Masculin et Féminin sont sur un bateau…

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– Tu as joué à quoi dans le jardin ce matin ?

– J’étais le fils de Batman.

– La fille, tu veux dire…

– Non non, le fils ! Mon père, c’était Batman, et ma mère, Batwoman.

Il y a une tout de même une femme dans son histoire, ce n’est pas si mal.

– Eh oui… Pour faire un enfant, tu sais bien qu’il faut un papa et une maman…

– Ma maman à moi, elle était morte au combat !

Ca m’étonnait aussi…

Juste après avoir accouché, elle s’était faite assassiner. Une affaire rondement menée.

– Elle est gaie ton histoire…

– Ca va, c’est pour rigoler !

Mon sens de l’humour n’est pas démesuré.

Quand je l’imagine à seize ans, j’ai peine à la voir apprêtée pour le bal de fin d’année, discrètement maquillée, cheveux parfaitement lissés. Je la visualise plutôt casquette visée sur la tête, portant un baggy et son éternel skate à la main.

L’avenir est un secret, c’est vrai… Par conséquent, je peux me tromper.

– Maman ! T’as pensé à prendre mon sabre laser ?

Ca ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée sur le sujet.

J’y arrive pas, mon œil !

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Le dimanche – en général – c’est off.

En revanche, pour les devoirs, on se met à l’œuvre après avoir débarrassé la table du petit-déjeuner. Plus vite c’est fait, mieux c’est.

Pour ma fille, exercice de français.

Conjugaisons, je vous hais…

Je prends la bête avec des pincettes.

– Tu veux bien m’épeler le verbe faire, ma petite chérie d’amour de zigouigoui joli ?

J’ai beau soigner mon approche, lourde résistance au démarrage.

Elle souffle.

– Alors… je fais, avec un s… Tu fais… ben… pareil !

A peine passée la première, elle s’arrête.

De mon côté, j’attends.

J’attends…

Ca y est, ça m’agace !

– Alors ?

– Il fait… t.

– Ouiiiiiiii ! Très bien !

Faut embrayer.

– La suite ?

– Nous faisons, vous faisez

– Eh non… C’était vous faites !

Le bolide vient de caler.

– Allez, répète s’il te plaît.

Regard noir :

– Vous faites !

Elle me l’épèle sans se presser, avec la lenteur d’une retraitée.

Je lui oppose un sourire comblé, ma technique est bien rôdée.

– Bien… Et la dernière ?

– Ils… (Elle s’arrête) Mince…, je sais plus.

– T’as qu’à choisir une phrase pour t’aider. Je sais pas, la première qui te passe par la tête… Les parents hum la sieste, les enfants hum la vaisselle…

– Ben non, ça marche pas !

– Quoi ?

– Faudrait plutôt dire les enfants font la sieste les parents font la vaisselle !

Moi, ses difficultés, j’ai tendance à croire que c’est principalement un manque de volonté !

Effluves d’adolescence

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Mon fils vient me voir au bureau.

– Ca y est ? T’as fini ta recherche pour le collège ?

– Non, l’ordinateur n’a plus de batterie…

– Et tu l’as mis à charger ?

Il prend son petit air désolé.

– Ah non… J’y ai pas pensé.

Ca m’a rappelé quand nous jardinions la dernière fois, il était censé ramasser les feuilles. Au bout d’un moment, je l’ai surpris qui rêvassait :

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui ai demandé.

Plus rien… Puisque le sac poubelle était plein.

– Au fait mon chat, je voulais t’informer : la télé est cassée.

– Ah bon ?

– Oui, j’ai vu qu’elle était débranchée…

Silence.

– On est bloqué, tu ne pourras plus jamais la regarder !

Il lève les yeux au ciel, il commence à saisir où je veux en venir.

– Et tant que j’y pense : à partir de maintenant, prends bien soin de tes vêtements…

– Pourquoi ?

– Quand ils seront tous sales, t’iras au collège à poil !

– C’est bon Mamanme dit-il en soufflant, tu peux arrêter, j’ai compris l’idée !

– Rassure-moi : tu réfléchis à ce que tu dis des fois ?

Il m’adresse un grand sourire en retour.

– Avoue… Si je changeais, ça ne te conviendrait pas.

– Tu peux préciser ?

– Tu serais paniquée : tu ne me reconnaîtrais même pas !

Il me regarde les yeux rieurs.

Vive la mauvaise foi…

L’envie soudaine lui prend alors de se blottir contre moi.

– Sois tranquille mon amour…

– Pourquoi tu dis ça ?

– Avec l’odeur que t’as sous les bras, je te retrouverais jusqu’en Alaska !

– Maman !!!!!!

Et les yeux fermés, mon petit chat ! Crois-moi !

Blague et préjugés

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Les enfants viennent souvent lire dans mon bureau. Mais, comme je suis seule à le ranger, voilà ce qui peut parfois arriver :

– Mon chat, j’ai jeté les magazines qui traînaient sur le canapé, ils étaient tous abîmés !

– Oh non ! Me dis pas que t’as balancé tous mes Astrapi ! Y’avait des supers blagues d’orthographe dedans !!!

Je me fige, avant de tourner la tête vers mon conjoint, médusée.

– Tu peux développer ? qu’il lui demande, inquiet.

De mon côté, je suis en panique totale. Je l’imagine déjà, tout seul à la récréassis sur un vieux banc mouillé… Et, pour ne rien gâcher au tableau, on vient bien sûr de lui piquer son goûter.

– Ben, je sais pas… Toutes les lettres de l’alphabet sont en réunion, sauf cinq. Lesquelles ?

La seconde d’après, il nous avait mouchés et moi, la tête dans la poubelle, GTOQP à tout récupérer.

Je suis, vous me suivez (ou les trois, parfois)

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Avant de me plonger dans l’écriture, je faisais régulièrement du footing. Puis, débordée par le travail que cela demandait, j’avais tout arrêté…

J’ai décidé récemment de me faire violence. Je chausse à nouveau mes baskets deux à trois fois par semaine et, dimanche dernier, ma petite famille m’a même accompagnée !

On court tranquillement quand je vois ma fille détaler, toute heureuse de nous doubler :

– Et voilà, c’est moi qui est devant la troupe !

– Qui suis…

– Mais non ! Tu vois bien que c’est vous qui êtes derrière !!!

Je pense, perplexe : « cette conversation n’a aucun sens ! ».

Je ralentis un peu, le temps de comprendre…

Ca y est !

Je « suis », nous « suivons »… Vous me suivez ?

C’est dimanche, il faut beau et elle est en pleine santé… Zut ! Pour une fois, je laisse tomber !

Se trouver de nouvelles facultés

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– Maman, me dit-il alors que je suis concentrée, pense très fort à un chiffre entre 1 et 4 !

J’étais justement sur le point de m’ennuyer…

– Hum… ok, c’est bon.

– 3 !

– Tiens… Et comment t’as deviné ?

– 2 c’est pair, trop simple, et personne ne choisit jamais les chiffres des extrémités !

Ca y est, mon fils est officiellement mentaliste.

Maman, j’ai une responsabilité !

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L’ordinateur me retient en otage toute la journée. Arrivent 16h30 et le bonheur de respirer l’air frais pour aller chercher les enfants, d’un pas guilleret.

Ce soir-là, je vois ma fille sortir en souriant et s’élancer vers moi :

– Maman ! s’exclame-t-elle, toute contente. Ca y est ! J’ai eu une responsabilité !!!

Depuis le temps qu’elle attendait… Elle a l’air plus heureuse que jamais !

En effet, tous les vendredis après-midis, le maître organise un mini-conseil de classe. Les élèves volontaires peuvent ainsi se porter candidat pour des charges qu’ils assumeront la semaine suivante. Au terme d’un vote, les différents rôles sont alors attribués ; sont ainsi désignés le responsable des carnets, celui en charge du tableau, le gardien du silence, etc… Jusque-là, c’est vrai, elle n’en avait jamais décroché.

Super !!! Toutes mes félicitations, mon ange… Alors, raconte ! T’as gagné quelle responsabilité ?

Elle lève les bras en l’air et s’écrie, toute joyeuse :

Je vais m’occuper des poubelles !!! 

Je jette rapidement un coup d’œil circulaire ; les visages autour de nous s’animent d’un sourire qui se veut solidaire.

– C’est vraiment génial, ma chérie…

Avant de poursuivre, baissant la voix :

– Monte vite dans la voiture.

Petite peine de cœur

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Du coin de l’œil, je regarde mon fils. Il est installé sur le canapé du bureau, juste en face de moi. Il a l’air triste…

Soucieuse d’un éventuel problème, je lui demande :

– Ca va, mon petit chat ?

D’ordinaire, il aurait bondi en m’entendant prononcer ces mots… Or il ne réagit pas, ce qui a pour effet de m’inquiéter encore davantage. 

– Bof… Avec ma copine, aujourd’hui, on s’est séparé…

Aussitôt, je lâche mon clavier et tourne la tête vers lui, l’air sincèrement navré :

– Oh mon cœur, je suis désolée…

Il lève simplement les épaules en réponse.

– Et… c’est elle qui a décidé de rompre, ou c’est toi ?

– Nous deux….

Moment de silence.

– N’empêche, ça faisait trois mois qu’on était ensemble… Ca me fait quelque chose, tu comprends…

– J’imagine…

Il me regarde, le visage grave :

– Ben oui… C’était quand même ma douzième !

Heureusement que mon fauteuil a de solides accoudoirs !

Garder la ligne, coûte que coûte !

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Ma fille :

– Maman, tu montes pas manger une glace avec nous ?

– Désolée ma chérie, mais faut que je finisse ce chapitre…

Elle fronce les sourcils, contrariée.

– J’en ai marre  ! Tu travailles tout le temps… Tu fais que ça, travailler !

– Je sais…

– T’as jamais pensé que ton livre, il plairait peut-être à personne ?

Elle ouvre le score, la chipie : 1-0.

– J’avoue que ça m’a parfois traversé l’esprit, en effet…

– Ben pourquoi tu continues, alors ?

Je la regarde droit dans les yeux, sans me départir d’un grand sourire :

– A ton avis, ma chérie ?

Elle réfléchit un moment, puis répond :

– Franchement, j’en sais rien du tout !

Je me penche alors vers elle :

– Tu veux vraiment savoir la vérité ?

– Oui…

– Tu en es sûre ?

Elle opine du chef.

– Très bien, je vais te le dire alors.

D’une main, je lui soulève une mèche de cheveux et lui chuchote à l’oreille :

– Ca m’aide… pour mon régime.

Je me recule et lui adresse un clin d’œil complice sous son air blasé…1 partout, jeune fille !

Je souris. Et quoi ? Ecrire un roman pour garder la ligne, ça se tient, non ?

Leçon de cuisine

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Ma demande de disponibilité vient d’être acceptée.

C’est l’été, la plage est bondée et j’ai des projets plein la tête.

Ma fille a installé son petit restaurant gastronomique en bord de mer, elle s’amuse à jouer les serveuses :

– Bonjour Madame ! dit-elle en s’inclinant. Que souhaitez-vous manger ce midi ?

Je souris avant de lui donner la réplique :

– Je ne sais pas… Vous avez un menu du jour, peut-être ?

– Euh… Ben non !

Michelin n’a qu’à bien se tenir.

Je fais semblant d’hésiter :

– Bon… Eh bien, je ne sais pas… Et si je me laissais tenter par des lasagnes épinards ? Vous croyez que ce serait possible ?

Toute contente, elle acquiesce.

– Avec un verre de limonade et un café allongé, s’il vous plaît.

– Très bien !

Elle tourne ensuite les talons, se rapproche de la grève et s’accroupit pour me préparer une belle assiette de sable. Miam miam… J’en salive à l’avance !

Je la regarde s’affairer, les yeux remplis de tendresse. Avec son râteau, sa pelle en plastique et son gobelet Pat-Patrouille, le service s’annonce aux petits oignons !

Je me dis qu’il faut absolument que je m’inspire d’elle pour un des personnages de mon roman.

Quelques minutes plus tard, la voilà tout à coup qui se retourne et qui m’interpelle de sa voix stridente :

– Mamaaaaan !!!

– Ne crie pas comme ça, tu vois bien qu’il y a des gens autour de nous !

– Tu m’as dit que tu voulais quoi, déjà, avec ton pinard ?

Doux Jésus…