Chapitre 12 : Un chat indispensable

Précédemment dans l’histoire :

Moustache peut enfin mettre un visage sur le prénom d’Henriette. Et un museau sur celui de Rousquille ! Dès la première rencontre, elles lui paraissent aussi détestables l’une que l’autre… Tandis qu’il se retrouve seul à l’extérieur, il appréhende les conséquences de leur présence chez les Malloré.

Je sentis qu’une nuit plus fraîche que d’ordinaire venait de tomber sur le quartier des Glycines.

Bien que nous ne fussions qu’au début du mois d’octobre, les journées avaient déjà commencé à raccourcir. Cependant, l’arrivée d’Henriette nous avait définitivement mis un pied dans l’hiver…

Je pris une seconde pour apprécier le calme invisible qui enveloppait à nouveau le jardin. Il serait de courte durée, je le savais. Je décidai tout de même d’en profiter quelques instants. Mon cœur venait de faire une violente embardée, et il me fallait trouver un moyen de l’apaiser.

Je contemplai les arbres autour de moi, peu concernés par ce qu’il venait de se passer. Imperturbables, ils déroulaient leurs sublimes couleurs automnales : de beaux rouges orangés et de magnifiques dégradés de jaunes, à peine brunis, se répondaient sur des branchages un peu déplumés, désespérément immobiles. Ces derniers, indifférents à la légère brise qui faisait bruisser leurs feuilles, ne semblaient pas sentir arriver le danger… Je n’étais pas dupe. Une tempête approchait à grands pas, et elle avait un nom… Henriette.

J’ignorais totalement quand elle allait éclater. En revanche, il y avait une chose que je savais : le jour où elle s’abattrait, je serai le dernier épargné.

Je redescendis de mon poste de garde, faisant bien attention à ne pas trébucher. Malgré mes multiples précautions, je glissai maladroitement et me rattrapai à nouveau à une branche au dernier moment. Décidément, pour un chat, j’étais un bien piètre équilibriste !

La dernière fois, Franck s’était d’ailleurs bien moqué de moi. J’y repensais tandis que je posai la patte sur l’herbe fraîche de la pelouse.

C’était un dimanche. Comme à son habitude, il lisait le journal, m’observant du coin de l’œil. Installé sur une chaise, juste en face lui, je faisais ma toilette. Je me contorsionnais, lissant ma fourrure avec application quand je m’aperçus soudain qu’un nœud me résistait.

J’étais en train de mordiller la base de cet enroulement de poils, j’avais du mal à en venir à bout. Tant et si bien que, juste après l’avoir délogé, je perdis l’équilibre et basculai ridiculement en arrière, avant de tomber brutalement au sol !

Je me redressai aussitôt, stupéfait et honteux. C’était trop tard : Franck, incrédule, avait suivi ma chute tout du long.

Il éclata alors de rire :

– Eh bien, eh bien… Moustache… Que s’est-il passé ? me railla-t-il, taquin. Un faux mouvement ? Une attaque de brigands ?

Cette interpellation me prit au dépourvu.

Vexé, je répondis par un grognement mauvais.

Annie travaillait dans la salle à manger. Intriguée, elle décrocha  le regard de son ordinateur pour s’enquérir de ce qui se passait :

– Tout va bien ? demanda-t-elle.

– Moustache a dégringolé de la chaise en faisant sa toilette ! répondit Franck qui redoubla d’hilarité. Il s’est écroulé par terre comme un bleu* ! T’aurais dû voir ça, c’était ridicule !!!

Il riait tant que des larmes commençaient à lui perler au bord des yeux. De mon côté, je me sentais terriblement humilié.

– Chérie, fit-il en se tenant les côtes, je crois que nous sommes les seuls à posséder un chat dépourvu du sens de l’équilibre !

Au souvenir de ma chute pitoyable, Franck se mit à nouveau à rire.

Annie, compatissante, me gratifia alors d’une caresse avant de rappeler à son mari qu’il n’avait pas vraiment de leçon à donner :

– Et toi ? Combien de fois t’es-tu coupé en te rasant, tu peux me le dire ? Laisse-le un peu tranquille !

A l’énoncé de cette simple vérité, il eut le bec cloué.

Une nouvelle fois, j’eus la conviction qu’un lien fort nous unissait. Elle ne l’avait pas clairement formulé, il lui fallait encore du temps pour se l’avouer. Pour ma part, j’en étais persuadé : Annie et moi étions destinés à nous aimer. Franck dut sentir le vent tourner, il arrêta aussi sec de se moquer !

Je songeais avec émotion au chemin parcouru depuis mon arrivée tandis que je traversais le jardin, ce soir-là.  Excepté Franck, aucun Malloré ne résistait à l’envie de me cajoler. Et je m’y prêtais bien volontiers ! J’étais devenu indispensable à leur bonheur.

Caroline, par exemple, me livrait toujours le contenu de sa journée dès qu’elle rentrait de l’école. Elle me cherchait partout dans la maison, impatiente de me retrouver. J’avoue, le CE2, ce n’était pas vraiment passionnant… Mais qu’importe ! Car ses caresses étaient un don du ciel.

Après le goûter, elle venait systématiquement me grattouiller derrière l’oreille. De mon côté, je ronronnais de bonheur : j’avais le cœur en fête !

Elle me cajolait et me parlait de Nathan, son grand copain, qui faisait deux fois sa taille et semblait déjà avoir fait sa mue. Quand il parlait, sa voix dérapait, suivant la courbe des montagnes russes.

Ils collectionnaient ensemble des tas de choses : des timbres, des cailloux, des pièces de monnaies qui provenaient de tous les pays du monde. Elle adorait me montrer tous ces objets. Moi, soyons honnête, je m’en moquais… Mais je trouvais important que mon oreille bien peignée fasse l’effort de l’écouter. Elle me livrait tous ses secrets, c’était une grande responsabilité !

Elle me racontait Déborah, la peste de sa classe, une petite blonde aux cheveux longs qui, malgré son visage d’ange, passait son temps à lui chercher des poux dans la tête.

Samuel, de son côté, était incontestablement le plus secret des deux… Il n’en demeurait pas moins attachant. Il reprenait souvent sa sœur à l’ordre. Il lui disait de me laisser tranquille, que je n’étais pas un jouet. Même sans parler, lui et moi, on se comprenait…

Il aimait sa liberté, il préservait aussi la mienne.

Chaque soir, à la nuit tombée, je me faufilais par la chatière de l’entrée et filais en direction de l’étage. Je m’arrêtais devant sa chambre, levais la patte et poussais doucement la porte… J’avais beau faire attention, elle grinçait toujours un peu quand elle s’ouvrait. L’instant d’après, j’atterrissais avec légèreté sur sa couette.

C’était toujours le même rituel. Samuel ouvrait un œil pour me saluer, avant de s’écarter, pour que je puisse moi-même correctement m’installer. Je tricotais son pyjama quelques instants en ronronnant, puis je m’allongeais contre lui. Sa respiration avait le don de me bercer. Ainsi pelotonné, je m’endormais comme un bébé !

Aujourd’hui, je le reconnaissais bien volontiers : des jours heureux coulaient pour moi au 27 rue des Lilas.

Tandis que j’y pensais, les propos de Franck me revinrent subitement en mémoire. Alors oui, j’avais effectivement deux oreilles, une queue et des moustaches, mais j’étais devenu Moustache Malloré, le chat adoré de la famille Malloré !

Dans ma tête, tout était clair : cette place, je l’avais gagnée. C’était la mienne. Personne ne me la ravirait, quel que soit le prix à payer !

*bleu : jeune recrue dans l’armée.

Esquisse#6 : Samuel

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Samuel est le fils aîné des Malloré. Il a quatorze ans.

Moustache et lui ont une relation privilégiée. Chaque soir, en effet, notre héros vient le rejoindre dans son lit sans faire de bruit.

Samuel est un adolescent calme et responsable, qui ne supporte pas l’injustice et aime sa tranquillité. Contrairement à sa sœur, il fait toujours preuve de pondération et de mesure. Malheureusement, l’attitude d’Henriette va le pousser dans ses retranchements et le faire sortir de ses gonds.

En effet, Samuel est un personnage prêt à tout pour protéger ceux qu’il aime.

Esquisse#5 : Rousquille

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Rousquille est le caniche d’Henriette.

Quand les Malloré demandent à cette dernière de venir garder leurs enfants, Rousquille fait donc logiquement le voyage avec sa maîtresse.

Chiens et chats ne s’entendent pas. Et l’histoire du roman ne démentira pas le proverbe. Dès qu’il l’aperçoit, les poils de Moustache se chargent d’électricité : à peine arrivée, il la déteste déjà !

Entre Samuel et Caroline qui ne décrochent pas trois mots à Henriette, et Moustache et Rousquille qui se haïssent déjà sans même se connaître, la cohabitation s’annonce très mouvementée.

J’ai voulu ce personnage précieux et raffiné, ce qui lui fait tout de même un point commun avec Moustache. Cela les place également en rivalité, donnant du piment aux relations entre ces deux personnages. J’ai essayé de dessiner Rousquille comme je l’imaginais, avec un petit côté Marie-Antoinette.

Pour mémoire, la rousquille est une pâtisserie catalane en forme d’anneau bien connue, très moelleuse, recouverte de sucre glace et parfumée au citron ou à l’anis. Quand on la tient au creux de sa main, elle ressemble à un joli petit nuage. Il faut alors se dépêcher de le manger, son enrobage sucré peut rapidement coller…

Chapitre 11 : De froides retrouvailles

Précédemment dans l’histoire :

 Annie, Franck et les enfants ont été chercher Mamie Henriette à la gare. Ils viennent juste de rentrer. Pendant que Franck s’occupe de décharger le coffre plein à craquer, Moustache détaille l’arrivée des invités.

C’était une vision des plus horribles.

Une petite boule de poils, frisée, toute blanche, sortit de la voiture en gigotant. Ce ne pouvait être que Rousquille, aucun doute !

En bon soldat obéissant, le caniche descendit du véhicule et vint se poster à côté de sa maîtresse. C’est là que ma vue se brouilla. Je fus pris d’un violent vertige, perdis l’équilibre et sentis mon corps basculer dangereusement en arrière… Par chance, un heureux réflexe me fit agripper une branche voisine, évitant ainsi une chute de plusieurs mètres !

Le cœur battant, je remontai péniblement sur mon poste d’observation, et attendis quelques secondes de reprendre calmement mes esprits. Quand je réussis enfin à poser à nouveau mon regard sur elle, mon estomac, déjà noué, se resserra encore davantage.

Ce qui se trouvait sous mes yeux dépassait de loin mes pires cauchemars. Un caniche de petite taille, au dos bien droit, toiletté de frais, à en juger par son poil brillant et bien taillé, se tenait sagement aux pieds de la gorgone*.

La tête bouclée, légèrement oblique, Rousquille attendait patiemment qu’on lui dise quoi faire et où aller. Au premier abord, elle paraissait tout à fait inoffensive… Cependant, son regard ne trompait pas : il étincelait d’arrogance et de fierté !

J’étais paniqué.

Si, de là où je me trouvais, sa simple vue me provoquait déjà une telle émotion, qu’adviendrait-il lorsque nous serions face à face l’un de l’autre ? Sans surprise, une évidence s’imposa à moi : elle n’avait pas posé une patte dans la maison que je la détestais déjà !

Dans tous les lieux que j’avais fréquentés, on clamait haut et fort que les caniches étaient les pires. Et de loin, parmi toutes les races de chiens. Ils étaient insupportables. Malcolm, le chat de Mme Lebrin, en savait quelque chose : une amie du cousin de la tante de la fleuriste en possédait un, c’était dire s’il connaissait le sujet ! Il nous rejoignait parfois le soir, derrière le local poubelle de la mairie, et nous racontait à quoi il assistait.

Il ne mâchait pas ses mots quand il en parlait. Pour lui, les caniches étaient de véritables plaies… Des tortionnaires de l’ouïe, qu’il disait. Je le croyais bien volontiers. Des alarmes ambulantes, qui aboyaient au moindre bruit. Et réputés, par-dessus le marché, pour être aussi gâtés-pourris qu’un nouveau-né ! Manifestement, cela ne s’arrangeait pas avec les années… Ils devenaient de pire en pire, précisait-il, à mesure que leurs maîtres vieillissaient.

Je regardai Henriette, avant de frissonner. Cette vieille mégère était tout sauf le perdreau de l’année…

– Avance ma chérie, commanda-t-elle.

– Oui, laisse-moi juste fermer le coffre et j’arrive, lui répondit sa fille.

– Mais enfin, fit l’autre d’un air consterné, ce n’est pas à toi que je parle, Annie. C’est à Rousquille voyons !

Franck leva le pouce en direction de sa femme, avant de lui sourire. En retour, cette dernière haussa les épaules, une expression fataliste sur le visage. Réussir à communiquer pour elles, c’était un peu comme traverser un carrefour à une heure de pointe : même si l’objectif était simple, des obstacles rendaient toujours la tâche très compliquée.

Pendant ce temps, Caroline et Samuel s’étaient avancés sur le palier. Ils attendaient qu’on leur ouvre la porte. Je les observai, de plus en plus inquiet : tous les deux tiraient des têtes d’enterrement !

Annie leur adressa un signe de tête, les encourageant du regard à dire un mot à leur grand-mère afin de réchauffer un peu l’atmosphère.

Samuel, qui était le plus conciliant des deux, s’y colla à regrets :

– Alors ? Pas trop fatiguée du voyage, Mamie ? la questionna-t-il sans grand enthousiasme.

Cette dernière les toisa avec la mine d’un banquier qui s’adresserait à des clients à découvert.

– Ma foi, je ne suis pas du genre à me plaindre…

Le frère et la sœur échangèrent un regard complice. J’en compris la nature en entendant la suite, et ne pus m’empêcher de sourire.

– Maintenant qu’on en parle, entre le bruit du train, les arrêts à répétition et les gens pendus au téléphone, ce n’était vraiment pas un parcours de santé…

Il y eut un silence.

– Enfin, je suis arrivée, acheva-t-elle d’une voix lasse, c’est l’essentiel.

– Ouais… Heureusement que tu n’es pas du genre à te plaindre…, lui rétorqua Caroline sans sourciller.

Henriette resta figée un instant, la mine déconfite.

En réaction à l’effronterie de sa petite-fille, elle émit un profond soupir et, juste après, un nouveau silence gêné s’installa dans la tiédeur du soir qui tombait. 

Le malaise était palpable. Annie fusilla sa fille du regard et, tandis que la petite chipie lui retournait un sourire faussement innocent, elle saisit l’occasion d’informer Henriette des dispositions prises quelques heures plus tôt avec son mari :

– Franck va monter tes affaires dans la chambre de Sam. Nous avons pensé que tu serais plus tranquille à l’étage…

– Pourquoi ce changement ? réagit l’autre immédiatement. Le canapé du salon me convenait très bien la dernière fois !

– Je pensais que tu serais mieux installée… Tu disais que les passages te dérangeaient.

Cette réponse sembla vivement la surprendre.

– Cela m’étonnerait !

Elle tira sur sa manche d’un air pincé.

– Je sais parfaitement m’adapter, ce n’est pas la peine de tout chambouler…

Les regards des enfants se croisèrent une seconde, suffisante pour comprendre. A nouveau, je souris.

– Si tu préfères le canapé, on est toujours à temps de changer…

– Si c’est que vous avez décidé, je m’y conformerai. Loin de moi l’idée de perturber l’organisation adoptée ! Après tout, pour le temps que je vais rester… Une petite semaine, c’est bien ce que vous avez dit ?

– Oui. Enfin… Si tout se passe comme prévu. Nous partons tôt demain matin.

Annie jeta un bref regard vers ses enfants.

– Nous rentrerons aussi vite que possible, c’est promis.

– Hum… J’espère bien. Il ne manquerait plus que vous profitiez de l’occasion pour partir en vacances ! retourna-t-elle à sa fille, d’un ton ouvertement soupçonneux.

Franck prit une profonde inspiration, rassemblant toute sa patience avant de répondre :

– Si seulement. Cela nous ferait le plus grand bien, croyez-moi !

Henriette fronça ses narines, puis épousseta le dessus de son épaule sur laquelle une poussière imaginaire venait de tomber.

– Voyez-vous, j’ai dû jongler pour me libérer, enchaîna-t-elle dans la foulée, faisant ainsi valoir un emploi du temps chargé.

Je devinai à la tête d’Annie que cette dernière n’en croyait pas un mot. Cependant, elle se garda de tout commentaire, et passa ensuite aux remerciements d’usage :

– En tous cas, nous te remercions d’avoir accepté de garder les enfants cette semaine. Cela leur fait très plaisir de te voir ! dit-elle, adressant un regard suppliant à ces derniers, qui les priait d’acquiescer.

Ce qu’ils firent, de bien mauvaise volonté.

– Nous sommes ravis…, entendis-je Samuel articuler.

On aurait dit que cette phrase avait été prononcée par un automate enrayé.

Henriette ne releva pas. Elle tira un petit coup sec sur la laisse, puis s’avança vers la maison. Les membres de la famille lui emboîtèrent le pas. Et, une fois les bagages rentrés, Franck referma la porte sur cette nouvelle vie qui s’annonçait.

Le claquement de la porte, qui m’était pourtant si familier, me fit étrangement sursauter. Ma nervosité n’avait cessé d’augmenter depuis leur arrivée.

Maintenant que je les avais observés, j’en étais persuadé : même si je m’y étais préparé, j’avais sous-estimé nos invités. La semaine promettait d’être plus compliquée que je l’imaginais.

* gorgone : créature de la mythologie grecque, elles sont souvent représentées comme des monstres.

Esquisse#4 : Henriette

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Je ne peux pas dévoiler grand-chose de ce personnage, sans spoiler une partie de l’histoire. Pour le moment, ce qu’on sait d’elle ne présente pas ce personnage à son avantage.

Dès les premiers chapitres, je brosse d’elle une image volontairement contraire à l’idée que l’on se fait d’une grand-mère. Les enfants la détestent. Et ils ont de bonnes raisons de le faire : aigrie et acariâtre, elle passe son temps à râler toute la journée !

Elle vit seule depuis des années. Et, quand elle rend visite aux Malloré, elle ne fait aucun effort pour s’adapter.

Pour une cause qu’ils ignorent, Annie, sa fille unique, est la seule qui fait preuve de compréhension à son sujet…

Adaptation des droits

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Je finis ma conversation téléphonique.

 Il arrive dans le bureau, surexcité :

– Alors ? Ils ont décidé quoi ?

– Pardon ?

– Comme t’étais occupée, j’avais dit aux studios Pixar de te rappeler. Ils te rachètent les droits ou pas ?

Je soupire, blasée.

– Minou…

– Oui …?

– Plutôt que de t’ennuyer, t’as pas un mur à poncer ?

Chapitre 10 : Le Débarquement

Précédemment dans l’histoire :

Après avoir annoncé aux enfants que leur grand-mère allait venir les garder, les Malloré vont chercher Henriette à la gare. Cependant, à peine arrivée, elle est déjà d’une humeur exécrable.

J’étais déjà installé quand Franck coupa le moteur du monospace. Il venait de se garer dans l’allée. Habilement caché entre les branches du marronnier, j’avais choisi l’endroit parfait pour espionner.

Ma vigie était idéale : elle me plaçait aux premières loges, tout en me dissimulant aux yeux des Malloré. Je trépignais d’impatience. J’étais tellement pressé de mettre un visage sur nos invités !

Rapidement, l’arrivée de Mamie Henriette prit un tour assez cocasse : elle avait un mal fou à s’extraire de la voiture et, bientôt, la scène fut à mourir de rire. Peinant à sortir, elle essayait de prendre appui sur le haut de l’habitacle, grommelant et gesticulant sur son siège d’avant en arrière, comme un gros culbuto !

Franck s’aperçut de ses difficultés. Aimablement, il voulut l’aider. Il lui tendit gentiment la main mais cette dernière la repoussa d’un geste sec avant de s’exclamer, outrée :

– Je suis une dame âgée, mon cher Franck, pas une vieille femme impotente !

La mégère n’avait pas encore posé un pied à terre qu’elle crachait déjà du feu !

Perché sur mon arbre, je me bidonnais en détaillant la mine déconfite du père. Le pauvre… Il était tout penaud.

Bien fait pour toi ! pensai-je, mauvais.

Et, tandis qu’il remballait sa charité mal avisée dans sa poche, je ne pus m’empêcher de sourire. Rancunier j’étais, rancunier je resterai.

– Par contre, poursuivit Henriette en le rappelant d’un ton sec, je vous serais reconnaissante de vous occuper de mes affaires. Faites bien attention à mon sac bleu : il y a à l’intérieur des choses auxquelles je tiens beaucoup !

Elle marqua une courte pause avant d’ajouter :

– N’y allez pas comme une corneille qui abat des noix, Franck. Je vous connais !

Et bim ! Deux à zéro : le match commençait fort.

Franck haussa les sourcils, je vis un sourire crispé se dessiner sur son visage.

– Je ferai de mon mieux pour contenir ma force légendaire, Henriette, répondit-il, ironique, en se courbant légèrement.

Puis il se dirigea vers l’arrière de la voiture, balançant ses longs bras mous d’un air dépité.

A présent qu’elle s’était fâchée, plus personne n’osait lui proposer son aide. Et Henriette dut encore s’y reprendre à trois fois avant de trouver le bon élan.

La mère d’Annie n’avait pourtant pas un physique très imposant : elle n’était pas bien grande, un mètre soixante-cinq tout au plus. De corpulence assez forte, sans être ventripotente pour autant. De loin, elle ressemblait à n’importe quelle dame âgée un peu replète.

Néanmoins, son teint pâle rappelait celui de ceux qui sortent peu de chez eux. Ses cheveux étaient tout blancs. De loin, ils ressemblaient à la crête des montagnes en plein hiver. Pas une mèche ne détonnait… Comme s’ils avaient oublié qu’un jour, ils avaient irradié de couleur… La grisaille elle-même semblait les avoir abandonnés depuis longtemps.

Sa coiffure, stricte, était tirée autour d’un chignon. Le volume de ce dernier, hissé très en hauteur, débordait au-dessus de son crâne. Avec un peu de courage, on aurait pu discerner les nombreuses épingles qui l’échafaudaient, bien que cette coiffure fût aussi serrée qu’alambiquée. Il aurait simplement fallu approcher correctement son nez. Secrètement, je priai pour ne jamais avoir à coller ma truffe délicate d’aussi près…

La sienne était elle-même ornée de grosses lunettes d’écailles. La monture, épaisse, lui mangeait le tiers du visage. Je reculai. Avec un attirail pareil, elle aurait été capable de me repérer, perché là-haut, en train de les espionner !

Par réflexe, je me ratatinai derrière les branches du marronnier, et attendis que quelques secondes fussent passées avant d’oser à nouveau hasarder mon museau en direction de l’allée.

Je surpris une nouvelle expression crispée sur son visage. Je supposai à la tête qu’elle faisait que l’air frais du jardin l’importunait.

Je la vis frissonner légèrement, puis renouer son foulard en soie autour de sa nuque. D’un geste sec, elle resserra également la sangle de son imperméable beige. Elle cintra sa taille avec tant de rudesse que son profil, déjà guindé, gagna encore quelques degrés de sévérité : elle était à présent aussi raide qu’un manche à balai !

Avec son air renfrogné, sa longue jupe plissée et ses chaussettes blanches sortant de ses bottines, rigoureusement serrées aux chevilles à hauteur parfaitement identique, Henriette dégageait une apparence particulièrement austère : j’eus un mal fou à m’imaginer sur ses genoux, en train de ronronner, tandis qu’elle visionnait le radio-crochet à moitié somnolente devant la télé… Les enfants avaient raison, sa venue n’augurait rien de bon.

Elle jeta un coup d’œil circulaire aux abords de la maison. Elle scruta méthodiquement les alentours, la bouche pincée. La rue était calme et silencieuse, mais ses traits se contractèrent tout de même. Un léger bruit de pas écrasait le gravier.

C’était ceux de Franck. Il déchargeait les bagages à grand peine, le front luisant de sueur.

Henriette lui jeta un bref coup d’œil, agacée, avant de préférer garder sous silence un commentaire désobligeant qui lui brûlait les lèvres. Le réprimander dut lui sembler inopportun… Elle ne savait pas voyager léger, le coffre était plein à craquer !

Alors que je reportais à nouveau mon regard sur elle, je fus attiré par un détail que, jusque-là, je n’avais pas remarqué. L’instant d’après, je sentis une décharge électrique me traverser.

Dans une main, Henriette serrait fermement son sac en cuir marron. A cela, rien d’alarmant. Dans l’autre, par contre, elle tenait quelque chose qui ressemblait à une fine cordelette…

– Allez ma puce…, dit-elle de sa voix singulière, à la fois douce et diablement autoritaire. Descends de la voiture, nous sommes arrivées.

Elle tira un léger coup sur la laisse.

Ma nuque se raidit brusquement au moment même où je vis cette dernière ramollir. Je sentis mon corps se figer et, l’instant d’après, ce que je découvris acheva de me paralyser tout à fait. 

Effluves d’adolescence

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Mon fils vient me voir au bureau.

– Ca y est ? T’as fini ta recherche pour le collège ?

– Non, l’ordinateur n’a plus de batterie…

– Et tu l’as mis à charger ?

Il prend son petit air désolé.

– Ah non… J’y ai pas pensé.

Ca m’a rappelé quand nous jardinions la dernière fois, il était censé ramasser les feuilles. Au bout d’un moment, je l’ai surpris qui rêvassait :

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui ai demandé.

Plus rien… Puisque le sac poubelle était plein.

– Au fait mon chat, je voulais t’informer : la télé est cassée.

– Ah bon ?

– Oui, j’ai vu qu’elle était débranchée…

Silence.

– On est bloqué, tu ne pourras plus jamais la regarder !

Il lève les yeux au ciel, il commence à saisir où je veux en venir.

– Et tant que j’y pense : à partir de maintenant, prends bien soin de tes vêtements…

– Pourquoi ?

– Quand ils seront tous sales, t’iras au collège à poil !

– C’est bon Mamanme dit-il en soufflant, tu peux arrêter, j’ai compris l’idée !

– Rassure-moi : tu réfléchis à ce que tu dis des fois ?

Il m’adresse un grand sourire en retour.

– Avoue… Si je changeais, ça ne te conviendrait pas.

– Tu peux préciser ?

– Tu serais paniquée : tu ne me reconnaîtrais même pas !

Il me regarde les yeux rieurs.

Vive la mauvaise foi…

L’envie soudaine lui prend alors de se blottir contre moi.

– Sois tranquille mon amour…

– Pourquoi tu dis ça ?

– Avec l’odeur que t’as sous les bras, je te retrouverais jusqu’en Alaska !

– Maman !!!!!!

Et les yeux fermés, mon petit chat ! Crois-moi !

Esquisse#3 : Mike

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Au premier abord, Mike est assez impressionnant, pour ne pas dire terrifiant. Loin d’inspirer aux gens une quelconque sympathie, je l’ai imaginé sale et repoussant.

Mike est un ancien chat de gouttière, né dans la rue, avant d’être abandonné par sa mère. Luttant pour sa survie, il a longtemps erré dans le quartier, glanant ça et là quelques restes à manger.

En fin de journée, il a l’habitude de se rendre à la déchetterie. Là-bas, il trouve en général toujours de quoi se remplir l’estomac. Cependant, il n’est pas tout seul à fréquenter ce lieu, d’autres chats y rôdent régulièrement.

Un soir, Mike fut pris à partie dans une violente bagarre. Malgré le grand courage dont il fit preuve, les autres chats errants décidèrent de se liguer contre lui : ils lui flanquèrent une cinglante dérouillée, avant de s’en aller. Sévèrement meurtri, il resta ainsi toute la nuit, agonisant des heures durant entre un étendoir cassé et un aspirateur à demi-éventré.

Le lendemain matin, Jojoko se rendit à la déchetterie. Elle était à la recherche de quelques objets à réparer et, comme elle vivait seule, ça l’occupait.

Quand elle aperçut sa carcasse mutilée, ce dernier ne respirait presque plus : sans réfléchir, elle courut le confier au bons soins du vétérinaire de Belleville, qui réussit par miracle à le sauver.

Une fois rétabli, il s’empressa de trottiner jusque chez elle. Dans sa vie, jamais quiconque ne s’était soucié de lui. Le geste de la vieille dame l’avait profondément touché, il tenait donc naturellement à la remercier.

Quand il arriva chez elle, il sentit immédiatement que quelque chose clochait. Un représentant était en effet sur le point de l’escroquer… Ce jour-là, ce fut lui qui la tira d’un vilain guêpier.

Ainsi liés, Mike et Jojoko décidèrent de ne plus se quitter. Ils firent vœu, toujours, de se protéger.

Essayer de dessiner (à peu près !)

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– T’en penses quoi minou ? On le reconnaît ?

– Ah oui, tu l’as vraiment bien fait…

Avant de s’étonner :

– C’est quand même une drôle d’idée…

– Quoi donc… ?

– Ben… de lui avoir donné des mouches à manger !