Lettre-type de refus

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Certains m’ont demandé à quoi ressemblait une lettre de refus.

Afin de satisfaire leur curiosité, j’en publie une, la plus récente.

Les éditeurs brandissent souvent le sacro-saint argument de la ligne éditoriale. On m’opposera cette fois l’inadéquation avec le développement souhaité de leurs collections.

Je le savais. La route que j’ai choisi d’emprunter n’est pas la plus aisée !

Driiiing !

Tiens, tiens… Un numéro inconnu… On décroche ?

Masculin et Féminin sont sur un bateau…

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– Tu as joué à quoi dans le jardin ce matin ?

– J’étais le fils de Batman.

– La fille, tu veux dire…

– Non non, le fils ! Mon père, c’était Batman, et ma mère, Batwoman.

Il y a une tout de même une femme dans son histoire, ce n’est pas si mal.

– Eh oui… Pour faire un enfant, tu sais bien qu’il faut un papa et une maman…

– Ma maman à moi, elle était morte au combat !

Ca m’étonnait aussi…

Juste après avoir accouché, elle s’était faite assassiner. Une affaire rondement menée.

– Elle est gaie ton histoire…

– Ca va, c’est pour rigoler !

Mon sens de l’humour n’est pas démesuré.

Quand je l’imagine à seize ans, j’ai peine à la voir apprêtée pour le bal de fin d’année, discrètement maquillée, cheveux parfaitement lissés. Je la visualise plutôt casquette visée sur la tête, portant un baggy et son éternel skate à la main.

L’avenir est un secret, c’est vrai… Par conséquent, je peux me tromper.

– Maman ! T’as pensé à prendre mon sabre laser ?

Ca ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée sur le sujet.

Driiiiiing !!!

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Quand une maison d’édition te répond par mail, en général, ce n’est pas pour t’annoncer une bonne nouvelle…

Du coup, chaque fois qu’un numéro inconnu tente de me joindre, j’espère :

Driiiiing…

– Allô ?

– C’est le livreur d’Amazon ! J’ai un colis pour vous…

Grrrr…

Driiiiing…

– Oui ?

– Bonjour, c’est Amélie d’Orange. Connaissez-vous les avantages de la fibre ? Vous êtes éligible !

Je veux pas être fibrée, je veux être éditée !

Driiiiing…

– Vous êtes Arthur Martin ?

Il fut un temps où les faux numéros, je trouvais ça rigolo.

Parfois, j’ai l’impression d’attendre Godot.

Soupir… 

Allez, j’y retourne, le travail m’appelle. Si seulement les éditeurs pouvaient faire de même !

J’y arrive pas, mon œil !

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Le dimanche – en général – c’est off.

En revanche, pour les devoirs, on se met à l’œuvre après avoir débarrassé la table du petit-déjeuner. Plus vite c’est fait, mieux c’est.

Pour ma fille, exercice de français.

Conjugaisons, je vous hais…

Je prends la bête avec des pincettes.

– Tu veux bien m’épeler le verbe faire, ma petite chérie d’amour de zigouigoui joli ?

J’ai beau soigner mon approche, lourde résistance au démarrage.

Elle souffle.

– Alors… je fais, avec un s… Tu fais… ben… pareil !

A peine passée la première, elle s’arrête.

De mon côté, j’attends.

J’attends…

Ca y est, ça m’agace !

– Alors ?

– Il fait… t.

– Ouiiiiiiii ! Très bien !

Faut embrayer.

– La suite ?

– Nous faisons, vous faisez

– Eh non… C’était vous faites !

Le bolide vient de caler.

– Allez, répète s’il te plaît.

Regard noir :

– Vous faites !

Elle me l’épèle sans se presser, avec la lenteur d’une retraitée.

Je lui oppose un sourire comblé, ma technique est bien rôdée.

– Bien… Et la dernière ?

– Ils… (Elle s’arrête) Mince…, je sais plus.

– T’as qu’à choisir une phrase pour t’aider. Je sais pas, la première qui te passe par la tête… Les parents hum la sieste, les enfants hum la vaisselle…

– Ben non, ça marche pas !

– Quoi ?

– Faudrait plutôt dire les enfants font la sieste les parents font la vaisselle !

Moi, ses difficultés, j’ai tendance à croire que c’est principalement un manque de volonté !

Encore une histoire de priorité

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– Hé, mon cœur, pas trois heures sous la douche !!! Je fais tous les jours la leçon aux enfants, m’oblige pas à faire pareil avec toi !

– Désolée Minou… J’aime bien réfléchir sous la douche.

– A quoi ? A l’écologie ? Aux dépenses énergétiques ? Aux pays sous-développés, qui n’ont pas suffisamment d’eau pour se laver ?

– Je pense à mon nouveau roman… J’ai mon idée, j’étais justement en train d’y penser… J’ai envie d’essayer autre chose, je me demande si ça va marcher… Je tiens une idée, tu vois, j’ai bien envie de la développer mais je sais pas si ça vaut le coup. L’histoire m’inspire bien, c’est certain…

– En tous cas, ton roman ne sortira pas du robinet !!! Alors si tu pouvais t’activer, j’apprécierais.

Je le regarde s’en aller, un peu blasée.

On n’a décidément pas le même sens des priorités !

Esquisse#9 : Annie

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Ah, Annie… La belle Annie, la douce Annie.

Annie est une maman calme…

Aimante et compréhensive…

Dévouée. Organisée.

Diplomate.

Elle prépare les petits-déjeuners, les jus d’orange pressés. Elle retrouve les clés égarées.

En un mot, c’est une femme parfaite ! Une femme idéale. Un roc sur lequel on s’appuie. Je la voulais ainsi… Après tout, L’Esprit de famille est une fiction : j’ai droit à quelques projections !

Pourtant, un jour, elle a fui…

Elle a renoncé, elle aussi.

Et cette fuite lui a laissé un profond sentiment de culpabilité, qui n’en finit plus de la hanter… Contrairement aux apparences, ce personnage, intérieurement torturé, est  en quête d’apaisement.

Pour y parvenir, Annie devra renouer avec son passé. Et quelqu’un qu’elle n’a pas revu depuis des années devra l’accompagner.

Ca balance pas mal !

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A la sortie du collège, mon fils a l’air préoccupé.

– Maman, j’ai peur…

– Pourquoi ?

– Aujourd’hui à l’école, Léa m’a envoyé des mots… Baptiste a menacé d’aller nous dénoncer à la Directrice, elle va peut-être me mettre un avertissement dans le carnet.

Je souris, soulagée.

– Je ne crois pas qu’elle prenne une décision aussi sévère pour quelques petits mots échangés en cours… Mais sache que je ne te félicite pas, une attitude aussi  désinvolte en cours ne me plaît pas.

Pause.

– Cependant, Baptiste n’a pas à agir comme ça non plus. Ce n’est pas correct de balancer les copains. Elle t’écrivait quoi, Léa ? C’était important ou pas ?

– Non, t’inquiète… Elle a trompé Vincent pendant les vacances. Et, comme j’ai discuté avec lui à la récréation, elle voulait savoir s’il l’aimait toujours…

Effectivement, dossier brûlant.

– Tu joues l’assistante sociale, maintenant ? je lui demande, amusée. T’as rien d’autre à faire au collège ?

– Si je ne l’écoute pas, elle va raconter sa vie aux autres donc je préfère qu’elle vide son sac avec moi. Ca évite que tout le collège soit au courant.

– Je vois… Je ne savais pas que tu étais un si bon confident !

– Oui… enfin… Je l’ai quand même dit à Vincent.

– Quoi ???

– Ben oui… Je me suis dit qu’il fallait qu’il soit au courant !

– Mais enfin mon chat, pourquoi t’as fait ça ?

Et lui de se justifier, feignant d’être choqué :

– Maman ! Elle l’a trompé, ça ne se fait pas !!!

Ecouter ainsi un aveugle blâmer la mauvaise vue du borgne me laisse sans voix.

Esquisse#8 : Franck

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Franck constitue le grand rival de Moustache. A cause de lui, Moustache doit réfréner ses ambitions. La place du chef de famille, qu’il brigue dès son arrivée, est déjà prise.

En outre, c’est Franck qui a choisi de l’affubler de ce ridicule prénom. Alors que ce dernier rêvait de lustre et de grandeur, le père des enfants a décidé de l’appeler « Moustache », mettant le reste de la famille du même avis.

Cette blessure narcissique, notre héros ne la lui pardonne pas. C’est ce que j’ai essayé de souligner dans la description qu’il fait de Franck, au chapitre 7, « L’Annonce ». Il brosse un portrait de lui peu flatteur, le trouve quelconque, allant jusqu’à déplorer sa « quarantaine plutôt ingrate ».

En vérité, Moustache est tout simplement jaloux. Jaloux de l’autorité dont Franck dispose au sein de la famille, mais aussi de sa relation avec Annie dont il tombe rapidement amoureux. Et, étant donné que ses sentiments sont directement reliés à son estomac – ou aux caresses qu’il reçoit – vivre auprès de Franck ne l’enchante pas.

En effet, ce dernier le tolère, il ne l’admire pas. Pour Franck, Moustache n’est qu’un chat… Une dénomination que Moustache, évidemment, ne supporte pas !

 

Esquisse#7 : Caroline

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Bouchez-vous les oreilles, je vous présente la petite Caroline !

Oui, Caroline ressemble beaucoup à ma fille, et ce n’est pas uniquement parce qu’elle a huit ans. C’est un petit garçon manqué, à la voix insupportable (il paraît qu’elle a la même que moi, mais vous savez bien que soi-même on ne s’entend pas !). Blondinette, mal coiffée, les cheveux courts, j’avoue que je me suis beaucoup inspirée de ce que j’avais sous le nez… Et, forcément, je me suis amusée.

Ce personnage n’a pas la langue dans sa poche. Elle fait d’ailleurs souvent preuve de plus de perspicacité que son frère. Elle est logique, pragmatique, et d’un tempérament fougueux.

Il m’a semblé judicieux que le frère et la sœur puissent être complémentaires, cette dualité me permettra de débloquer certains nœuds de l’intrigue.

Caroline est bavarde, et elle adore Moustache. Elle lui raconte toutes ses journées par le menu. Lui, évidemment, feint toujours d’être grandement intéressé : Caroline n’a pas son pareil pour le câliner !

D’ordinaire, son frère et elle se chamaillent sans arrêt. Mais l’arrivée d’Henriette va plus que jamais les souder.