénoncer à la Directrice, elle va peut-être me mettre un avertissement dans le carnet.

Je souris, soulagée.

– Je ne crois pas qu’elle prenne une décision aussi sévère pour quelques petits mots échangés en cours… Mais sache que je ne te félicite pas, une attitude aussi  désinvolte en cours ne me plaît pas.

Pause.

– Cependant, Baptiste n’a pas à agir comme ça non plus. Ce n’est pas correct de balancer les copains. Elle t’écrivait quoi, Léa ? C’était important ou pas ?

– Non, t’inquiète… Elle a trompé Vincent pendant les vacances. Et, comme j’ai discuté avec lui à la récréation, elle voulait savoir s’il l’aimait toujours…

Effectivement, dossier brûlant.

– Tu joues l’assistante sociale, maintenant ? je lui demande, amusée. T’as rien d’autre à faire au collège ?

– Si je ne l’écoute pas, elle va raconter sa vie aux autres donc je préfère qu’elle vide son sac avec moi. Ca évite que tout le collège soit au courant.

– Je vois… Je ne savais pas que tu étais un si bon confident !

– Oui… enfin… Je l’ai quand même dit à Vincent.

– Quoi ???

– Ben oui… Je me suis dit qu’il fallait qu’il soit au courant !

– Mais enfin mon chat, pourquoi t’as fait ça ?

Et lui de se justifier, feignant d’être choqué :

– Maman ! Elle l’a trompé, ça ne se fait pas !!!

Ecouter ainsi un aveugle blâmer la mauvaise vue du borgne me laisse sans voix.

Chapitre 13 : L’Installation

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Précédemment dans l’histoire :

Henriette et Rousquille sont en train de s’installer dans la maison. Moustache ne s’est toujours pas montré, préférant continuer à les observer discrètement.

Résolu à en savoir davantage sur nos invitées, j’approchai de la façade arrière de la maison puis, silencieusement, effectuai un grand saut pour atteindre le rebord d’une des fenêtres vitrées du salon. Des pantoufles en feutre n’auraient pas produit moins de bruit.

Jetant un œil à l’intérieur, je vis passer la frêle silhouette de Caroline : on lui avait demandé de monter un bol à l’étage. Elle se concentrait sur l’objet avec la plus grande attention, de crainte d’en renverser maladroitement le contenu sur le carrelage du salon.

Bizarrement, je m’aperçus que Franck avait disparu. Cela ne m’étonnait qu’à moitié : à tous les coups, le lâche était parti se planquer !

Annie et Sam, eux, faisaient des allers-retours entre la cuisine et le salon, dressant la table au plus vite. De là où je me trouvais, j’avais l’impression d’écouter une conversation téléphonique un peu hachée :

– Tu en penses qu- Ma-n, je so- la c-rb-eille à pain ? Je coupe des tr-ches -tôt f-nes ou -paisses ?

J’entendais mal.

– Peu imp- m- chér-, fais comme tu -fères, ça -ra très bien tant que tu ne te coupes pas un d-, répondit-elle tandis que je grimaçais, frustré.

Je pris la décision de descendre du rebord de cette fenêtre, et d’aller me percher quelques mètres plus loin, près de celle de la cuisine. La réception s’améliora, mais je restais toutefois sur mes gardes. Ainsi posté, j’étais plus exposé.

– Tu es gentil de me donner un coup de main, Samuel.

Il émit un léger grognement, avant de rétorquer :

– Tu sais, entre supporter les râleries de Mamie à l’étage ou t’aider à mettre la table, le choix est vite fait…

Annie mima une révérence, balayant l’air d’un tour de bras :

– Ta générosité te perdra, lança-t-elle avec une expression qui oscillait entre un rire évident et une note de désespoir.

Malgré des échanges à voix basse, je distinguai sans peine ce qu’ils disaient :

– Tu l’as bien vu quand elle est arrivée, non ? A peine descendue du train, elle ne pouvait déjà pas s’empêcher de rouspéter !

Je revis en image l’arrivée de la matrone, son pas décidé écrasant le tapis de l’entrée, sa façon de lisser le pli de son imperméable pour effacer toute marque pénible du voyage. Son ton arrogant et autoritaire, tandis qu’elle s’adressait à Franck, résonnait encore dans mes oreilles. Ne vous méprenez pas, je ne le plaignais pas. J’appréhendais plutôt la suite. Cette attitude, en effet, ne signifiait rien de bon.

On aurait dit que cette femme avait été déçue par la moitié de la planète, et qu’elle se méfiait comme de la peste de la moitié restante ! Difficile de croire qu’Annie était sa fille, tant les personnalités des deux femmes étaient diamétralement opposées.

Je vis cette dernière poser une carafe d’eau sur la table et, d’un geste, la faire glisser vers son fils.

– Mamie Henriette a eu une vie difficile, tu sais bien…

– Oui, je sais, répondit-il en récitant à tout vitesse la succession des faits qu’il connaissait par cœur. Papy est mort quand tu étais petite, et, du jour au lendemain, elle s’est retrouvée seule. Elle a dû tout assumer. Elle est devenue de plus en plus aigrie, les années ne l’ont pas arrangée !

Le jeune homme marqua une pause.

– A mon avis, au départ, elle avait quand même un sacré potentiel, balança-t-il en souriant.

Il rit de l’effet que sa réflexion avait produit : sa mère faisait une tête de trois kilomètres !

– En bien… lui dit-elle en lui roulant de gros yeux. Quel résumé édifiant ! Je ne te félicite pas !

Il n’y était pas allé de main morte, me dis-je amusé.

– Ben quoi ? s’exclama-t-il. Grosso modo, c’est ce que tu nous as raconté, non ? fit-il d’un air faussement innocent.

Elle leva les sourcils. Une moue réprobatrice lui fronçait le visage.

– Je pense tout de même avoir fait preuve d’une ou deux subtilités supplémentaires, jeune homme, dit-elle en secouant la tête d’un air mécontent.

Puis, son regard changea subitement, et elle resta pensive un moment.

– Mais tu as raison dans un sens… avoua-t-elle, résignée. Elle s’est retrouvée veuve très jeune, à devoir à la fois m’élever et travailler. A l’époque, je n’étais encore qu’un bébé… Ce n’était pas facile de tout gérer.

Elle fit une pause.

– Et puis, j’ai rencontré ton père… Nous sommes immédiatement tombés très amoureux.

A ces mots, mon museau se tordit. La jalousie venait encore de me piquer douloureusement le cœur. De rage, je feulai. Mais personne à l’intérieur ne le remarqua.

– J’ai décidé de partir avec lui. Du jour au lendemain, j’ai quitté la maison familiale. Je l’ai laissée seule.

– Et quoi ? Elle n’avait qu’à se remarier !

Je le vis un instant réfléchir à ce qu’il venait de dire.

– C’est vrai qu’avec son caractère, les prétendants ne se seraient peut-être pas bousculés au portillon… Cela dit, chaque pot a son couvercle !

– Ce n’est pas si simple… Elle l’avait trouvé, son couvercle, figure-toi, dit-elle en souriant. Papy était son grand amour ! Elle n’a jamais voulu d’autre homme dans sa vie.

Elle émit un bref soupir, avant de reprendre.

– Un jour, toi aussi, tu sauras ce que c’est le grand amour… Quand on le perd, Monsieur Je-sais-tout, dit-elle en lui chatouillant le nez avec un torchon, on ne le remplace pas en un claquement de doigts !

Elle marqua à nouveau une pause, pensive, imaginant probablement à quoi ressemblerait sa vie sans Franck…

Ne t’en fais pas, Annie, je serai toujours là, moi, miaulai-je en caressant tendrement la vitre de la patte.

Un voile gris lui tomba sur les yeux.

– On doit avoir mal, supposa-t-elle. Longtemps… Et très profondément.

Soudain, je vis qu’ils tournaient tous deux la tête vers les escaliers. Je fis un bond de l’autre côté, et aperçus Caroline qui redescendait les marches en pestant. Elle avait l’air énervé : elle passa devant moi sans me voir.

Avec agilité, je regagnai l’autre fenêtre tout en me demandant ce qui avait bien pu la mettre dans un tel état. Quand elle débarqua dans la cuisine, elle paraissait encore plus furieuse. Elle avait les joues empourprées, ses poings rageusement vissés sur les hanches. Ses yeux, eux, lançaient des éclairs noirs :

– L’eau était trop froide pour Rousquille ! Il a fallu que je la change, et que je remplisse le bol une seconde fois. Avec de l’eau tempérée, s’il vous plaît !

De la fumée lui sortait des narines.

– Maman, Mamie n’est là que depuis deux heures, et j’ai déjà envie qu’elle parte !

Caroline avait de multiples qualités, mais la patience n’en faisait pas partie.

J’entendis Annie rire de bon cœur devant sa bouille exaspérée :

– Franchement, poursuivit-elle, je ne comprends pas pourquoi tu t’entêtes à l’inviter à la maison. Tu vois bien que ça la saoule d’être avec nous !

A ces mots, des plis barrèrent immédiatement le front d’Annie, qui la reprit :

– Attention à votre vocabulaire, jeune fille !

Au même moment, la porte du garage s’ouvrit :

– Ca y est ! entendis-je Franck claironner fièrement. Je pense que ça devrait aller !

Caroline devança ma pensée :

– T’étais passé où ? lui demanda-t-elle.

– Au garage. Mamie m’a demandé de monter la chaudière, elle trouvait que le chauffage était réglé trop bas.

– Quoi ? fit Caroline en explosant à nouveau.

– Si seulement sa mauvaise humeur pouvait décongeler avec ! balança Sam.

Franck était sur le point de condamner l’insolence de son fils quand, soudain, tous se retournèrent. Le pas lourd d’Henriette venait de résonner dans les escaliers.

Annie agita aussitôt ses mains en l’air :

– Allez, finissez vite de mettre la table, dit-elle en les pressant. Le poulet est prêt, j’arrive dans une minute ! Et faites un effort pour sourire, ajouta-t-elle, sourcils arqués : on ne vous demande pas non plus la lune !

Le pas traînant, Caroline et Samuel soupirèrent, avant de quitter la pièce.

Esquisse#8 : Franck

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Franck constitue le grand rival de Moustache. A cause de lui, Moustache doit réfréner ses ambitions. La place du chef de famille, qu’il brigue dès son arrivée, est déjà prise.

En outre, c’est Franck qui a choisi de l’affubler de ce ridicule prénom. Alors que ce dernier rêvait de lustre et de grandeur, le père des enfants a décidé de l’appeler « Moustache », mettant le reste de la famille du même avis.

Cette blessure narcissique, notre héros ne la lui pardonne pas. C’est ce que j’ai essayé de souligner dans la description qu’il fait de Franck, au chapitre 7, « L’Annonce ». Il brosse un portrait de lui peu flatteur, le trouve quelconque, allant jusqu’à déplorer sa « quarantaine plutôt ingrate ».

En vérité, Moustache est tout simplement jaloux. Jaloux de l’autorité dont Franck dispose au sein de la famille, mais aussi de sa relation avec Annie dont il tombe rapidement amoureux. Et, étant donné que ses sentiments sont directement reliés à son estomac – ou aux caresses qu’il reçoit – vivre auprès de Franck ne l’enchante pas.

En effet, ce dernier le tolère, il ne l’admire pas. Pour Franck, Moustache n’est qu’un chat… Une dénomination que Moustache, évidemment, ne supporte pas !

 

Esquisse#7 : Caroline

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Bouchez-vous les oreilles, je vous présente la petite Caroline !

Oui, Caroline ressemble beaucoup à ma fille, et ce n’est pas uniquement parce qu’elle a huit ans. C’est un petit garçon manqué, à la voix insupportable (il paraît qu’elle a la même que moi, mais vous savez bien que soi-même on ne s’entend pas !). Blondinette, mal coiffée, les cheveux courts, j’avoue que je me suis beaucoup inspirée de ce que j’avais sous le nez… Et, forcément, je me suis amusée.

Ce personnage n’a pas la langue dans sa poche. Elle fait d’ailleurs souvent preuve de plus de perspicacité que son frère. Elle est logique, pragmatique, et d’un tempérament fougueux.

Il m’a semblé judicieux que le frère et la sœur puissent être complémentaires, cette dualité me permettra de débloquer certains nœuds de l’intrigue.

Caroline est bavarde, et elle adore Moustache. Elle lui raconte toutes ses journées par le menu. Lui, évidemment, feint toujours d’être grandement intéressé : Caroline n’a pas son pareil pour le câliner !

D’ordinaire, son frère et elle se chamaillent sans arrêt. Mais l’arrivée d’Henriette va plus que jamais les souder.

Chapitre 12 : Un chat indispensable

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Précédemment dans l’histoire :

Moustache peut enfin mettre un visage sur le prénom d’Henriette. Et un museau sur celui de Rousquille ! Dès la première rencontre, elles lui paraissent aussi détestables l’une que l’autre… Tandis qu’il se retrouve seul à l’extérieur, il appréhende les conséquences de leur présence chez les Malloré.

Je sentis qu’une nuit plus fraîche que d’ordinaire venait de tomber sur le quartier des Glycines.

Bien que nous ne fussions qu’au début du mois d’octobre, les journées avaient déjà commencé à raccourcir. Cependant, l’arrivée d’Henriette nous avait définitivement mis un pied dans l’hiver…

Je pris une seconde pour apprécier le calme invisible qui enveloppait à nouveau le jardin. Il serait de courte durée, je le savais. Je décidai tout de même d’en profiter quelques instants. Mon cœur venait de faire une violente embardée, et il me fallait trouver un moyen de l’apaiser.

Je contemplai les arbres autour de moi, peu concernés par ce qu’il venait de se passer. Imperturbables, ils déroulaient leurs sublimes couleurs automnales : de beaux rouges orangés et de magnifiques dégradés de jaunes, à peine brunis, se répondaient sur des branchages un peu déplumés, désespérément immobiles. Ces derniers, indifférents à la légère brise qui faisait bruisser leurs feuilles, ne semblaient pas sentir arriver le danger… Je n’étais pas dupe. Une tempête approchait à grands pas, et elle avait un nom… Henriette.

J’ignorais totalement quand elle allait éclater. En revanche, il y avait une chose que je savais : le jour où elle s’abattrait, je serai le dernier épargné.

Je redescendis de mon poste de garde, faisant bien attention à ne pas trébucher. Malgré mes multiples précautions, je glissai maladroitement et me rattrapai à nouveau à une branche au dernier moment. Décidément, pour un chat, j’étais un bien piètre équilibriste !

La dernière fois, Franck s’était d’ailleurs bien moqué de moi. J’y repensais tandis que je posai la patte sur l’herbe fraîche de la pelouse.

C’était un dimanche. Comme à son habitude, il lisait le journal, m’observant du coin de l’œil. Installé sur une chaise, juste en face lui, je faisais ma toilette. Je me contorsionnais, lissant ma fourrure avec application quand je m’aperçus soudain qu’un nœud me résistait.

J’étais en train de mordiller la base de cet enroulement de poils, j’avais du mal à en venir à bout. Tant et si bien que, juste après l’avoir délogé, je perdis l’équilibre et basculai ridiculement en arrière, avant de tomber brutalement au sol !

Je me redressai aussitôt, stupéfait et honteux. C’était trop tard : Franck, incrédule, avait suivi ma chute tout du long.

Il éclata alors de rire :

– Eh bien, eh bien… Moustache… Que s’est-il passé ? me railla-t-il, taquin. Un faux mouvement ? Une attaque de brigands ?

Cette interpellation me prit au dépourvu.

Vexé, je répondis par un grognement mauvais.

Annie travaillait dans la salle à manger. Intriguée, elle décrocha  le regard de son ordinateur pour s’enquérir de ce qui se passait :

– Tout va bien ? demanda-t-elle.

– Moustache a dégringolé de la chaise en faisant sa toilette ! répondit Franck qui redoubla d’hilarité. Il s’est écroulé par terre comme un bleu* ! T’aurais dû voir ça, c’était ridicule !!!

Il riait tant que des larmes commençaient à lui perler au bord des yeux. De mon côté, je me sentais terriblement humilié.

– Chérie, fit-il en se tenant les côtes, je crois que nous sommes les seuls à posséder un chat dépourvu du sens de l’équilibre !

Au souvenir de ma chute pitoyable, Franck se mit à nouveau à rire.

Annie, compatissante, me gratifia alors d’une caresse avant de rappeler à son mari qu’il n’avait pas vraiment de leçon à donner :

– Et toi ? Combien de fois t’es-tu coupé en te rasant, tu peux me le dire ? Laisse-le un peu tranquille !

A l’énoncé de cette simple vérité, il eut le bec cloué.

Une nouvelle fois, j’eus la conviction qu’un lien fort nous unissait. Elle ne l’avait pas clairement formulé, il lui fallait encore du temps pour se l’avouer. Pour ma part, j’en étais persuadé : Annie et moi étions destinés à nous aimer. Franck dut sentir le vent tourner, il arrêta aussi sec de se moquer !

Je songeais avec émotion au chemin parcouru depuis mon arrivée tandis que je traversais le jardin, ce soir-là.  Excepté Franck, aucun Malloré ne résistait à l’envie de me cajoler. Et je m’y prêtais bien volontiers ! J’étais devenu indispensable à leur bonheur.

Caroline, par exemple, me livrait toujours le contenu de sa journée dès qu’elle rentrait de l’école. Elle me cherchait partout dans la maison, impatiente de me retrouver. J’avoue, le CE2, ce n’était pas vraiment passionnant… Mais qu’importe ! Car ses caresses étaient un don du ciel.

Après le goûter, elle venait systématiquement me grattouiller derrière l’oreille. De mon côté, je ronronnais de bonheur : j’avais le cœur en fête !

Elle me cajolait et me parlait de Nathan, son grand copain, qui faisait deux fois sa taille et semblait déjà avoir fait sa mue. Quand il parlait, sa voix dérapait, suivant la courbe des montagnes russes.

Ils collectionnaient ensemble des tas de choses : des timbres, des cailloux, des pièces de monnaies qui provenaient de tous les pays du monde. Elle adorait me montrer tous ces objets. Moi, soyons honnête, je m’en moquais… Mais je trouvais important que mon oreille bien peignée fasse l’effort de l’écouter. Elle me livrait tous ses secrets, c’était une grande responsabilité !

Elle me racontait Déborah, la peste de sa classe, une petite blonde aux cheveux longs qui, malgré son visage d’ange, passait son temps à lui chercher des poux dans la tête.

Samuel, de son côté, était incontestablement le plus secret des deux… Il n’en demeurait pas moins attachant. Il reprenait souvent sa sœur à l’ordre. Il lui disait de me laisser tranquille, que je n’étais pas un jouet. Même sans parler, lui et moi, on se comprenait…

Il aimait sa liberté, il préservait aussi la mienne.

Chaque soir, à la nuit tombée, je me faufilais par la chatière de l’entrée et filais en direction de l’étage. Je m’arrêtais devant sa chambre, levais la patte et poussais doucement la porte… J’avais beau faire attention, elle grinçait toujours un peu quand elle s’ouvrait. L’instant d’après, j’atterrissais avec légèreté sur sa couette.

C’était toujours le même rituel. Samuel ouvrait un œil pour me saluer, avant de s’écarter, pour que je puisse moi-même correctement m’installer. Je tricotais son pyjama quelques instants en ronronnant, puis je m’allongeais contre lui. Sa respiration avait le don de me bercer. Ainsi pelotonné, je m’endormais comme un bébé !

Aujourd’hui, je le reconnaissais bien volontiers : des jours heureux coulaient pour moi au 27 rue des Lilas.

Tandis que j’y pensais, les propos de Franck me revinrent subitement en mémoire. Alors oui, j’avais effectivement deux oreilles, une queue et des moustaches, mais j’étais devenu Moustache Malloré, le chat adoré de la famille Malloré !

Dans ma tête, tout était clair : cette place, je l’avais gagnée. C’était la mienne. Personne ne me la ravirait, quel que soit le prix à payer !

*bleu : jeune recrue dans l’armée.

Esquisse#6 : Samuel

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Samuel est le fils aîné des Malloré. Il a quatorze ans.

Moustache et lui ont une relation privilégiée. Chaque soir, en effet, notre héros vient le rejoindre dans son lit sans faire de bruit.

Samuel est un adolescent calme et responsable, qui ne supporte pas l’injustice et aime sa tranquillité. Contrairement à sa sœur, il fait toujours preuve de pondération et de mesure. Malheureusement, l’attitude d’Henriette va le pousser dans ses retranchements et le faire sortir de ses gonds.

En effet, Samuel est un personnage prêt à tout pour protéger ceux qu’il aime.

Esquisse#5 : Rousquille

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Rousquille est le caniche d’Henriette.

Quand les Malloré demandent à cette dernière de venir garder leurs enfants, Rousquille fait donc logiquement le voyage avec sa maîtresse.

Chiens et chats ne s’entendent pas. Et l’histoire du roman ne démentira pas le proverbe. Dès qu’il l’aperçoit, les poils de Moustache se chargent d’électricité : à peine arrivée, il la déteste déjà !

Entre Samuel et Caroline qui ne décrochent pas trois mots à Henriette, et Moustache et Rousquille qui se haïssent déjà sans même se connaître, la cohabitation s’annonce très mouvementée.

J’ai voulu ce personnage précieux et raffiné, ce qui lui fait tout de même un point commun avec Moustache. Cela les place également en rivalité, donnant du piment aux relations entre ces deux personnages. J’ai essayé de dessiner Rousquille comme je l’imaginais, avec un petit côté Marie-Antoinette.

Pour mémoire, la rousquille est une pâtisserie catalane en forme d’anneau bien connue, très moelleuse, recouverte de sucre glace et parfumée au citron ou à l’anis. Quand on la tient au creux de sa main, elle ressemble à un joli petit nuage. Il faut alors se dépêcher de le manger, son enrobage sucré peut rapidement coller…

Esquisse#4 : Henriette

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Je ne peux pas dévoiler grand-chose de ce personnage, sans spoiler une partie de l’histoire. Pour le moment, ce qu’on sait d’elle ne présente pas ce personnage à son avantage.

Dès les premiers chapitres, je brosse d’elle une image volontairement contraire à l’idée que l’on se fait d’une grand-mère. Les enfants la détestent. Et ils ont de bonnes raisons de le faire : aigrie et acariâtre, elle passe son temps à râler toute la journée !

Elle vit seule depuis des années. Et, quand elle rend visite aux Malloré, elle ne fait aucun effort pour s’adapter.

Pour une cause qu’ils ignorent, Annie, sa fille unique, est la seule qui fait preuve de compréhension à son sujet…

Adaptation des droits

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Je finis ma conversation téléphonique.

 Il arrive dans le bureau, surexcité :

– Alors ? Ils ont décidé quoi ?

– Pardon ?

– Comme t’étais occupée, j’avais dit aux studios Pixar de te rappeler. Ils te rachètent les droits ou pas ?

Je soupire, blasée.

– Minou…

– Oui …?

– Plutôt que de t’ennuyer, t’as pas un mur à poncer ?

Effluves d’adolescence

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Mon fils vient me voir au bureau.

– Ca y est ? T’as fini ta recherche pour le collège ?

– Non, l’ordinateur n’a plus de batterie…

– Et tu l’as mis à charger ?

Il prend son petit air désolé.

– Ah non… J’y ai pas pensé.

Ca m’a rappelé quand nous jardinions la dernière fois, il était censé ramasser les feuilles. Au bout d’un moment, je l’ai surpris qui rêvassait :

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui ai demandé.

Plus rien… Puisque le sac poubelle était plein.

– Au fait mon chat, je voulais t’informer : la télé est cassée.

– Ah bon ?

– Oui, j’ai vu qu’elle était débranchée…

Silence.

– On est bloqué, tu ne pourras plus jamais la regarder !

Il lève les yeux au ciel, il commence à saisir où je veux en venir.

– Et tant que j’y pense : à partir de maintenant, prends bien soin de tes vêtements…

– Pourquoi ?

– Quand ils seront tous sales, t’iras au collège à poil !

– C’est bon Mamanme dit-il en soufflant, tu peux arrêter, j’ai compris l’idée !

– Rassure-moi : tu réfléchis à ce que tu dis des fois ?

Il m’adresse un grand sourire en retour.

– Avoue… Si je changeais, ça ne te conviendrait pas.

– Tu peux préciser ?

– Tu serais paniquée : tu ne me reconnaîtrais même pas !

Il me regarde les yeux rieurs.

Vive la mauvaise foi…

L’envie soudaine lui prend alors de se blottir contre moi.

– Sois tranquille mon amour…

– Pourquoi tu dis ça ?

– Avec l’odeur que t’as sous les bras, je te retrouverais jusqu’en Alaska !

– Maman !!!!!!

Et les yeux fermés, mon petit chat ! Crois-moi !

Esquisse#3 : Mike

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Au premier abord, Mike est assez impressionnant, pour ne pas dire terrifiant. Loin d’inspirer aux gens une quelconque sympathie, je l’ai imaginé sale et repoussant.

Mike est un ancien chat de gouttière, né dans la rue, avant d’être abandonné par sa mère. Luttant pour sa survie, il a longtemps erré dans le quartier, glanant ça et là quelques restes à manger.

En fin de journée, il a l’habitude de se rendre à la déchetterie. Là-bas, il trouve en général toujours de quoi se remplir l’estomac. Cependant, il n’est pas tout seul à fréquenter ce lieu, d’autres chats y rôdent régulièrement.

Un soir, Mike fut pris à partie dans une violente bagarre. Malgré le grand courage dont il fit preuve, les autres chats errants décidèrent de se liguer contre lui : ils lui flanquèrent une cinglante dérouillée, avant de s’en aller. Sévèrement meurtri, il resta ainsi toute la nuit, agonisant des heures durant entre un étendoir cassé et un aspirateur à demi-éventré.

Le lendemain matin, Jojoko se rendit à la déchetterie. Elle était à la recherche de quelques objets à réparer et, comme elle vivait seule, ça l’occupait.

Quand elle aperçut sa carcasse mutilée, ce dernier ne respirait presque plus : sans réfléchir, elle courut le confier au bons soins du vétérinaire de Belleville, qui réussit par miracle à le sauver.

Une fois rétabli, il s’empressa de trottiner jusque chez elle. Dans sa vie, jamais quiconque ne s’était soucié de lui. Le geste de la vieille dame l’avait profondément touché, il tenait donc naturellement à la remercier.

Quand il arriva chez elle, il sentit immédiatement que quelque chose clochait. Un représentant était en effet sur le point de l’escroquer… Ce jour-là, ce fut lui qui la tira d’un vilain guêpier.

Ainsi liés, Mike et Jojoko décidèrent de ne plus se quitter. Ils firent vœu, toujours, de se protéger.

Essayer de dessiner (à peu près !)

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– T’en penses quoi minou ? On le reconnaît ?

– Ah oui, tu l’as vraiment bien fait…

Avant de s’étonner :

– C’est quand même une drôle d’idée…

– Quoi donc… ?

– Ben… de lui avoir donné des mouches à manger !

Ca va pas fort, mais faut pas exagérer !

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– Je ne comprends pas… J’ai passé ma journée à travailler. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir rien fait…

– Je suis sûr que c’est pas vrai !

– Si !

Je tape du pied (oui, j’ai aussi ce vilain côté).

– En plus, j’ai mal dormi…

Il se remet à bricoler.

– T’as vu le temps qu’il fait… ? C’est horrible : il pleut sans arrêt !

Il sourit.

– Si je comprends bien, y’a rien qui va aujourd’hui.

Comment il sait ?

– Là, même si je te proposais de partir à Bora-Bora, je suis sûr tu ne voudrais pas !

Je le regarde. Il est fou ou quoi ?

– Ouais, dit-il avec un petit sourire amusé. Je me disais, aussi… J’étais peut-être allé un peu loin !

Si tu veux connaître le fond de ma pensée, je dirais plutôt pas assez, en vérité.

Bref.

Je retourne bosser, toujours aussi déprimée. 

Ah, Bora-Bora… Un jour viendra, tu seras à moi… Et ce jour-là, surtout, faites que je ne croise pas un chat !

Esquisse#2 : Moustache Malloré

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 Notre héros est un chat orgueilleux en plus d’être très gourmand. Il a aussi une haute estime de lui-même, ce qui le rend assez susceptible, et je m’amuse beaucoup à jouer de ce trait-là de caractère dans les trois tomes de la saga.

Moustache passe son temps à se mettre en valeur. D’un tempérament coquet, il aime prendre soin de lui. C’est d’ailleurs sa principale activité : toilettes et manucures constituent la majeure partie de son quotidien !

Il souffre toutefois de vertiges chroniques ce qui, pour un chat, est assez étonnant. Comme il est d’un naturel peureux, il panique très vite, contrairement à Mike qui, lui, a rarement froid aux yeux. Leurs caractères étant diamétralement opposés, je trouvais que les lier d’amitié était une bonne idée, et qu’elle rendrait ces deux personnages encore plus attachants. J’espère ne pas m’être trompée.

On dit souvent qui se ressemblent s’assemblent. Ce n’est pas toujours vrai.

Moustache tombe rapidement amoureux d’Annie. C’est elle qui lui donne à manger le matin alors forcément, ça crée des liens. Par opposition, il développera vite une forme de rivalité avec Franck, que j’ai voulu plutôt touchante.

Loin d’être en admiration devant lui, Franck est en effet le seul qui considère Moustache pour ce qu’il est, à savoir un chat. N’en déplaise à ce dernier, c’est la stricte réalité.

Dans l’histoire, Franck occupe une véritable place de chef de famille. Moustache est donc souvent contraint de lui obéir, ce qui n’est pas sans l’agacer. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour le lui signifier dès qu’il en a la possibilité.

Pour s’adapter à sa nouvelle vie, notre héros devra donc voir plus loin que son nombril, et ce ne sera pas toujours facile… Cependant c’est le prix à payer quand on veut faire partie d’une famille aimante et soudée, qui est celle formée par Malloré.

La faute à Voltaire

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– Maman, me dit mon fils, faut que je choisisse un nouveau mot de passe. Maintenant que tu connais le mien, ça sert à rien…

Je lui réponds que ce n’est pas la peine, mon propre numéro de carte bleue me sort régulièrement de la tête.

– T’as qu’à choisir « modpas », tout simplement. Comme ça, si tu t’en souviens pas, ta sœur te le retrouvera !

Evidemment, la principale intéressée n’était pas là.  La pauvre… L’orthographe est vraiment sa bête noire.

Même si on essaye de dédramatiser, je ne peux m’empêcher d’être préoccupée.

Sur la porte de chambre, il est écrit « N’entré pa, dangé ! ». Vous le constaterez, cette dernière est sous haute sécurité…

Elle a rapporté de sa classe verte un « caillé de natur », très bien illustré. Cette dénomination n’a malheureusement rien à voir avec les vaches qu’elle venait d’observer. Et, drôle de curiosité, j’ai appris qu’on leur donnait du « fion » à manger…

Quand je lui fais réviser sa dictée, elle essaye de m’extorquer des indices de toute beauté :

– Dis-moi Maman, dans « maintenant », y’aurait pas un « u » par hasard ?

Non, pas de « u »… Et pas de « w » non plus.

C’est un vrai petit garçon manqué : elle ne porte que des shorts, jamais de jupe, même en été. Et pour cause : difficile de grimper dans les arbres ainsi habillée…

Encore un argument tout à fait justifié vous me direz. Très vite, j’ai abandonné l’idée…

Son père, lui, résiste encore. Il ne veut pas lâcher.

Sa fille porte les cheveux courts, ça lui déplaît :

– N’empêche, qu’elle lui fait, j’ai plus besoin de m’embêter à les brosser !

A côté de ça, elle a mis à jour un système de cordes et balles entremêlées dans sa chambre, qu’elle a attaché à la poignée et qui l’informe de notre arrivée.

Dehors, elle a construit un filet pour que ses plantations soient surélevées. Ainsi adaptées, elle arrive à les arroser dans le jardin sans difficulté ; et peu importe que la tondeuse ne puisse plus traverser, ses créations passent en premier.

– Dans « trottinette », ma chérie, n’oublie pas : il y a deux T.

– N’importe quoi ! Y’en a cinq, tu sais même pas compter !

Pendant le confinement, j’ai essayé d’expliquer à mes enfants le fonctionnement des éclipses solaires. Elle m’a gentiment fait remarquer que, telle que je l’avais positionnée, la Terre était mal placée… Ce qui était tout à fait vrai : je m’étais royalement plantée.

– Maman, pourquoi on peut pas vivre au milieu de la forêt ? On ramasserait du bois et on chasserait pour manger !!!

Quand je lui ai dit que Nutella au goûter, faudrait oublier, elle a quand même eut l’air d’hésiter…

Et, comme avec du scotch et trois bouts de ficelle, elle vous fabrique une montgolfière, je me dis que ça ne vaut peut-être pas la peine de s’arracher les cheveux comme j’ai pu le faire…

Pour le reste, c’est la faute à Voltaire.

Blague et préjugés

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Les enfants viennent souvent lire dans mon bureau. Mais, comme je suis seule à le ranger, voilà ce qui peut parfois arriver :

– Mon chat, j’ai jeté les magazines qui traînaient sur le canapé, ils étaient tous abîmés !

– Oh non ! Me dis pas que t’as balancé tous mes Astrapi ! Y’avait des supers blagues d’orthographe dedans !!!

Je me fige, avant de tourner la tête vers mon conjoint, médusée.

– Tu peux développer ? qu’il lui demande, inquiet.

De mon côté, je suis en panique totale. Je l’imagine déjà, tout seul à la récréassis sur un vieux banc mouillé… Et, pour ne rien gâcher au tableau, on vient bien sûr de lui piquer son goûter.

– Ben, je sais pas… Toutes les lettres de l’alphabet sont en réunion, sauf cinq. Lesquelles ?

La seconde d’après, il nous avait mouchés et moi, la tête dans la poubelle, GTOQP à tout récupérer.

Chapitre 8 : Henriette

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Précédemment dans l’histoire : les parents de Samuel et Caroline annoncent à leurs enfants qu’ils ont donc demandé à leur grand-mère, Henriette, de venir les garder. Ces derniers ne sont pas du tout enchantés…

– Quoi ? s’exclama alors Caroline. C’est une blague ?

– Votre père et moi avons beaucoup de travail à l’agence, fit valoir Annie qui semblait se justifier. Nous avons accepté de suivre un gros dossier, on vous en a parlé il y a quelques semaines déjà…

Annie avait ouvert avec son mari une agence immobilière juste après la naissance de Samuel, voilà près de treize ans. Aujourd’hui, leur petite entreprise marchait plutôt bien. L’agence avait acquis une solide notoriété au village et beaucoup de Bellevillois leur faisaient confiance pour vendre ou acquérir un bien.

Leur organisation était simple. Annie était chargée de la clientèle ; Franck, lui, s’occupait plus spécifiquement de la gestion administrative de l’agence.

– Son instruction nous oblige à partir quelques jours en déplacement, poursuivit son époux. C’est la solution la plus simple pour éviter que vous ne manquiez l’école.

Samuel se remit à touiller son bol de céréales :

– Super, la double peine.

Annie fit mine d’ignorer son commentaire.

– Mamie ne vient pas beaucoup nous voir…, regretta-t-elle avec un petit sourire navré, et c’est bien dommage.

Le silence borné des enfants vint se heurter à la moue faussement réjouie d’Annie. Elle cherchait à dissimuler un malaise qui semblait pourtant évident. D’ailleurs, elle se pinça l’arête du nez juste après.

C’était un geste embarrassé. Je la connaissais. Elle appréhendait clairement la suite de la conversation, je compris rapidement pourquoi.

– Son train arrive en gare de Belleville, ce soir…

Effectivement, Samuel et sa sœur bondirent immédiatement.

Ils tournèrent vivement la tête vers elle, et je vis l’incrédulité se peindre sur leurs visages défaits.

– Quoi ? Ce soir ? répétèrent-ils en se redressant d’un coup, refusant d’y croire.

Ils écarquillaient des yeux ronds comme des billes, visiblement choqués.

Annie se contenta de confirmer d’un bref mouvement de tête, avant de fixer ses pieds. Elle garda les yeux baissés quelques secondes, comme si elle redoutait d’avoir à affronter les regards courroucés qu’ils lui jetteraient.

Franck décida de prendre le relais, s’empressant ainsi d’ajouter :

– Nous irons la chercher à 19 heures. Tous ensemble !

Caroline allait parler quand il leva la main pour l’interrompre :

– Ce n’est pas la peine d’essayer de négocier, votre présence à nos côtés ce soir est obligatoire !

De rage, elle tapa dans un pied de chaise, et le regretta aussitôt. Intérieurement, je souriais. Ce n’était pas faute de lui répéter, elle ne voulait jamais porter de pantoufles à ses pieds. Têtue, je la vis serrer fièrement les dents.

De son côté, Samuel avait sur le visage l’expression d’un collégien informé un quatre juillet d’un report imprévu des vacances d’été.

– Et vous avez attendu le dernier moment pour nous le dire, bien sûr ! gronda la petite fille.

Caroline avait l’air particulièrement excédée. Cela dit, le reproche n’était pas volé.

Malgré la réponse négative auquel il s’attendait, Samuel tenta tout de même de suggérer une autre idée :

– Pour une fois, on ne pourrait pas rester seuls à la maison ? On fera bien attention, on suivra toutes vos recommandations à la lettre !

– Non, il en est hors de question ! On ne sait jamais ce qui peut arriver, fit-il d’une voix affirmée.

Caroline et Samuel échangèrent un regard déçu, avant qu’une affreuse grimace ne vînt déformer leurs traits.

Pour ma part, je trouvais leurs réactions assez surprenantes, ce qui me conduisit à m’interroger.

Toutes les mamies que je connaissais autour de moi étaient foncièrement gentilles. Plutôt calmes. Et d’un naturel bienveillant. Elles avaient une patience étonnante, surtout en compagnie des enfants.

Quand elles étendaient leur linge, j’aimais passer sous leurs fils, et renifler l’odeur de la lessive qui s’en dégageait. Elle sentait bon les souvenirs d’enfance. Leurs draps, eux, avaient toujours une odeur de pin frais ou de lavande.

Je les voyais souvent faire, quand je me promenais devant leurs fenêtres : elles chantaient en se dandinant, plumeau à la main, époussetant le haut de leurs placards en écoutant de la musique rétro à la radio. Elles fredonnaient des airs vieux comme le monde. Des airs oubliés, que plus personne, à part elles, ne connaissaient.

Ca me plaisait de les voir ainsi se trémousser. Je venais souvent les observer. J’aimais les entendre s’activer, dès les premières heures de la journée.

La plupart du temps, un grand sourire égayait leurs traits. Et, quand elles me voyaient miauler, elles me donnaient toujours quelque chose à manger.

Elles savouraient l’instant présent, et étaient toujours d’une humeur enjouée. Si elles se plaignaient parfois, cela ne durait jamais… Elles préféraient voir le bon côté de la vie.  Au fond d’elles, elles avaient peut-être conscience qu’elles avaient de la chance d’être encore en bonne santé, et elles se forçaient à profiter du temps qu’il leur restait. 

Et leurs petits plats… Oh mon Dieu… Leurs bons petits plats ! Qu’est-ce que j’en raffolais ! Leurs pâtisseries, particulièrement, étaient à tomber.

– Je comprends que vous ne soyez pas enchantés, reprit Annie. Néanmoins, j’aimerais que vous fassiez des efforts. La dernière fois, si vous aviez daigné un peu plus lui parler, son séjour aurait été plus agréable pour tout le monde. Je suis d’ailleurs surprise qu’elle ait accepté de revenir vous garder.

Caroline, aussitôt, s’insurgea :

– On peut savoir ce qu’on a fait ?

Aussitôt, les traits de Franck se crispèrent. Apparemment, les dernières fêtes de Noël leur avait laissé des souvenirs divergents :

– Vous voulez que je vous rafraîchisse la mémoire ? répondit-il, sourcils froncés. Vous ne lui avez presque pas adressé la parole ! Comme toujours, vous n’en avez fait qu’à votre tête. Souvenez-vous : vous sautiez partout, sans arrêt ! Je vous soupçonnerais même de l’avoir fait exprès, juste pour l’embêter ! Elle n’a pas réussi à faire la sieste une seule fois, la pauvre, et elle est repartie avec une migraine énorme !

– Bien fait pour elle !

– Caroline ! la reprit son père.

L’instant d’après, les épaules de la petite fille s’affaissèrent.

– Mais elle est pas drôle, Mamie…, grommela-t-elle. Elle est tout le temps de mauvaise humeur. J’ai pas envie d’être gentille avec elle !

Sam hocha la tête pour valider.

– Elle ne nous décroche pas un mot, sauf pour nous donner des ordres, ajouta-t-il. Elle passe son temps à tout nous interdire… On n’a pas le droit de faire du vélo : ça la stresse ! Pas le droit de sauter : ça la fatigue ! Pas le droit de regarder la télé : elle ne supporte pas de rater ses programmes préférés !

Caroline émit un profond soupir.

– En fait, je crois qu’elle nous déteste.

Je surpris Franck et Annie échanger un regard interloqué.

– Ce n’est absolument pas vrai, ma chérie…

Manifestement, cette dernière n’était pas convaincue.

– Et c’est réciproque. Nous aussi on la déteste ! On va devoir s’enfermer dans notre chambre toute la semaine… Avec elle, c’est le seul moyen d’avoir la paix !

Samuel tapa du poing sur la table.

– Il n’en est pas question !

Je vis Caroline le regarder, avant de réagir, et de se lever.

– T’as raison ! On va pas se laisser faire. On est chez nous !

La rébellion était sur le point d’éclater, mais Franck leur coupa immédiatement l’herbe sous le pied : il les somma de se calmer immédiatement, sous peine d’une punition.

Samuel obtempéra le premier et, d’une voix plus tempérée, essaya de lui expliquer :

– On dirait que vous ne comprenez pas…

Il ouvrit ses mains en signe d’impuissance, puis, d’un air désolé, souffla.

– Quand elle est là, on a l’impression d’être au bagne… 

– C’est quoi, le bagne ? demanda Caroline d’un air ignorant.

– Une prison, la renseigna aussitôt son frère d’un ton sec.

Je m’aperçus alors que le visage de ce dernier avait perdu toute sa gaieté. D’ordinaire si rieur, il s’était fermé. Des heures plus sombres s’annonçaient, et on aurait dit que, déjà, il se projetait.

Caroline prit le temps de plisser ses paupières, avant de feindre l’illumination soudaine.

– C’est exactement ça ! Il a raison, c’est le bagne quand elle est là !

Franck secoua la tête.

– Les enfants, vous exagérez !

Annie semblait du même avis, ce qui lui donna envie de les réprimander elle aussi.

– Vous êtes trop sévères avec elle. Mamie Henriette est âgée, leur rappela-t-elle, et elle vit seule depuis des années… Changer ses habitudes n’est pas facile pour elle.

J’entendis Samuel souffler à nouveau, l’air profondément contrarié :

– On sait… N’empêche qu’on en a marre. Elle ne fait que râler, et c’est toujours à nous de faire des efforts !

A ces mots, je souris. Ils étaient effectivement de la même lignée, cela ne faisait aucun doute !

– Elle me dit sans arrêt que je dois surveiller mes manières ! Que j’arrête pas de crier, que je suis toujours mal coiffée !

Caroline laissa passer une courte pause.

– C’est même pas vrai…, poursuivit-elle, comme personne ne daignait répondre.

Et, tandis qu’elle bougonnait, elle glissa machinalement son doigt dans une des narines qui la chatouillait. Je regardais Samuel qui la fixait, amusé.

Elle continuait de fourrager son nez, et le visage du garçon se fendit d’un grand sourire l’instant d’après, comme son regard se déplaçait sur les épis de sa chevelure ébouriffée.

– Qu’est-ce que t’as à me regarder ?

De mon côté, je replongeai le museau dans mes croquettes.

Je devais avouer qu’après tout ce que j’avais entendu, je n’avais pas hâte de faire sa connaissance non plus.

– C’est vrai qu’elle peut paraître un peu dure, des fois…, dit Franck en avalant d’un trait sa dernière gorgée de café. Vous réprimander, c’est sa façon à elle – un peu maladroite – de s’occuper de vous… Mais c’est votre grand-mère, acheva-t-il, et vous lui devez le respect !

Il y eut un moment de silence, seulement troublé par le bruit de la tasse qu’il posa bruyamment dans l’évier.

Je le vis s’agiter, signe qu’il était temps d’enchaîner sur la journée. Ce dernier se mit en quête de son trousseau de clés, qu’il venait à nouveau d’égarer. Pour ma part, je pensais naïvement que la conversation était close.

Je m’apprêtais à poursuivre ma toilette, essayant de me rappeler où j’en étais resté… Ah oui, ma manucure… Il me fallait impérativement la finir avant de pouvoir sortir.

Je me reculai un instant pour admirer le travail : mes griffes étaient superbes ! Il ne manquait qu’un coup de lime, et elles seraient parfaites !

J’allais m’exécuter lorsque j’entendis Caroline poser une dernière question.

Curieusement, celle-ci me fit dresser les oreilles, sans que j’en comprenne véritablement la raison :

– Qu’est-ce qu’elle compte faire de Rousquille ?

En effet, ce prénom m’était totalement inconnu. A son évocation, pourtant, je sentis mon pelage s’animer d’un étrange frisson…

Je suis, vous me suivez (ou les trois, parfois)

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Avant de me plonger dans l’écriture, je faisais régulièrement du footing. Puis, débordée par le travail que cela demandait, j’avais tout arrêté…

J’ai décidé récemment de me faire violence. Je chausse à nouveau mes baskets deux à trois fois par semaine et, dimanche dernier, ma petite famille m’a même accompagnée !

On court tranquillement quand je vois ma fille détaler, toute heureuse de nous doubler :

– Et voilà, c’est moi qui est devant la troupe !

– Qui suis…

– Mais non ! Tu vois bien que c’est vous qui êtes derrière !!!

Je pense, perplexe : « cette conversation n’a aucun sens ! ».

Je ralentis un peu, le temps de comprendre…

Ca y est !

Je « suis », nous « suivons »… Vous me suivez ?

C’est dimanche, il faut beau et elle est en pleine santé… Zut ! Pour une fois, je laisse tomber !

Esquisse#1 : Jojoko

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En ce moment, je suis en train de chercher la tête de mes personnages.

La première, ou du moins celle que je vous présente aujourd’hui, c’est Jojoko.

Jojoko est un personnage loufoque, d’une tendresse sans borne. Je trouvais amusant que dans mon roman l’un de mes personnages se perde un peu les chèvres… Si on regarde bien, on a tous une Jojoko autour de nous.

Jojoko parle à ses plantes vertes, elle ouvre et ferme les portes des placards plusieurs fois par jour. Elle met toujours ses vieilles charentaises au réfrigérateur, le soir, avant de se coucher. C’est vrai qu’elle aime sentir le frais réveiller ses pieds… Elle dit que ça lui rappelle un peu sa Russie Natale.

Il n’y avait qu’un personnage aussi déjanté capable de recueillir Mike à la déchetterie. Elle y était venue chercher quelques canards à cinq pattes, c’est finalement avec lui qu’elle est repartie… Elle lui a sauvé la vie.

On le sait tous, des familles, il en existe de deux types. Les familles de sang, et des familles de cœur. Celles imposées par la naissance, et celles qu’on a choisies.

Mike et Jojoko sont des figures très fortes de solitude et d’indépendance. Deux âmes cabossées, à la noblesse rare, que le destin fera se rencontrer et qui ne se quitteront plus jamais.

Minou, j’ai une blague !

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– Oh ! J’ai lu une blague qui m’a faite trop rire, Minou. Attends que je m’en rappelle…

Je me concentre une seconde.

– Ah oui… C’est ça !

Pause.

– Si Gibraltar est un détroit, qui sont les deux autres… ??!?

J’éclate de rire ! Il me fixe, sidéré.

– Génial, non ? Ca s’appelle un apophtegme !

Il me corrige :

– Non mon coeur… Ca s’appelle une blague de merde !

Et voilà…! Dès que c’est un peu littéraire, l’humour n’est plus le même.

#payetonbideavectonapophtegme

Maman, tu aimerais mourir comment ?

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Je hochai la tête, l’air entendu, et me fit la remarque que cette femme avait, indubitablement, un goût certain…

– A table !!!

– J’arrive !

Dix minutes plus tard, je m’installe sous trois paires d’yeux qui me mitraillent.

– Désolée, je finissais un truc…

– C’est toujours toi qu’on attend !

A peine je plante mon premier coup fourchette, ma fille me pose une des questions dont elle a le secret :

– Maman, tu aimerais mourir comment ?

Et vlan.

Dix minutes de retard, c’est pas non plus un drame !

– Eh bien… euh… je ne sais pas… Mais ce qui m’arrangerait en tous cas, ce serait que je ne souffre pas.

Pause. Je la regarde.

– Pourquoi ? T’as quelque chose prévu pour moi ?

Elle sourit, je me détends légèrement.

– Moi, j’aimerais mourir en sauvant le monde ! Comme Iron Man, quand il prend le gant de Thanos avec les pierres dedans ! Bon, c’est trop de pouvoirs pour lui, mais il meurt en héros !!!

– C’est sûr, je dis, ça a un peu plus de classe que de s’étrangler avec un Tic Tac… Délicieux, minou, ton filet mignon !

– Ne parle pas, mon cœur. Mâche doucement.

Chapitre 7 : L’Annonce

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Précédemment dans l’histoire : Mike vient de raconter à Moustache la façon dont il avait fait la rencontre de Jojoko. Il lui donne des conseils pour faire sa place auprès des Malloré, conseils que Moustache s’empresse très vite de mettre en pratique. C’est ainsi que notre petit chat tigré réussit à s’intégrer, devenant, quelques mois plus tard, un membre de la famille à part entière.

Comme tous les matins, nous prenions le petit-déjeuner dans la cuisine. J’étais privilégié : Annie me servait toujours le premier. Pour être honnête, elle n’avait pas vraiment le choix… Comme on dit, ventre affamé n’a pas d’oreilles. Le matin, le mien passait son temps à casser celles des autres !

Dès qu’elle allumait la lumière, je dévalais les escaliers quatre à quatre en miaulant à la mort :

Aaarghhhh… A moi ! J’ai faim ! Je meuuuuurs de faim !

Puis je la pressais, nerveux :

Y’a quoi à manger ? Dis, y’a quoi ? Elles sont où les croquettes ? Hé ! T’as acheté une nouvelle pâtée ?

Pour finir enfin par couiner :

J’ai la tête qui tourne, au secours, je me sens fébrile…

Oui, mon attitude ressemblait de près à du harcèlement. Je n’étais pas patient, l’estomac creux… Je la suivais partout, comme un paparazzi.

Cela n’avait pas l’air de l’alarmer. De son côté, elle prenait soin de m’éviter en souriant, d’un air à moitié désespéré :

– Oui Moustache… j’ai compris, ça arrive…

Elle tentait par tous les moyens de me faire patienter ; elle mesurait certainement mal à quel point je souffrais.

Quand enfin elle déposait ma gamelle sur le carrelage, je me jetais sauvagement dessus et j’allais jusqu’à pousser sa main pour engloutir son contenu au plus vite. Bien que ce ne fût pas le cas, je devais passer pour un ingrat.

– Et voilà pour toi, mon petit cœur…

Et c’est ainsi qu’Annie me ramenait subitement à la vie.

Au fil du temps, ce rituel matinal nous avait rapprochés, elle et moi.

Annie était une très belle femme, brune, mince, au sourire franc, qui mettait instantanément les gens à l’aise. Elle avait de grands yeux marrons, qui pétillaient de joie dès qu’elle se levait, et des joues creuses sous de petites pommettes osseuses. J’adorais les taches de rousseur qu’elle avait sur le visage : son teint pâle les mettait joliment en valeur.

Souvent, un chignon relevait ses cheveux bouclés. Elles les avait longs jusqu’aux épaules. Elle les attachait rarement avec une pince, c’était trop d’organisation. Le plus souvent, elle le faisait avec ce qui lui tombait sous la main, une pince ou un crayon, selon l’inspiration. Elle aimait avoir la nuque dégagée quand elle travaillait, et les cheveux lâchés quand elle se reposait.

Cette femme avait une beauté naturelle à couper le souffle… Et, pour tout vous dire, j’en pinçais méchamment pour elle.

Je la trouvais particulièrement élégante, aujourd’hui, dans son tailleur bleu et blanc subtilement rayé. Elle avait probablement un rendez-vous important.

Le seul obstacle entre elle et moi, finalement, c’était son mari. Je me demandais d’ailleurs souvent ce qu’elle lui trouvait…

Depuis l’histoire de mon prénom, j’avais une dent contre lui. C’était un fait. Mais, au cours de ces derniers mois, j’avais aussi eu l’occasion de l’observer attentivement… Et c’était un homme on ne peut plus ordinaire, croyez-moi !

Franck avait les cheveux châtain, coupés courts, et il était de taille moyenne. Ni grand ni petit. Ni maigre ni gros. Comme je vous le disais, il était quelconque. Désespérément banal… Si commun que rien ne le distinguait particulièrement de ses autres congénères.

Cela dit, comme je ressentais un peu de peine pour lui, je faisais peut-être un portrait trop flatteur… En vérité, entre sa calvitie naissante, son ventre rebondi et ses verres progressifs qui lui agrandissaient les yeux outrageusement (quand il les mettait, il ressemblait à un saumon d’élevage), il fallait avouer qu’il avait la quarantaine plutôt ingrate, le pauvre.

De son côté, il feignait une parfaite indifférence à mon égard… Je n’étais pas dupe : mon élégance et ma fougueuse jeunesse devaient fortement l’agacer.

J’avais également étudié les traits de sa personnalité avec attention : bien qu’il occupât la place du chef de famille, il n’était franchement pas à la hauteur de cette fonction.

En premier lieu, il était tête en l’air, et terriblement maladroit. En plus de ça, il était souvent distrait : il n’écoutait que d’une oreille, ce qui obligeait régulièrement la pauvre Annie à se répéter… Je me demandais parfois où elle puisait une telle patience.

Au-delà de ce tempérament étourdi, Franck n’était pas manuel pour un sou. De sa vie, il n’avait jamais réussi à utiliser correctement une visseuse ! Par conséquent, tout ce qu’il bricolait dans la maison pouvait à tout moment vous rester dans les mains. Mieux valait le savoir, question de sécurité.

Pour finir, il était nul au foot, et il ne savait pas non plus raconter les blagues.  Les enfants ne manquaient pas de se moquer de lui à ce sujet. Lui feignait d’en rire, bêtement. Mais, au fond, il devait bien se rendre compte qu’il se ridiculisait…

S’il me faisait pitié, le plus souvent, il m’agaçait aussi parfois prodigieusement : il avait toujours le dernier mot ! Et je ne parvenais pas à comprendre pourquoi. Comme s’il était doté d’une autorité naturelle, que seuls les Malloré pouvaient percevoir. A un moment, je me suis même demandé s’il n’était pas un peu sorcier… Non. Quelque chose m’échappait, mais il n’avait aucun pouvoir magique particulier.

Avec moi, toutefois, cela ne marchait pas. Il ne m’impressionnait absolument pas.

Je me rassurais intérieurement : un jour ou l’autre, Annie ouvrirait fatalement les yeux. J’étais tellement plus attachant que lui ! Tôt ou tard, elle finirait par le quitter… Et, ce jour-là, elle me tomberait dans les pattes, je le savais… Il me suffisait simplement de patienter.

Un bruit sec mit un terme à ces réflexions et me fit lever la tête.

En haut, les portes s’étaient mises à claquer : les autres membres de la famille allaient débarquer, sonnant ainsi la fin de notre tête à tête privilégié.

Généralement, c’était Caroline qui descendait la première. Le matin, ses yeux ressemblaient à deux belles pâquerettes sous l’étendard de ses cheveux en bataille. Elle portait une coupe courte, blonde comme les blés, et avait la peau plus claire que du lait de soja.

Son visage d’ange était un leurre : la petite fille pouvait se transformer en monstre si vous osiez lui parler avant qu’elle ait fini d’avaler son petit-déjeuner !

Tous les matins, Annie la laissait donc se réveiller sans la brusquer, dans le silence le plus complet. De temps à autre, elle jetait un rapide coup d’œil vers sa fille, la regardait discrètement siroter son bol de chocolat chaud, à petites gorgées, les yeux perdus dans le vague.

Si Caroline avait besoin de temps pour émerger, son frère, lui, démarrait au quart de tour. Il filait directement sous la douche et ressortait, deux minutes plus tard, frais comme un gardon !

Il passait ensuite un gros quart d’heure à essayer de discipliner sa mèche brune : elle lui tombait invariablement sur le front tant que le gel n’avait pas séché… Dire qu’il était écrit Fixation extrême, sur le tube.

On entendait l’adolescent de quatorze ans arriver de loin… Il écrasait chaque marche de l’escalier d’un pas lourd et puissant. Il se déplaçait avec l’agilité du lion et la souplesse d’un éléphant en surpoids ! Comment réussissait-il cet exploit ? En toute honnêteté, je l’ignorais. Mais cela m’amusait.

Franck, enfin, venait les rejoindre en dernier. Il faisait généralement son entrée, l’œil rivé sur sa montre, toujours pressé, resserrant un nœud de cravate plus ou moins bâclé selon les jours.

Une fois qu’ils furent tous réunis en bas, Annie et Franck échangèrent un regard puis se retournèrent vers leurs enfants.

Ils avaient une annonce à faire :

– Sam, Caro, vous voulez bien écouter une minute s’il vous plaît ? Nous avons quelque chose de très important à vous dire…

Ils levèrent aussitôt le nez.

De mon côté, je me figeai, oreilles dressées.

Annie prit une profonde inspiration, avant de déclarer :

– Nous avons demandé à Mamie Henriette de venir vous garder cette semaine, balança-t-elle alors d’une traite.

A leurs mines défaites, on aurait dit qu’elle venait de lâcher une bombe.

Aussitôt, de vives protestations s’élevèrent : les enfants n’avaient pas l’air content du tout !

I had a dream…

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7 heures. Mon conjoint me réveille gentiment.

– Nooooon…. J’veux pas me lever…

A la cuisine, mon petit-déjeuner est prêt. Mon thé à la bergamote m’attend, avec son délicat nuage de lait. Comme d’habitude, le pauvre, il a tout préparé.

– Ca va pas ?

Il voit que de la fumée me sort par les trous de nez.

– Purée, je suis dégoûtée… J’étais en train de rêver que je sortais avec Robert Downey Jr…

Pause.

– Et toi, t’as osé me réveiller !!!

– Désolée mon coeur…

Il sourit.

– Maintenant que c’est râpé, tu veux pas plutôt boire un café avec George Clooney ?

Je le regarde, l’air désespéré, avant de soupirer.

– En même temps, je ne peux pas trop t’en vouloir… Dans mon rêve, j’étais en train de le quitter.

La journée vient à peine de commencer, je suis déjà blasée. C’était Robert Downey Jr., s’il vous plaît ! Et moi, là, qui trouve rien de mieux à faire que de le larguer…

Parfois, quand même, j’ai de ces idées…

Ah, les beaux jours qui reviennent !

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Ah, les beaux jours qui reviennent !

De mon bureau, je vois le soleil briller depuis ma grande baie vitrée.

Je fais une pause et contemple le paysage au-dehors. J’entends le vent souffler. Je le regarde courir dans le jardin, en appui sur les herbes courbées.

Un bourdon me chatouille l’oreille. Je tourne la tête, je le vois zigzaguer. Il s’approche d’un joli bouton printanier…

Je le regarde qui vient le flairer, l’aile enfiévrée.

– Brrrrrzzzziiiii Brrrrrzzzziiiii… Vos pétales, i’ zouvrent à quelle heure, ma’m’zelle ?

Elle, timide, réserve son mystérieux secret.

Cette rencontre inattendue ravage mon imagination. Une fleur. Un bourdon…

Sous mes yeux, c’est loxymore parfait !

Le silence vrombissant, version végétale ! C’est l‘harmonie du scandale.

C’est le pop corn salé, l‘invention de la glace au Roquefort, la brevétisation du cale-menton (ceux qui ont essayé de dormir dans le métro comprendront).

Le succès de la grenouillère-serpillère, plébiscitée par les jeunes mamans éreintées.

L’industrialisation du savon marron, odeur goudron.

L’idée géniale des pâtes verdâtres, molles comme des calamars (soi-disant, goût épinard).

Vous ne vous êtes jamais demandé, vous-même, comment certaines idées étaient nées ? Là, soudain, j‘entrevois la façon dont le string a un jour été inventé…

Je perçois la poésie qu’il y a, l’été, à porter des sandales ajourées. Leurs menus bras croisés, sur des chaussettes en coton un peu mouillées.

C’est aussi sûrement ainsi, un matin de mai, dans un esprit inspiré, que le premier bijou d’anus est né…

C’est alors que jaillit soudain une fusée ! Surgissant de nulle part, le chat de mon conjoint déboule, l’air passablement énervé. Le voilà qui décoche un sévère coup de patte au bourdon, lui assénant une claque magistrale en plein citron !

J’entends Paf ! puis Bzziouuuuuuuuu… Ensuite, plus rien.

L’inspiration sonnée, je vois le bourdon, assommé, chuter et se planter dans le gazon encore tout frais…

–  Tu crois que ça ennuierait le printemps d’aller sonner à côté ? On s’entend plus ronfler ! semble-t-il m’indiquer, à moitié réveillé.

Ca ne marchera jamais…!

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– Minou… Parfois, ce blog, je me dis que c’est une idée débile… Ce que je raconte n’a absolument aucun intérêt !

Pause.

– Bon, tu me diras, est-ce qu’un petit parasol en bois sur une boule de glace a de l’intérêt ? Non. Et pourtant, l’idée a eu du succès.

Nouvelle pause.

– Un jour, y’a quand même un gars qui a inventé le saladier troué… Un autre, les boules carrées… Quand même, ça donne à méditer !

A la troisième pause, je le vois qui hoche la tête.

– Ah ça, mon cœur, y’a des tas d’idées ridicules qui ont marché… T‘as même pas besoin de chercher aussi loin : regarde, par exemple, notre relation ! Si ça, c’est pas une idée à la con !

Quand je suis stressée, il trouve toujours les mots pour me réconforter !

Inspiration et petites culottes

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– Touche pas, là ! Tu vois bien que j’ai mis une culotte « journée grosse patate » !

Je souffle.

– J’ai ramé toute la journée… J’ai rien fait de bon… Tout était nul : les phrases, le rythme, y’avait rien qui allait !

– Attends… Si j’ai bien compris, tu choisis tes culottes en fonction de ton humeur ?

Je le fixe, surprise.

– Ben, évidemment !

Oh l’autre…

Se trouver de nouvelles facultés

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– Maman, me dit-il alors que je suis concentrée, pense très fort à un chiffre entre 1 et 4 !

J’étais justement sur le point de m’ennuyer…

– Hum… ok, c’est bon.

– 3 !

– Tiens… Et comment t’as deviné ?

– 2 c’est pair, trop simple, et personne ne choisit jamais les chiffres des extrémités !

Ca y est, mon fils est officiellement mentaliste.

Maman, j’ai une responsabilité !

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L’ordinateur me retient en otage toute la journée. Arrivent 16h30 et le bonheur de respirer l’air frais pour aller chercher les enfants, d’un pas guilleret.

Ce soir-là, je vois ma fille sortir en souriant et s’élancer vers moi :

– Maman ! s’exclame-t-elle, toute contente. Ca y est ! J’ai eu une responsabilité !!!

Depuis le temps qu’elle attendait… Elle a l’air plus heureuse que jamais !

En effet, tous les vendredis après-midis, le maître organise un mini-conseil de classe. Les élèves volontaires peuvent ainsi se porter candidat pour des charges qu’ils assumeront la semaine suivante. Au terme d’un vote, les différents rôles sont alors attribués ; sont ainsi désignés le responsable des carnets, celui en charge du tableau, le gardien du silence, etc… Jusque-là, c’est vrai, elle n’en avait jamais décroché.

Super !!! Toutes mes félicitations, mon ange… Alors, raconte ! T’as gagné quelle responsabilité ?

Elle lève les bras en l’air et s’écrie, toute joyeuse :

Je vais m’occuper des poubelles !!! 

Je jette rapidement un coup d’œil circulaire ; les visages autour de nous s’animent d’un sourire qui se veut solidaire.

– C’est vraiment génial, ma chérie…

Avant de poursuivre, baissant la voix :

– Monte vite dans la voiture.

Les conseils (du jury de The Voice) #3

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Avec les enfants, on se cale souvent devant The Voice le samedi soir. Oui, nous aussi, on a un avis d’expert à faire valoir.

Je regarde Amel Bent consoler une jeune fille éplorée… Aucun des quatre jurés ne s’est retourné.

Cette dernière tente de la rassurer :

– De toutes façons, que tu chantes sous la douche ou devant une salle comble, le plus important, tu sais, c’est de chanter !

Aussitôt, je manque de m’étrangler :

– Mais bien sûr ! J’imagine, si un éditeur me sortait un jour “Mademoiselle M, vous savez, que vous écriviez des sms ou des romans à succès, le plus important, vous savez, c’est surtout que vous écriviez”… 

Pause.

– Et bé ? Continue, M’man… Qu’est-ce que tu dirais ?

– Rien… Par contre, il prendrait gentiment mon portable dans le nez !

(En me relisant, je ne peux m’empêcher de m’interroger… Cet article risque-t-il de saborder mes chances d’être éditée ?)

Petite peine de cœur

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Du coin de l’œil, je regarde mon fils. Il est installé sur le canapé du bureau, juste en face de moi. Il a l’air triste…

Soucieuse d’un éventuel problème, je lui demande :

– Ca va, mon petit chat ?

D’ordinaire, il aurait bondi en m’entendant prononcer ces mots… Or il ne réagit pas, ce qui a pour effet de m’inquiéter encore davantage. 

– Bof… Avec ma copine, aujourd’hui, on s’est séparé…

Aussitôt, je lâche mon clavier et tourne la tête vers lui, l’air sincèrement navré :

– Oh mon cœur, je suis désolée…

Il lève simplement les épaules en réponse.

– Et… c’est elle qui a décidé de rompre, ou c’est toi ?

– Nous deux….

Moment de silence.

– N’empêche, ça faisait trois mois qu’on était ensemble… Ca me fait quelque chose, tu comprends…

– J’imagine…

Il me regarde, le visage grave :

– Ben oui… C’était quand même ma douzième !

Heureusement que mon fauteuil a de solides accoudoirs !

Garder la ligne, coûte que coûte !

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Ma fille :

– Maman, tu montes pas manger une glace avec nous ?

– Désolée ma chérie, mais faut que je finisse ce chapitre…

Elle fronce les sourcils, contrariée.

– J’en ai marre  ! Tu travailles tout le temps… Tu fais que ça, travailler !

– Je sais…

– T’as jamais pensé que ton livre, il plairait peut-être à personne ?

Elle ouvre le score, la chipie : 1-0.

– J’avoue que ça m’a parfois traversé l’esprit, en effet…

– Ben pourquoi tu continues, alors ?

Je la regarde droit dans les yeux, sans me départir d’un grand sourire :

– A ton avis, ma chérie ?

Elle réfléchit un moment, puis répond :

– Franchement, j’en sais rien du tout !

Je me penche alors vers elle :

– Tu veux vraiment savoir la vérité ?

– Oui…

– Tu en es sûre ?

Elle opine du chef.

– Très bien, je vais te le dire alors.

D’une main, je lui soulève une mèche de cheveux et lui chuchote à l’oreille :

– Ca m’aide… pour mon régime.

Je me recule et lui adresse un clin d’œil complice sous son air blasé…1 partout, jeune fille !

Je souris. Et quoi ? Ecrire un roman pour garder la ligne, ça se tient, non ?

Arriba ! Arriba !

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Je suis au lit, en train de lire. Comme disait Stephen King dans ses mémoires, si vous voulez devenir écrivain, il y a deux choses que vous devez faire : lire beaucoup et beaucoup écrire.

Soudain, je vois sa silhouette passer du coin de l’œil ; il sort de la douche. Je lève aussitôt la tête :

– Tiens, t’as acheté un nouveau caleçon ?

– Il est coloré, t’as vu ? Ca change un peu !

Il fait un tour, tout fier.

Je le regarde, et souris :

– Hum… Tu sais quand même que t’as écrit Dia de los muertos sur le derrière…

Tout à coup, je vois qu’il est déçu, le pauvre… Je ris intérieurement et replonge mon nez dans mon bouquin. J’aurais peut-être dû me taire, après tout… Il avait l’air si content !

T’as pris tes boulettes mon fils ?

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Samedi matin.

Mon grand est invité à passer le week-end chez son copain.

Il est 5h30, mon conjoint se lève et me voit devant l’ordinateur :

– Tu travailles déjà mon cœur ?

– Oui… Je n’arrivais plus à dormir.

Il me pose une main sur l’épaule et sourit.

– Ne t’inquiète pas, tout se passera bien.

– Oh, je ne m’inquiète pas… Je n’ai aucune raison de m’inquiéter, il a d’excellents résultats scolaires… En plus, il n’a quasiment pas de devoirs pour la semaine. Je ne vois pas pourquoi j’aurais refusé qu’il parte, si ça lui fait plaisir…

– Mon coeur… Il va passer le week-end chez un copain, il ne met pas en péril son année scolaire !

Pourquoi il me dit ça, l’autre ? Je le sais très bien !

– T’as peur de quoi ? Qu’il se fasse percer l’arcade ? Qu’il revienne avec un anneau dans le nez, avec la crête et les bords du crâne rasés ??? (Il sourit à nouveau). Tu crois quand même pas qu’on va le retrouver avec des tatouages partout sur le corps et des plumes accrochées aux oreilles ?

Non, bien sûr que non ! Je secoue la tête, blasée.

Il éclate de rire : 

– Imagine : lundi il fume de la drogue, jeudi il vire junkie… on est pas dans la merde le week-end prochain ! T’as raison, c’est trop risqué : mieux vaut annuler.

7h30. Le moteur démarre, je lève la main pour dire au revoir à mon fils : il a le sourire jusqu’aux oreilles ! Je le regarde partir jusqu’à ce que je ne voie plus la voiture… C’est plus fort que moi. Je pense : « j’espère quand même qu’il n’a pas oublié son doudou… »

T’as beau râler : quand t’as pas de bol, ben… t’as pas de bol !

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Ma fille, 8 ans, pensive :

– Maman, pourquoi je suis pas un garçon ? C’est trop nul…

– Ah ça, ma chérie, c’est la nature qui décide.

– T’as bien choisi toi, pour Moustache !

– Oui, mais je te rappelle que c’est un personnage de roman. Dans la vraie vie, on ne décide pas de naître fille ou garçon : on a une chance sur deux !

Elle réfléchit quelques secondes, puis s’énerve :

– Pourquoi c’est toujours moi qui tombe sur deux ???!?

Encore une question de taille

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– Ca va pas mon cœur ? T’as l’air contrariée.

– C’est ce chapitre, là, qui m’énerve !!! J’essaye de le réduire, il est beaucoup trop long ! Si je le coupe en deux – j’y ai bien pensé – je me retrouve avec deux minis-chapitres et ça ne va pas non plus !!!

Il secoue la tête, pensif.

– On a beau dire, la taille, ça compte… Personne ne veut d’une toute petite bière !

– Merci minou. Ca m’aide beaucoup ce genre de réflexion.

Y’a de l’enjeu !

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Dans la journée, il arrive parfois que mes enfants me manquent. Du coup, ça peut m’échapper au dîner…

Moi, à mon fils (11 ans) :

– Tu as vu la quantité de pâtes que tu t’es servi ? Tu ne mangeras jamais tout ça mon amour !

– On parie quoi, M’man ?

– Un bisou ?

A sa tête, j’ai vu tout de suite qu’il était déçu.

Les conseils sont toujours bons à prendre #2

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J’ai aussi sollicité Virginie, une copine professeure des écoles.  Elle a été l’institutrice d’un de mes enfants et, à force de nous côtoyer, nous sommes devenues amies.

En plus de cuisiner les meilleures quiches de restes de toute l’Occitanie (!), c’est une très grande lectrice :

– Y’avait des fois, franchement, je me marrais toute seule !

J’ai essayé d’améliorer les passages qu’elle préférait pour en faire les moments forts du récit. Ses conseils m’ont également incitée à ajouter encore plus de relief aux personnages.

Carine, de son côté, a de suite tiqué sur le titre :

– Je trouve que ce serait plus accrocheur d’ajouter Moi, juste avant Moustache.

J’ai évalué une poignée de secondes cette possibilité… Moi, Moustache… avant de l’écarter : ça me faisait trop penser à Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée, Prostituée. Franchement, je pouvais pas !

Y’a des associations d’idées, comme ça, qui m’interdisent certaines tournures. J’écris « mine de rien » je pense « mine de crayon » dans la foulée. C’est nul mais c’est un réflexe quasi pavlovien. Je n’arrive plus à dire « si tu savais, j’étais dans un état… » : j’imagine aussitôt à quoi ressemble « l’Ohio », avant de reconnaître une fois de plus ô combien c’est débile.

Je fus cependant reconnaissante à Carine pour sa remarque : après y avoir bien réfléchi, j‘en étais arrivée à la conclusion que Moustache se suffisait à lui-même ! A cette idée, je n’ai pu m’empêcher de sourire…

J‘aime profondément  mon personnage principal. Son arrogance est une merveilleuse source d’inspiration. J’imagine souvent quelle serait sa réaction, placé dans telle ou telle situation, toutes plus improbables les unes que les autres. Au fur et à mesure de l’écriture des tomes, j’ai forcé les traits de son caractère et je le pressurisais dès que possible. Le pauvre… Qu’il se rassure, dès que j’ai fini mes corrections il pourra partir en thérapie : j’attends un peu avant de me lancer dans le tome 4.

Par contre, j’ai une confession à vous faire.

J’ai rayé ma copine Séveu de ma liste de lecteurs-tests.

Je l’adore, attention, le problème n’est pas là. Mais depuis vingt ans qu’on se connaît, je n’ai jamais réussi soutirer un avis critique constructif : même si j’avais une gigantesque éruption cutanée sur le visage, un herpès labial qui me déformait la lèvre supérieure et un soudain strabisme convergent, elle serait capable de me dire que j’ai bonne mine ! Et elle le penserait vraiment, en plus (si si !).

Une jour, je m’en souviens, on passait les vacances d’été ensemble et elle a choisi le dernier yaourt sur la table des desserts. Il était à la fraise. Juste après, elle s’est sentie obligée de préciser :

– C’est parce que j’aime la fraise…

Avec Marlène, on a éclaté de rire !

– Arrête de te justifier, Séveu ! qu’elle lui a dit. Mange-le, ton yaourt à la fraise !

Cependant, c’est mon amie depuis la classe prépa, je lui ai quand même fait lire mes livres. Et vous savez quoi ?

Aussi étonnant que cela puisse sembler, elle n’a pris aucunes pincettes pour me balancer qu’elle avait trouvé ça nul… Elle m’a dit que je n’avais absolument aucun talent, et que jamais un best-seller ne sortirait de ma plume. Que je pouvais m’arrêter là : je n’avais pas le niveau, selon elle. Je dois avouer que, venant de sa part, ça m’a quand même fait un truc…

Mais non, voyons, il est bien évident que je plaisante !

Elle n’aurait jamais pu dire cela, pour la simple et bonne raison qu’elle aurait été victime d’une combustion spontanée inexpliquée bien avant que le premier mot ne sorte de sa bouche. En outre, sous l’effet du choc, la Terre se serait probablement fendue en deux, ce qui fait que vous l’auriez senti vous aussi.

En vérité, j’ai ajouté un brin de suspens car ce qu’elle a pensé de mon travail ne va pas beaucoup vous surprendre : elle a a-do-ré, naturellement… et du début à la fin, s’il vous plaît !!! On dira ce qu’on voudra, mais ça fait toujours du bien.

Logique homme-femme

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Le jour de la Saint-Valentin arrive.

Je souffle :

– Minou, t’aurais franchement pu penser à organiser quelque chose !

– Mon cœur, t’arrêtes pas de répéter que t’as du boulot par-dessus la tête…

– Et toi, tu t’es pas dit que ça aurait été l’occasion de faire un break ?

Il secoue la tête.

– Très sincèrement, j’étais sûr que tu m’enverrais balader…

Je croise les bras, déçue.

– Tu aurais voulu faire quelque chose ?

– Evidemment ! dis-je en haussant les épaules.

– Et pourquoi tu me l’as pas dit alors ?

Je le fixe, les yeux ronds :

Mais enfin… Parce que c’est évident !!!

Entre lui et moi, le problème, c’est toujours ce vieux rond-point en plein milieu !

Leçon de cuisine

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Ma demande de disponibilité vient d’être acceptée.

C’est l’été, la plage est bondée et j’ai des projets plein la tête.

Ma fille a installé son petit restaurant gastronomique en bord de mer, elle s’amuse à jouer les serveuses :

– Bonjour Madame ! dit-elle en s’inclinant. Que souhaitez-vous manger ce midi ?

Je souris avant de lui donner la réplique :

– Je ne sais pas… Vous avez un menu du jour, peut-être ?

– Euh… Ben non !

Michelin n’a qu’à bien se tenir.

Je fais semblant d’hésiter :

– Bon… Eh bien, je ne sais pas… Et si je me laissais tenter par des lasagnes épinards ? Vous croyez que ce serait possible ?

Toute contente, elle acquiesce.

– Avec un verre de limonade et un café allongé, s’il vous plaît.

– Très bien !

Elle tourne ensuite les talons, se rapproche de la grève et s’accroupit pour me préparer une belle assiette de sable. Miam miam… J’en salive à l’avance !

Je la regarde s’affairer, les yeux remplis de tendresse. Avec son râteau, sa pelle en plastique et son gobelet Pat-Patrouille, le service s’annonce aux petits oignons !

Je me dis qu’il faut absolument que je m’inspire d’elle pour un des personnages de mon roman.

Quelques minutes plus tard, la voilà tout à coup qui se retourne et qui m’interpelle de sa voix stridente :

– Mamaaaaan !!!

– Ne crie pas comme ça, tu vois bien qu’il y a des gens autour de nous !

– Tu m’as dit que tu voulais quoi, déjà, avec ton pinard ?

Doux Jésus…

Les premiers conseils #1

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C’est Caro (ma copine psy) qui m’a conseillé la première d’ouvrir un blog :

– Faudrait que tu échanges autour de ton travail, ça te permettrait de te faire connaître !

Sa réflexion m’a étonnée… Elle qui déteste aller sur les réseaux sociaux !

Cependant, le conseil était pertinent, j’y repensais régulièrement.

Quand j’ai terminé mon troisième tome, au début du mois de février, je m’y suis collée. Après tout, je n’avais pas grand chose à perdre (si ce n’est d’égratigner un peu ma fierté… et quand bien même, je me suis dit que je m’en relèverais).

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’ouvrir enfin mon blog.

Ma copine Marlène, elle, est prof de lettres en collège. Elle m’a tout de suite annoncé la couleur :

– Je te préviens, la litté jeunesse, c’est pas ma came ! J’ai même bâillé en lisant Harry Potter, t’imagine !

Du coup, je me doutais qu’elle serait sévère.

Je lui ai quand même transmis mon manuscrit, ça n’a pas loupé : elle s’est ennuyé prodigieusement ! Cela dit, elle m’a corrigé toutes les fautes et m’a fait discrètement passer une fiche récapitulative concernant l’usage du passé simple dans le récit… Je l’en remercie.

Avec le recul, je dois reconnaître qu’en effet, au début, la description de mes actions laissait à désirer. Ses conseils m’ont beaucoup fait progresser !

Marion, mon ancienne collègue documentaliste avec qui j’ai partagé un bureau pendant sept ans, m’a dit qu’on ne pouvait pas cueillir de mûres à l’automne… Finement observé ! ai-je de suite pensé.

Après, elle m’a dit qu’on pouvait toujours les acheter surgelées… Mais j’ai préféré mettre une bonne vieille tarte aux quetsches entre les mains des Marchal.

A la fin de sa lecture, elle m’a dit :

– Le problème, c’est que je n’arrive plus à savoir si un roman est bon ou pas. En trente ans de carrière, j‘en ai tellement lu ! Et faut avouery’avait quand même pas mal de navets… Je me suis souvent demandé pourquoi on éditait celui-ci plutôt que celui-là. Parfois, vraiment, je comprenais pas !

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si on regardait le bon côté des choses, c’était encourageant !

Au final, elle a beaucoup aimé ce premier manuscrit. Elle a enchaîné les deux autres tomes dans la foulée ! Yes !!!

Les enfants, on est à la bourre !

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L’année dernière, je travaillais encore à temps plein.

Tous les matins, c’était le même rituel :

– Les enfants, dépêchez-vous, on va être à la bourre !!

J’étais le petit lapin d’Alice. Je les pressais comme des citrons :

Vite, habille-toi ! Il ne vous reste que dix minutes pour déjeuner ! T’aurais pas pu me faire signer ça hier soir, c’est une blague ? Vous vous êtes brossés les dents ? Fais sentir ! Mouais, t’as pas trop insisté… Allez, mettez vos chaussures. Et ta veste ? Tu l’as oubliée à l’école ? Quoi ? Du parfum ? Purée mais on n’a pas le temps !!! Mais non, ne pleure pas pour ça ! Bon allez viens.

Tous les matins, à 7h25, ils y avaient systématiquement droit. La phrase changeait selon l’humeur, mais c’était toujours la même :

– Mince, on est à la bourre ! (en jetant un coup d’œil sur la montre.)

– S’il vous plaît, les enfants, j’aimerais bien qu’on soit pas à la bourre, pour une fois… (petit air suppliant, au cas où ça marcherait…)

– On va encore être à la bourre ! (fallait se rendre à l’évidence : c’était une fatalité !)

Un jour, ma fille fronce ses petits sourcils devant moi et me dit, très sérieusement :

– Maman, j’ai une question…

– Oui ?

– En fait, c’est où, « la bourre » ?

Je peux chercher le numéro de Leonardo Di Caprio sur Internet ?

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– Maman, je peux faire une recherche sur Internet ?

– Bien sûr mon chat. C’est pour l’école ?

– Non, je cherche juste le numéro de Leonardo Di Caprio.

Sourire.

– Crois-moi, si on pouvait le trouver sur Internet, je l’aurais appelé depuis longtemps !

– Pourquoi ?

– Ben, pour lui demander de m’épouser !

Stupéfaction.

– Quoi ? Et Loïc alors ? Tu préfères Leonardo Di Caprio à Loïc ? Mais c’est dégueulasse !

J’ai essayé. J’ai pas réussi à culpabiliser.

Accepter de prendre des râteaux !

Mis en avant

« Malgré ses qualités, votre roman ne correspond pas à notre ligne éditoriale »… Ca ressemble un peu à cette phrase qu’on a tous entendue dans notre vie (il y a toujours des petits chanceux, c’est vrai) : « je t’aime bien, mais je préfère qu’on reste amis ».

C’est ce qu’on appelle un gros râteau !

Et donc, Moustache : 6ème râteau ce matin…

Arrrrrrrrgh… J’en ai marre, je vais aller élever des chèvres en Patagonie ! Je partirai avec mon vieux pull, elles me prendront pour une cousine !

Bon, calmons-nous et réfléchissons.

Twilight, Stephanie Meyer : 14 refus !

Carrie, Stephen King : 30 refus !

Harry Potter, J. K. Rowling : 12 refus !

Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, Robert Pirsig : 121 refus ! Oui, 121, vous avez bien lu ! (cela dit, on ne va pas se mentir, c’est vrai que y’a quelque chose avec le titre…)

Allez, on range le pull sous l’oreiller et on se motive !

Chapitre 11 : De froides retrouvailles

Précédemment dans l’histoire :

 Annie, Franck et les enfants ont été chercher Mamie Henriette à la gare. Ils viennent juste de rentrer. Pendant que Franck s’occupe de décharger le coffre plein à craquer, Moustache détaille l’arrivée des invités.

C’était une vision des plus horribles.

Une petite boule de poils, frisée, toute blanche, sortit de la voiture en gigotant. Ce ne pouvait être que Rousquille, aucun doute !

En bon soldat obéissant, le caniche descendit du véhicule et vint se poster à côté de sa maîtresse. C’est là que ma vue se brouilla. Je fus pris d’un violent vertige, perdis l’équilibre et sentis mon corps basculer dangereusement en arrière… Par chance, un heureux réflexe me fit agripper une branche voisine, évitant ainsi une chute de plusieurs mètres !

Le cœur battant, je remontai péniblement sur mon poste d’observation, et attendis quelques secondes de reprendre calmement mes esprits. Quand je réussis enfin à poser à nouveau mon regard sur elle, mon estomac, déjà noué, se resserra encore davantage.

Ce qui se trouvait sous mes yeux dépassait de loin mes pires cauchemars. Un caniche de petite taille, au dos bien droit, toiletté de frais, à en juger par son poil brillant et bien taillé, se tenait sagement aux pieds de la gorgone*.

La tête bouclée, légèrement oblique, Rousquille attendait patiemment qu’on lui dise quoi faire et où aller. Au premier abord, elle paraissait tout à fait inoffensive… Cependant, son regard ne trompait pas : il étincelait d’arrogance et de fierté !

J’étais paniqué.

Si, de là où je me trouvais, sa simple vue me provoquait déjà une telle émotion, qu’adviendrait-il lorsque nous serions face à face l’un de l’autre ? Sans surprise, une évidence s’imposa à moi : elle n’avait pas posé une patte dans la maison que je la détestais déjà !

Dans tous les lieux que j’avais fréquentés, on clamait haut et fort que les caniches étaient les pires. Et de loin, parmi toutes les races de chiens. Ils étaient insupportables. Malcolm, le chat de Mme Lebrin, en savait quelque chose : une amie du cousin de la tante de la fleuriste en possédait un, c’était dire s’il connaissait le sujet ! Il nous rejoignait parfois le soir, derrière le local poubelle de la mairie, et nous racontait à quoi il assistait.

Il ne mâchait pas ses mots quand il en parlait. Pour lui, les caniches étaient de véritables plaies… Des tortionnaires de l’ouïe, qu’il disait. Je le croyais bien volontiers. Des alarmes ambulantes, qui aboyaient au moindre bruit. Et réputés, par-dessus le marché, pour être aussi gâtés-pourris qu’un nouveau-né ! Manifestement, cela ne s’arrangeait pas avec les années… Ils devenaient de pire en pire, précisait-il, à mesure que leurs maîtres vieillissaient.

Je regardai Henriette, avant de frissonner. Cette vieille mégère était tout sauf le perdreau de l’année…

– Avance ma chérie, commanda-t-elle.

– Oui, laisse-moi juste fermer le coffre et j’arrive, lui répondit sa fille.

– Mais enfin, fit l’autre d’un air consterné, ce n’est pas à toi que je parle, Annie. C’est à Rousquille voyons !

Franck leva le pouce en direction de sa femme, avant de lui sourire. En retour, cette dernière haussa les épaules, une expression fataliste sur le visage. Réussir à communiquer pour elles, c’était un peu comme traverser un carrefour à une heure de pointe : même si l’objectif était simple, des obstacles rendaient toujours la tâche très compliquée.

Pendant ce temps, Caroline et Samuel s’étaient avancés sur le palier. Ils attendaient qu’on leur ouvre la porte. Je les observai, de plus en plus inquiet : tous les deux tiraient des têtes d’enterrement !

Annie leur adressa un signe de tête, les encourageant du regard à dire un mot à leur grand-mère afin de réchauffer un peu l’atmosphère.

Samuel, qui était le plus conciliant des deux, s’y colla à regrets :

– Alors ? Pas trop fatiguée du voyage, Mamie ? la questionna-t-il sans grand enthousiasme.

Cette dernière les toisa avec la mine d’un banquier qui s’adresserait à des clients à découvert.

– Ma foi, je ne suis pas du genre à me plaindre…

Le frère et la sœur échangèrent un regard complice. J’en compris la nature en entendant la suite, et ne pus m’empêcher de sourire.

– Maintenant qu’on en parle, entre le bruit du train, les arrêts à répétition et les gens pendus au téléphone, ce n’était vraiment pas un parcours de santé…

Il y eut un silence.

– Enfin, je suis arrivée, acheva-t-elle d’une voix lasse, c’est l’essentiel.

– Ouais… Heureusement que tu n’es pas du genre à te plaindre…, lui rétorqua Caroline sans sourciller.

Henriette resta figée un instant, la mine déconfite.

En réaction à l’effronterie de sa petite-fille, elle émit un profond soupir et, juste après, un nouveau silence gêné s’installa dans la tiédeur du soir qui tombait. 

Le malaise était palpable. Annie fusilla sa fille du regard et, tandis que la petite chipie lui retournait un sourire faussement innocent, elle saisit l’occasion d’informer Henriette des dispositions prises quelques heures plus tôt avec son mari :

– Franck va monter tes affaires dans la chambre de Sam. Nous avons pensé que tu serais plus tranquille à l’étage…

– Pourquoi ce changement ? réagit l’autre immédiatement. Le canapé du salon me convenait très bien la dernière fois !

– Je pensais que tu serais mieux installée… Tu disais que les passages te dérangeaient.

Cette réponse sembla vivement la surprendre.

– Cela m’étonnerait !

Elle tira sur sa manche d’un air pincé.

– Je sais parfaitement m’adapter, ce n’est pas la peine de tout chambouler…

Les regards des enfants se croisèrent une seconde, suffisante pour comprendre. A nouveau, je souris.

– Si tu préfères le canapé, on est toujours à temps de changer…

– Si c’est que vous avez décidé, je m’y conformerai. Loin de moi l’idée de perturber l’organisation adoptée ! Après tout, pour le temps que je vais rester… Une petite semaine, c’est bien ce que vous avez dit ?

– Oui. Enfin… Si tout se passe comme prévu. Nous partons tôt demain matin.

Annie jeta un bref regard vers ses enfants.

– Nous rentrerons aussi vite que possible, c’est promis.

– Hum… J’espère bien. Il ne manquerait plus que vous profitiez de l’occasion pour partir en vacances ! retourna-t-elle à sa fille, d’un ton ouvertement soupçonneux.

Franck prit une profonde inspiration, rassemblant toute sa patience avant de répondre :

– Si seulement. Cela nous ferait le plus grand bien, croyez-moi !

Henriette fronça ses narines, puis épousseta le dessus de son épaule sur laquelle une poussière imaginaire venait de tomber.

– Voyez-vous, j’ai dû jongler pour me libérer, enchaîna-t-elle dans la foulée, faisant ainsi valoir un emploi du temps chargé.

Je devinai à la tête d’Annie que cette dernière n’en croyait pas un mot. Cependant, elle se garda de tout commentaire, et passa ensuite aux remerciements d’usage :

– En tous cas, nous te remercions d’avoir accepté de garder les enfants cette semaine. Cela leur fait très plaisir de te voir ! dit-elle, adressant un regard suppliant à ces derniers, qui les priait d’acquiescer.

Ce qu’ils firent, de bien mauvaise volonté.

– Nous sommes ravis…, entendis-je Samuel articuler.

On aurait dit que cette phrase avait été prononcée par un automate enrayé.

Henriette ne releva pas. Elle tira un petit coup sec sur la laisse, puis s’avança vers la maison. Les membres de la famille lui emboîtèrent le pas. Et, une fois les bagages rentrés, Franck referma la porte sur cette nouvelle vie qui s’annonçait.

Le claquement de la porte, qui m’était pourtant si familier, me fit étrangement sursauter. Ma nervosité n’avait cessé d’augmenter depuis leur arrivée.

Maintenant que je les avais observés, j’en étais persuadé : même si je m’y étais préparé, j’avais sous-estimé nos invités. La semaine promettait d’être plus compliquée que je l’imaginais.

* gorgone : créature de la mythologie grecque, elles sont souvent représentées comme des monstres.