Logique homme-femme

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Le jour de la Saint-Valentin arrive.

Je souffle :

– Minou, t’aurais franchement pu penser à organiser quelque chose !

– Mon cœur, t’arrêtes pas de répéter que t’as du boulot par-dessus la tête…

– Et toi, tu t’es pas dit que ça aurait été l’occasion de faire un break ?

Il secoue la tête.

– Très sincèrement, j’étais sûr que tu m’enverrais balader…

Je croise les bras, déçue.

– Tu aurais voulu faire quelque chose ?

– Evidemment ! dis-je en haussant les épaules.

– Et pourquoi tu me l’as pas dit alors ?

Je le fixe, les yeux ronds :

Mais enfin… Parce que c’est évident !!!

Entre lui et moi, le problème, c’est toujours ce vieux rond-point en plein milieu !

Leçon de cuisine

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Ma demande de disponibilité vient d’être acceptée.

C’est l’été, la plage est bondée et j’ai des projets plein la tête.

Ma fille a installé son petit restaurant gastronomique en bord de mer, elle s’amuse à jouer les serveuses :

– Bonjour Madame ! dit-elle en s’inclinant. Que souhaitez-vous manger ce midi ?

Je souris avant de lui donner la réplique :

– Je ne sais pas… Vous avez un menu du jour, peut-être ?

– Euh… Ben non !

Michelin n’a qu’à bien se tenir.

Je fais semblant d’hésiter :

– Bon… Eh bien, je ne sais pas… Et si je me laissais tenter par des lasagnes épinards ? Vous croyez que ce serait possible ?

Toute contente, elle acquiesce.

– Avec un verre de limonade et un café allongé, s’il vous plaît.

– Très bien !

Elle tourne ensuite les talons, se rapproche de la grève et s’accroupit pour me préparer une belle assiette de sable. Miam miam… J’en salive à l’avance !

Je la regarde s’affairer, les yeux remplis de tendresse. Avec son râteau, sa pelle en plastique et son gobelet Pat-Patrouille, le service s’annonce aux petits oignons !

Je me dis qu’il faut absolument que je m’inspire d’elle pour un des personnages de mon roman.

Quelques minutes plus tard, la voilà tout à coup qui se retourne et qui m’interpelle de sa voix stridente :

– Mamaaaaan !!!

– Ne crie pas comme ça, tu vois bien qu’il y a des gens autour de nous !

– Tu m’as dit que tu voulais quoi, déjà, avec ton pinard ?

Doux Jésus…

Chapitre 3 : Piégé

Les Malloré habitaient une maison modeste mais très coquette, construite en briques rouges. Elle avait des fenêtres en bois, sur le rebord desquelles étaient suspendues des jardinières de pétunias. Les fleurs embaumaient l’air, dès que le soir tombait…

Dès mon arrivée, ce parfum fut pour moi le symbole de ce que je considérais être mon foyer : il n’avait rien à voir avec l’odeur infecte qui régnait dans ma ferme natale… Je ne regrettai pas une seconde d’avoir laissé le fumier aux poules !

Une allée de graviers et deux petites marches en béton menaient à la porte d’entrée. Je me dirigeais toujours vers l’odeur des pétunias pour rentrer : au fil des années, les Malloré avaient pris l’habitude de laisser la fenêtre ouverte, juste derrière, donnant sur la cuisine. En effet, je les avais bien dressés !

La première fois, cet oubli m’avait fortement contrarié. Pendant trois jours, j’avais boudé, les Malloré étaient partis se coucher avant que je ne sois rentré, j’avais été obligé de passer la nuit sur la terrasse. En vérité, j’aurais dû plutôt les remercier.

Le jardin prolongeait la terrasse en un tapis végétal hirsute, très mal entretenu. Il s’achevait sur une rangée de haies mal taillées. Contrairement à leurs voisins, les Malloré semblaient être fâchés avec la tondeuse !

Cet après-midi-là, donc, je jouais tranquillement dans la pelouse. Je m’amusais à faire des petits bonds, en chassant les moucherons qui vibrionnaient en nuées au milieu des herbes hautes. Ces dernières me chatouillaient le ventre à chaque saut. Ca me faisait rire, mais rire !

Une des constructions des enfants était dissimulée sous une touffe d’herbes. Un cube en bois que je n’avais pas vu. Les enfants non plus, j’imagine, puisqu’ils avaient oublié de le ranger. Je payai leur étourderie au prix fort : au bond suivant, j’atterris tête la première à l’intérieur !

Ce choc inattendu fit basculer la boîte. Elle se renversa, et le plateau du dessus se referma sur moi. La dernière chose que j’entendis fut le bruit sourd du couvercle qui scellait mon sort : l’instant d’après, j’étais piégé.

Avec un peu de recul, il était évident qu’un jour ou l’autre, quelqu’un allait se blesser dans ce jardin. C’était une véritable jungle ! L’idée de leur en toucher deux mots me traversa l’esprit avant que cette dernière ne cède la place à une indescriptible panique : malgré mes efforts, je ne parvenais plus à sortir.

Je poussai des pattes avant sur le dessus : impossible de soulever le couvercle ! Le système de fermeture était grippé. Il avait dû rouiller, avec la chaleur et l’humidité. 

Très vite, je me mis à suffoquer. Palpitations, sueurs froides : je ressentais tous les signes d’angoisse.

Je me forçai à réfléchir, essayant de calmer ma respiration qui s’emballait. Je saisis ma première idée au vol. Je tentai de faire basculer le cube sur le côté. J’appuyai de toutes mes forces. Quand il se retourna d’un coup, mon estomac lui succéda : cette sensation de déséquilibre m’avait donné une violente nausée, et je faillis rendre mon déjeuner.

Je me mis à gesticuler dans tous les sens. Rien n’y faisait : le couvercle ne bougeait pas d’un poil. Soudain, je sentis un frisson glacial me raidir la nuque. Je dus me rendre à l’évidence : j’étais fait comme un rat !

Durant les heures qui suivirent, j’appelais désespérément à l’aide, encore et encore. Les Malloré ne m’entendirent pas : ma voix fluette de chaton s’évanouissait dans l’air avant même d’avoir atteint la terrasse… Je miaulai ainsi tristement, jusqu’à la nuit tombée, sans succès. Avant de se coucher, le soleil emporta mon dernier geignement. Ensuite, je n’eus plus la force de rien.

J’attendis en silence qu’un éventuel miracle survienne. Quand la nuit fut tout à fait noire, j’avais définitivement perdu tout espoir : j’allais mourir là, abandonné de tous… C’est alors qu’il me sembla entendre le feuillage bruisser légèrement.

Aussitôt, je dressai l’oreille et fit l’effort de bloquer ma respiration. J’écoutai. Le bruit était imperceptible, mais il était là. 

Tout à coup, la possibilité de ne pas finir comme un gâteau sec entre quatre planches de bois me fit sauter de joie ! Je m’empressai de me manifester en criant :

– A l’aide ! S’il vous plaît ! Je suis coincé !

Les lames étroites de ma cellule étaient disjointes par endroits : elles laissaient passer un filet de lumière douce, blanchi par la lune. Je rassemblai mes forces et jetai un coup d’œil au travers. La seconde qui suivit, une brûlante frayeur appuya sur mon abdomen.

Là, tapi dans l’herbe, à quelques centimètres de moi, une mort bien pire que la captivité m’attendait… A cette vue, j’eus le souffle coupé. Je reculai immédiatement me réfugier au fond de la boîte.

Une chose épouvantable brillait dans l’obscurité.

On aurait dit… un œil.

Je veux dire : un œil, seul !

Pareil à un disque de verre, il luisait, là, au milieu les ténèbres. Miroitant à la faveur de la lune, comme s’il flottait dans le vide. Cette vision cauchemardesque envahit mon esprit et me paralysa tout entier : l’instant d’après, je fus tétanisé.

Un affreux dilemme me tortura : valait-il mieux rester là, prisonnier de ce cercueil de bois, en attendant que la mort vienne me cueillir ? Ou bien être dévoré par cette créature maléfique qui m’attendait dehors ? Elle allait me déchiqueter à la première occasion, j’en étais sûr. Elle m’avalerait tout cru. Mon joli pelage lisse et soyeux glisserait sans peine dans son estomac, et c’en serait fini de moi ! Cette perspective me donna des frissons jusqu’au bout de la queue.

Ma cellule me sembla tout à coup terriblement douillette. Je m’y blottis en essayant de me convaincre que ce que j’avais vu n’était qu’une hallucination. La peur me troublait l’esprit, mon imagination s’emballait, voilà tout.

Il y eut un nouveau craquement. La peur fit se resserrer mon cœur un peu plus. Non, dus-je reconnaître, ce n’était pas une invention… Quelqu’un était tout proche. Dans le silence pesant de cette horrible nuit, j’entendis distinctement les bruits de pas reprendre.

La créature se rapprochait. Je sentis mon pouls accélérer encore. Maintenant, elle était tout près : je pouvais sentir le souffle de son haleine fétide derrière les planches de bois.

Soudain, la chose bondit et percuta violemment le cube, provoquant un choc terrible, qui me propulsa en arrière !

Mon assaillant venait de décocher un coup de tête en plein milieu. Le coup fut d’une incroyable sauvagerie, on aurait dit qu’un taureau l’avait chargé !

L’instant d’après, ma cellule de bois roula, fit trois ou quatre tours sur elle-même avant de s’arrêter. Pendant tout le temps que durèrent ces cabrioles, je fus vigoureusement secoué de droite à gauche. Je cognai sur chacune des parois qui m’entouraient sans pouvoir opposer de résistance. 

La créature ne m’offrit que quelques secondes de répit, avant de repartir à l’assaut. Elle bondit sur le haut de la caisse et se mit à asséner des coups d’une extrême violence au-dessus de ma tête, se servant de ses pattes comme s’il s’était agi d’un marteau de plomb : chacun des coups portés fit vibrer mon crâne comme les parois d’un chaudron en fonte ! 

– Au secours ! Laissez-moi tranquille ! hurlai-je sans même avoir conscience des mots qui sortaient de ma gorge.

Ils étaient absurdes. A force de crier, ma gorge elle-même avait perdu sa densité. J’étais à moitié sonné. C’est alors que le couvercle en bois crissa et s’aplatit soudain sur l’herbe.

Trente-six chandelles dansaient encore au-dessus de ma tête, quand je sentis tout à coup l’air frais s’engouffrer dans mes poumons. Je souris bêtement. Cette sensation puissante me ramena vite à la conscience.

La seconde d’après, j’entendis une voix rocailleuse déchirer le silence :

– Hé ben ? T’attends quoi ?

La créature me pressait de sortir. Je m’entêtai à rester immobile, assailli par une peur nouvelle : celle de me retrouver seul, face à elle.

– Sors de là ! éructa-t-il.

J’hésitai un instant, évaluant mes chances de survie. Cette voix n’avait pas l’air très amicale, et son propriétaire venait cruellement de me secouer comme une noix sur un cocotier !

Voyant qu’il ne bougeait pas, je me forçai tout de même à lever la tête, et restai une fraction de seconde ainsi, dévisageant mon prétendu sauveur : une horrible bête étirait son ombre menaçante au-dessus de moi !

Quand elle se pencha vers moi, le museau d’un chat se détacha. Il était là, raide comme un piquet. Dressé sur ses pattes avant, il me fixait sans bouger une oreille. La preuve : son oreille droite était déchirée, et je pouvais voir quelques étoiles briller entre les deux morceaux de cartilage !

En d’autres circonstances, j’aurais peut-être trouvé cela poétique. Cependant, mes yeux descendirent de quelques centimètres et mes poils se hérissèrent immédiatement. Dans l’obscurité, il était difficile de distinguer mon interlocuteur avec précision, le peu que je vis suffit à me glacer le sang…

Ses deux pattes était striées de cicatrices ! A leur vue, je faillis m’évanouir de frayeur… Il les exhibait fièrement, sur le rebord du cube, comme s’il présentait ses trophées de guerre !

Ma vue se troubla. Son épaisse fourrure noire commença à se dédoubler légèrement. Elle était salement amochée. La même couleur opaque recouvrait son corps tout entier, de la pointe des oreilles au bout de la queue, qui battait bizarrement derrière lui. En la regardant de plus près, je vis qu’elle formait un angle inquiétant : elle avait certainement dû être cassée, et ce, à plusieurs reprises.

Mais tout cela n’était pas le plus effrayant. Ce chat avait le regard le plus glaçant que j’ai vu de toute ma vie : il était borgne. Comble de l’épouvante, il maintenait son œil valide sur moi, comme une provocation. Je fermai les yeux et me mis à prier.

– Ca t’écorcherait le museau de dire merci ? Moi, c’est Mike ! J’imagine que c’est toi, le nouveau voisin ?

Je répondis par un timide miaulement.

– Bon… Je vois qu’on a tiré le gros lot !

Les premiers conseils #1

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C’est Caro (ma copine psy) qui m’a conseillé la première d’ouvrir un blog :

– Faudrait que tu échanges autour de ton travail, ça te permettrait de te faire connaître !

Sa réflexion m’a étonnée… Elle qui déteste aller sur les réseaux sociaux !

Cependant, le conseil était pertinent, j’y repensais régulièrement.

Quand j’ai terminé mon troisième tome, au début du mois de février, je m’y suis collée. Après tout, je n’avais pas grand chose à perdre (si ce n’est d’égratigner un peu ma fierté… et quand bien même, je me suis dit que je m’en relèverais).

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’ouvrir enfin mon blog.

Ma copine Marlène, elle, est prof de lettres en collège. Elle m’a tout de suite annoncé la couleur :

– Je te préviens, la litté jeunesse, c’est pas ma came ! J’ai même bâillé en lisant Harry Potter, t’imagine !

Du coup, je me doutais qu’elle serait sévère.

Je lui ai quand même transmis mon manuscrit, ça n’a pas loupé : elle s’est ennuyé prodigieusement ! Cela dit, elle m’a corrigé toutes les fautes et m’a fait discrètement passer une fiche récapitulative concernant l’usage du passé simple dans le récit… Je l’en remercie.

Avec le recul, je dois reconnaître qu’en effet, au début, la description de mes actions laissait à désirer. Ses conseils m’ont beaucoup fait progresser !

Marion, mon ancienne collègue documentaliste avec qui j’ai partagé un bureau pendant sept ans, m’a dit qu’on ne pouvait pas cueillir de mûres à l’automne… Finement observé ! ai-je de suite pensé.

Après, elle m’a dit qu’on pouvait toujours les acheter surgelées… Mais j’ai préféré mettre une bonne vieille tarte aux quetsches entre les mains des Marchal.

A la fin de sa lecture, elle m’a dit :

– Le problème, c’est que je n’arrive plus à savoir si un roman est bon ou pas. En trente ans de carrière, j‘en ai tellement lu ! Et faut avouery’avait quand même pas mal de navets… Je me suis souvent demandé pourquoi on éditait celui-ci plutôt que celui-là. Parfois, vraiment, je comprenais pas !

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si on regardait le bon côté des choses, c’était encourageant !

Au final, elle a beaucoup aimé ce premier manuscrit. Elle a enchaîné les deux autres tomes dans la foulée ! Yes !!!

Les enfants, on est à la bourre !

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L’année dernière, je travaillais encore à temps plein.

Tous les matins, c’était le même rituel :

– Les enfants, dépêchez-vous, on va être à la bourre !!

J’étais le petit lapin d’Alice. Je les pressais comme des citrons :

Vite, habille-toi ! Il ne vous reste que dix minutes pour déjeuner ! T’aurais pas pu me faire signer ça hier soir, c’est une blague ? Vous vous êtes brossés les dents ? Fais sentir ! Mouais, t’as pas trop insisté… Allez, mettez vos chaussures. Et ta veste ? Tu l’as oubliée à l’école ? Quoi ? Du parfum ? Purée mais on n’a pas le temps !!! Mais non, ne pleure pas pour ça ! Bon allez viens.

Tous les matins, à 7h25, ils y avaient systématiquement droit. La phrase changeait selon l’humeur, mais c’était toujours la même :

– Mince, on est à la bourre ! (en jetant un coup d’œil sur la montre.)

– S’il vous plaît, les enfants, j’aimerais bien qu’on soit pas à la bourre, pour une fois… (petit air suppliant, au cas où ça marcherait…)

– On va encore être à la bourre ! (fallait se rendre à l’évidence : c’était une fatalité !)

Un jour, ma fille fronce ses petits sourcils devant moi et me dit, très sérieusement :

– Maman, j’ai une question…

– Oui ?

– En fait, c’est où, « la bourre » ?

Je peux chercher le numéro de Leonardo Di Caprio sur Internet ?

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– Maman, je peux faire une recherche sur Internet ?

– Bien sûr mon chat. C’est pour l’école ?

– Non, je cherche juste le numéro de Leonardo Di Caprio.

Sourire.

– Crois-moi, si on pouvait le trouver sur Internet, je l’aurais appelé depuis longtemps !

– Pourquoi ?

– Ben, pour lui demander de m’épouser !

Stupéfaction.

– Quoi ? Et Loïc alors ? Tu préfères Leonardo Di Caprio à Loïc ? Mais c’est dégueulasse !

J’ai essayé. J’ai pas réussi à culpabiliser.

Accepter de prendre des râteaux !

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« Malgré ses qualités, votre roman ne correspond pas à notre ligne éditoriale »… Ca ressemble un peu à cette phrase qu’on a tous entendue dans notre vie (il y a toujours des petits chanceux, c’est vrai) : « je t’aime bien, mais je préfère qu’on reste amis ».

C’est ce qu’on appelle un gros râteau !

Et donc, Moustache : 6ème râteau ce matin…

Arrrrrrrrgh… J’en ai marre, je vais aller élever des chèvres en Patagonie ! Je partirai avec mon vieux pull, elles me prendront pour une cousine !

Bon, calmons-nous et réfléchissons.

Twilight, Stephanie Meyer : 14 refus !

Carrie, Stephen King : 30 refus !

Harry Potter, J. K. Rowling : 12 refus !

Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, Robert Pirsig : 121 refus ! Oui, 121, vous avez bien lu ! (cela dit, on ne va pas se mentir, c’est vrai que y’a quelque chose avec le titre…)

Allez, on range le pull sous l’oreiller et on se motive !

Quand tu sais pas si t’as la force ou pas

Mon fils, 11 ans :

– Au secours ! Y’a une araignée dans ma chambre !!!

Mon conjoint évalue la situation :

– Pourquoi tu paniques ? C’est une faucheuse, elle est inoffensive !

– Imagine qu’elle tombe sur moi pendant la nuit !

Il la capture et la dépose sur le rebord de la fenêtre.

– C’est bon. T’es sauvé, grand !

– Merci.

– Maintenant, t’avise pas de nous réveiller à deux heures du mat’ parce que t’entends un moustique !

Mon fils brandit un sabre laser :

– T’inquiète ! Je suis un Jedi !

– Ouais. Donc… t’as la force, mais ça dépend.

– Et quoi ?

– Rien. Bonne nuit !

 

Chapitre 2 : Le Prénom

Le jour de mon arrivée, les Malloré se réunirent autour de la table pour réfléchir à la question.

De mon côté, je m’attendais à porter un prénom raffiné, poétique, fin et subtil, à l’image du beau spécimen que j’étais… Sans prétention aucune, la nature m’avait plutôt gâté !

J’avais le poil magnifiquement soyeux, une belle robe tigrée, blanche et rousse. Des yeux bleus en forme de noisette, très joliment dessinés. Ce n’était pas mes seules qualités !

J’avais une démarche naturellement chaloupée : je me déplaçais avec grâce, un brin désinvolte, conscient de l’effet hypnotique que je produisais sur ceux qui avaient la chance de croiser mon chemin. Un tel magnétisme était plutôt rare, chez les individus de mon espèce. Depuis ma naissance, je n’avais remarqué aucun félin plus distingué dans mon entourage !

J’étais jeune, soit, mais j’avais déjà quelques certitudes, et celle-ci en faisait partie : j’avais incontestablement quelque chose de singulier ! Je méritais donc un prénom à la hauteur de mon standing.

Tigrou, par exemple, n’aurait jamais fait l’affaire : beaucoup trop ordinaire ! Et surtout très fade, comme une purée de choux-fleurs. Non, je valais beaucoup mieux que ça !

Heureusement, tout le monde autour de la table semblait de cet avis, à en juger par la façon dont ils se concentraient pour me trouver un prénom original.

De mon côté, je les écoutais, l’air de rien, tout en m’amusant à faire rebondir un bouchon en liège dans tous les angles de la cuisine. Je ne voulais pas les stresser davantage, j’essayais de rester le plus discret possible.

Quand j’entendis la voix d’Annie lancer sa première idée, le bouchon partit d’un coup sec et vint se coincer directement derrière le réfrigérateur !

– Pourquoi pas Ron ? proposa-t-elle innocemment, comme elle connaissait la passion de ses enfants pour la célèbre saga anglaise.

Ca ne va pas, non ? pensai-je en levant subitement le museau. C’est complètement nul, ce prénom !!!

Ronald, c’était le prénom du meilleur copain d’Harry Potter. Vous savez, le petit rouquin un peu balourd, aussi adroit qu’un prêtre normand, avec sa baguette toute cabossée. De mémoire, il avait même de l’acné, dans l’épisode trois…

Je soufflai, excédé, et me rapprochai du meuble en râlant. J’espérais qu’ils passeraient vite à autre chose, et flanquai quelques coups de patte pour tenter de déloger mon jouet.

– Encore faudrait-il qu’il ait des pouvoirs magiques…, répondit Samuel avec une imparable logique.

Si seulement, regrettai-je en moi-même, tandis que je continuai de taper frénétiquement sur le bouchon pour le faire bouger… Ce maudit cylindre ne m’aurait pas résisté très longtemps !

Mais il était toujours bloqué derrière le pied du réfrigérateur. Je m’échinai tant bien que mal à vouloir le ramener vers moi, sans succès. Franck m’observait, perplexe.

Au bout d’un moment, peiné, il se leva pour me prêter main forte. D’un simple crochet de l’index, il décoinça le bouchon et, l’instant d’après, ce dernier atterrit directement entre mes pattes !

Merci, miaulai-je, reconnaissant.

– Apparemment, ce n’est pas le cas, nota-t-il simplement en se redressant, l’air désabusé.

J’y serais arrivé tout seul, précisai-je, un peu vexé par sa remarque.

J’hésitai avant de relancer mon jouet vers l’avant, redoutant un nouvel incident. Finalement, je pris le parti de le laisser de côté, et décidai de lustrer mon poil.

L’assemblée passa rapidement à l’idée suivante :

– Pourquoi pas Carotte ? demanda alors Caroline de sa petite voix aigue.

A nouveau, je levai le museau, stupéfait. Elle voulait probablement faire mouche, la pauvre, avec son idée saugrenue… C’était raté !

Tu n’as rien trouvé de plus ridicule, jeune fille ? demandai-je d’un miaulement incrédule. Un nom de légume ? Tu es sérieuse ?

Elle me regarda, le visage rayonnant de fierté : je la défiai ouvertement en retour.

Alors oui, Caroline était vraiment à croquer, comme on dit, avec ses fossettes aux coins des lèvres et sa frimousse de poupée Corolle… Cependant, à ce moment-là, j’étais convaincu que deux fils s’étaient touchés par mégarde dans son cerveau !

Il était hors de question que je mette une patte dehors avec un prénom pareil ! Je ne me gênai pas pour le lui faire savoir, émettant un feulement de protestation qui fut sans équivoque.  

– T’es complètement folle, ma pauvre ! s’écria Samuel, outré. Tu veux qu’il devienne la risée du quartier ?

Bien dit, l’ami !

J’étais ravi de constater que Samuel était de mon côté.

– Ton idée, c’est carrément de la maltraitance !

Interpelé, je marquai un temps d’arrêt.

Ah bon ? Tant que ça ?

C’est vrai que c’était osé, mais de là à parler de maltraitance… Il n’y allait pas avec le dos de la cuillère !

– Quand la SPA viendra sonner à la porte, tu feras moins la maligne !

– N’importe quoi ! objecta-t-elle. Tu veux pas que ce soit MON prénom qui soit choisi, c’est tout ! T’es jaloux parce que j’ai de meilleures idées que toi !

Il allait rétorquer, quand leur mère s’interposa :

– Ma chérie…, opposa Annie pour tenter de calmer les deux mulets qui s’affrontaient, je ne crois pas que ce soit cela le problème… Ce que ton frère essaye de te dire, très  maladroitement, d’ailleurs, fit-elle en adressant à son fils un regard réprobateur, c’est que ce n’est peut-être pas le prénom le plus judicieux pour un adorable chaton comme lui !

Je hochai la tête, l’air entendu, et me fis la remarque que cette femme avait, indubitablement, un goût certain. Caroline eut beau taper du pied, sa proposition fut déboutée. Je pensais l’avoir échappé belle… J’allais vite déchanter.

Le ton montait : chaque enfant voulait être mon maître officiel, et leurs idées ne faisaient jamais l’unanimité. La discussion s’envenimait, les esprits s’échauffaient quand, brusquement, Franck se leva et tapa des deux mains sur la table.

D’un geste éloquent, il coupa court aux effusions de voix et un étrange silence s’abattit alors dans la pièce.

Je dressai le museau, oreilles aux aguets :

-Tout d’abord, fit-il d’une voix grave, ce chat est à tout le monde, et chacun d’entre nous devra s’en occuper.

Le ton qu’il employa n’admettait aucune objection. 

– Donc, poursuivit-il, inutile de lui attribuer un maître : nous serons tous responsables de lui !

Parfait.

Cet homme comprenait combien j’aimais ma liberté, et je l’en félicitai intérieurement. J’étais convaincu que nous allions bien nous attendre, lui et moi.

– Et puis, pour le prénom, enchaîna-t-il, on ne va pas s’enquiquiner… Un chat c’est quoi ? Deux oreilles, des moustaches et une queue ! On va l’appeler Moustache et puis c’est tout !

Quoiiiiiiiiii ????

Je manquai de m’étrangler et, sous l’effet du choc, mes poils se hérissèrent tout à coup : c’était une véritable douche froide !

Il y eut quelques instants de silence, pendant lesquels mon regard alternait nerveusement de l’un à l’autre : quelqu’un allait forcément s’opposer, il ne pouvait en être autrement !

J’étais incrédule. Pas un n’émettait d’objection !

Excédé, j’eus l’idée de pousser un feulement rageur, pour les faire réagir. Ce qui sortit de ma gorge ressembla à tout sauf à ça… On aurait dit un grincement strident, comme l’aurait fait d’un tiroir métallique grippé par la rouille.

– C’était quoi, ce bruit bizarre ? demanda Caroline, les sourcils froncés. 

J’avais à peine deux mois : ma voix n’avait pas encore mué. Je me sentis soudain profondément ridicule.

Annie, elle, n’avait même pas entendu. Songeuse, je la voyais balader sa main en l’air comme si elle était ailleurs :

– Moustache… Moustache…, répétait-elle à voix basse.

Elle essayait d’apprécier la musicalité du prénom – tout à fait inexistante, selon moi.

– Hum… Oui ! C’est plutôt joli ! déclara-t-elle soudain en souriant.

Pardon ?

Et pourquoi pas oreille ou poil, tant qu’à y être ?

Les enfants, les suppliai-je d’un regard implorant, s’il vous plaît, dites quelque chose !

– Ok, entendis-je, éberlué, Caroline concéder de mauvaise grâce, va pour Moustache !

Comment ça, va pour Moustache ? Mais non ! Va pas pour Moustache du tout !

Mon regard se tourna vers Samuel.

Je t’en prie, mon grand, sois raisonnable…

A présent, il était mon dernier espoir.

Quand je le vis hocher la tête en signe d’approbation, je sus que ma vie entière venait de basculer…

– De toute façon, jugea-t-il bon de préciser, ce n’est pas le plus important.

Je reçus l’argument comme un ultime coup de poignard.

Ben voyons ! Pas le plus important, mon prénom ? Très bien !

A partir d’aujourd’hui, je t’appellerai Narine. Et toi, Caroline, Auriculaire ! Voilà ! Qu’est-ce que vous en dites ? 

Annie émit un soupir de soulagement :

– Parfait ! Maintenant que le dossier est clos, les enfants, dit-elle, vous pouvez retourner jouer dans vos chambres. On vous appellera pour dîner d’ici un quart d’heure…

Avant d’ajouter :

– Et n’oubliez pas de vous laver les mains avant de redescendre !

Mais ils s’étaient déjà engouffrés dans les escaliers en courant.

J’étais tombé dans une famille de dingues ! Quelle humiliation… Mon prénom avait été choisi par hasard. Son importance, balayée d’un revers de main.

Je me mis à réfléchir à toute vitesse, galvanisé par une colère nouvelle qui me tordait douloureusement les nerfs. J’eus soudain de grands projets en tête : j’allais déclencher une révolution, mener mes confrères au soulèvement général ! Demain, nous serions tous en ordre de bataille, prêts à nous battre pour réclamer plus de considération pour notre espèce, et le respect qui lui était dû !

En un mot, je fulminais. Mais personne ne semblait plus se préoccuper de moi.

Annie s’affairait dans la cuisine, pendant que Franck cherchait les couverts pour dresser la table. J’entendais la vaisselle s’entrechoquer dans les placards, la porte du réfrigérateur s’ouvrir et se fermer, l’eau vive couler dans l’évier. On aurait dit qu’ils m’avaient tous oublié… En signe d’indignation, je leur tournai le dos.

Au bout d’un moment, Annie s’approcha de moi : elle tenait quelque chose dans sa main :

-Tiens, mon joli cœur, voilà pour toi…

Je restai sur mes gardes, méfiant. Pensait-elle vraiment pourvoir se faire pardonner aussi facilement ?

Non, Madame ! Quelques mots doux n’y suffiront pas ! Feulai-je en tournant le museau vers elle, l’œil mauvais. Il faudra du temps avant que ma blessure ne cicatrise, beaucoup de temps…

Intérieurement, je doutais même qu’elle y parvienne un jour !

Soudain, je sentis un fumet subtil me chatouiller les narines : une alléchante pâtée arrivait droit dans ma gamelle !

Tandis que je me frottais les babines, l’idée que, tout compte fait, le prénom Moustache n’était pas si mal me traversa l’esprit. L’instant d’après, je rendais les armes : la révolution attendrait !

Et puis, si ça leur fait plaisir, concédai-je avec la magnanimité du gourmand, au moment même où j’engloutissais ma première bouchée avec des ronronnements de satisfaction nourris. 

Excellent choix, Annie ! la félicitai-je en tournant rapidement les yeux vers elle. Fondant, savoureux à souhait… Et ce parfum, quelle merveille !

Je vis qu’elle me souriait en retour.

Finalement, ils avaient peut-être du cœur, dans cette famille, me dis-je en reportant à nouveau mon attention vers la pâtée.

En tous cas, ce délicieux émincé de saumon méritait que je creuse quelque peu la question.