Chapitre 15 : Premier face à face

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Précédemment dans l’histoire :

En plein milieu du dîner, un grand fracas alerte les Malloré. En effet, Rousquille vient de surprendre Moustache en train de les espionner. 

Les Malloré bondirent immédiatement, mais ce fut Franck qui accourut le premier dans la cuisine. Quand il découvrit le chantier que nous avions provoqué, il porta la main à son front, sidéré : la cuisine ressemblait à un champ de bataille ! Et, d’une certaine façon, c’était le cas. Deux ennemis étaient en train de s’y livrer combat.

Tout était sens dessus-dessous… Des éclats de faïence et de verre brisé recouvraient une partie du carrelage. Deux des quatre chaises avaient été renversées, ma gamelle elle aussi avait volé. Des céréales et des croquettes jonchaient le sol… Elles gisaient, ramollies, au milieu des flaques d’eau… Ce terrible gâchis me brisait le cœur. Ma nourriture était sacrée : la vilaine allait me le payer !

Même l’innocent ficus, qui se dressait joliment d’ordinaire à côté de la fenêtre, ne tenait plus que miraculeusement en équilibre entre l’extrémité du plan de travail et le mur éclaboussé de terre. Son pot était fissuré de part en part, et une partie de ses racines pendaient, comme s’il avait été éventré.

Sous l’effet de la colère, j’avais moi-même doublé de volume. Je crachai sans discontinuer en direction du placard, devant lequel Rousquille s’était accroupie. Elle me défiait du regard, pattes avant pliées, prête à bondir, dans un état de fureur indescriptible : d’une seconde à l’autre, elle allait à nouveau me fondre dessus !

De mon côté, je grognais de toutes mes forces pour évacuer l’adrénaline qui montait.

– Henriette, ordonna soudain Franck, retenez Rousquille, je m’occupe de Moustache !

Devant l’urgence de la situation, ce dernier prenait le commandement des opérations.

– Moustache ? Mais qu’est-ce que…, balbutia Henriette, qui essayait péniblement de contenir la fureur de son chien.

J’étais sur le qui-vive. Concentré. En effet, je me préparais à disputer un deuxième round de toute beauté !

– Ne le brusque pas, Papa, implora Caroline d’une voix suppliante. Il doit être terrifié !

Moi, terrifié ? Elle n’avais pas dû bien me regarder. J’étais fou de rage en vérité ! Cet affreux caniche m’avait provoqué. Moi, je n’avais rien demandé, elle m’avait littéralement agressé !

Franck n’eut pas le temps de m’attraper. A peine eut-il avancé un pas vers moi que Rousquille me fonçait à nouveau dessus, piaillant comme une poule en délire !

Aussi sec, je détalai, l’évitant de justesse, puis sautai sur l’évier et renversai au passage la cafetière et le plateau de tasses qui la bordait. Il y eut un deuxième fracas épouvantable, mais je ne pris pas le temps de me retourner.

Déterminé à lui rabattre le caquet, je bondis sur le tabouret, atterris au sol puis repris ma course dans sa direction en contournant la table aussi vite que je pouvais. Elle allait voir, l’effrontée, de quel bois je me chauffais… Venir me provoquer chez moi, non mais quel toupet !

Je m’élançai, mais une grande flaque d’eau dévia ma route. Je dérapai en plein virage et glissai pitoyablement, ratant ma cible de peu… Néanmoins, je me félicitai d’avoir réussi à lui égratigner l’arrière-train au passage ! Sous l’effet de la surprise, Rousquille poussa un cri de douleur aigüe. Apparemment, Madame était douillette… J’étais fier de moi. Elle, verte de rage.

Je souris, avant de me redresser. Un bref coup d’œil avait suffit à me requinquer. Désorientée, cette dernière tournait en rond sur elle-même en geignant comme un cochon malade !

– Mais attrapez-le, ce chat est complètement fou ! s’écria Henriette.

Ses tripes s’étaient serrées à la vue de son caniche ainsi malmené.

Franck me prit alors à revers, puis fondit sur moi. En un rien de temps, il me souleva maladroitement et m’expédia d’un geste sec dans le jardin ! La fenêtre était restée grande ouverte, mon vol plané fut spectaculaire !

Les Malloré tondaient rarement la pelouse. Le matelas touffu du gazon amortit ma chute, et j’atterris mollement dans les herbes hautes bordant la terrasse.

Soucieux de conserver ma dignité, je me relevai aussitôt et, tandis que je m’ébrouai, je pris progressivement conscience de ce qui venait de se passer.

Je n’avais pas rêvé. Là, à l’instant, Franck m’avait balancé comme un vulgaire paquet d’ordures dans le jardin ! Le fourbe, comment avait-il osé ?

Peu après, la perplexité céda la place à l’indignation.

Très bien, sifflai-je.

J’étais plus énervé que jamais. Je voulus retourner à la charge pour achever ce que j’avais commencé. Zut…, pensai-je. Quelqu’un m’avait devancé : la fenêtre avait été refermée !

Je courus du côté opposé, vers la baie vitrée. Quelle ne fut pas ma déception quand je constatai qu’elle aussi, on l’avait verrouillée ! A nouveau, je pestai.

A travers la vitre, j’eus à peine de temps de voir Mamie Henriette disparaître à l’étage. Elle se hâtait de mettre Rousquille en sûreté… Pour cette fois, c’était râpé ! Ravalant ma frustration, je reculai. 

Finalement, me dis-je en moi-même, peu importait. Tôt ou tard, ma revanche viendrait, je le savais. Ce maudit caniche ne perdait rien pour attendre.

En rejoignant mon poste d’observation initial, je pris enfin conscience de l’étendue des dégâts… On aurait dit qu’une grenade avait explosé en plein milieu de la cuisine !

Annie s’affairait, balai à la main. Les enfants, eux, essayaient de remettre en ordre ce qui avait été brisé dans la bagarre. Je les regardais ramasser la casse, petits bouts par petits bouts, la mine triste, redressant le mobilier renversé au passage.

Comme s’il avait senti ma présence, Franck tourna soudain la tête vers la fenêtre et croisa mon regard. Aussitôt, son expression se durcit. Il s’approcha de la vitre et me chassa à nouveau d’un mouvement de bras.

Je le regardai, stupéfait.

Qu’aurais-je donc dû faire ?  miaulai-je, excédé. Laisser ce caniche hystérique me flanquer une dérouillée ? J’étais chez moi, tout de même !

Les yeux de Franck continuaient de me jeter des éclairs. Je soufflai. M‘expliquer n’aurait servi à rien : il était furieux.

Sans répliquer davantage, je décidai d’obtempérer. Tandis que je redescendais, posant la patte sur la terrasse en bois, je me fis la remarque que cette altercation n’allait certainement pas améliorer nos relations.

A cette idée, un curieux sentiment de tristesse, m’envahit soudain. Après tout, qu’en avais-je à faire, de son avis ? Il fallait me ressaisir à tout prix.

Encore une histoire de priorité

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– Hé, mon cœur, pas trois heures sous la douche !!! Je fais tous les jours la leçon aux enfants, m’oblige pas à faire pareil avec toi !

– Désolée Minou… J’aime bien réfléchir sous la douche.

– A quoi ? A l’écologie ? Aux dépenses énergétiques ? Aux pays sous-développés, qui n’ont pas suffisamment d’eau pour se laver ?

– Je pense à mon nouveau roman… J’ai mon idée, j’étais justement en train d’y penser… J’ai envie d’essayer autre chose, je me demande si ça va marcher… Je tiens une idée, tu vois, j’ai bien envie de la développer mais je sais pas si ça vaut le coup. L’histoire m’inspire bien, c’est certain…

– En tous cas, ton roman ne sortira pas du robinet !!! Alors si tu pouvais t’activer, j’apprécierais.

Je le regarde s’en aller, un peu blasée.

On n’a décidément pas le même sens des priorités !

Chapitre 14 : Un dîner glacial

Précédemment dans l’histoire :

Les Malloré entendent Henriette descendre les escaliers. Aussitôt, Annie s’affole : elle presse tout le monde et demande à ses enfants de faire un effort pour être agréables. 

Telle une invitée de marque, Mamie Henriette s’était assise en bout de table. Elle présidait le dîner.

Ses épaules, gelées, étaient recouvertes d’un gilet de laine de l’épaisseur de la banquise. Elle avait le visage aussi glacé qu’un thermomètre de Sibérie.

A sa gauche, Samuel et Caroline s’efforçaient de se tenir correctement, le dos bien droit, imitant du mieux possible une posture d’enfants bien élevés. Qu’ils avaient l’air empoté ! Cette petite comédie était distrayante… Attendre ainsi, sagement, d’être servis, cela leur ressemblait si peu. Et en silence, qui plus est ! 

D’ordinaire, les repas se déroulaient dans une ambiance joyeusement animée : les enfants racontaient leur journée à tour de rôle, en se coupant régulièrement la parole. Les couverts s’échappaient à intervalles réguliers de leurs mains affamées. Ils rebondissaient de temps en temps sur le carrelage, provoquant ce bruit métallique, si caractéristique. En fin de journée, la fatigue les rendait toujours plus maladroits.

Quand Annie déposa sur la table la volaille méticuleusement découpée, je vis toutefois leurs narines frémir. L’odeur appétissante des herbes aromatiques qui suivit acheva de les ranimer. Des senteurs de thym, de laurier et de romarin se mirent à flotter dans l’air, faisant immédiatement saliver l’assemblée.

A moi aussi, la chair tendre du poulet me donnait l’eau à la bouche ! Sa peau luisante, dorée à point, avait été arrosée à la perfection durant la cuisson. Au fond de moi, j’espérais qu’ils m’en réserveraient une part pour plus tard…

Annie attrapa une longue fourchette à deux dents, piqua dans le plat pour servir ses convives, puis composa des assiettes anglaises à l’attention de chacun.

Tout y était : quelques pommes de terre grillées d’un côté, un morceau de viande cuit au four de l’autre, un filet d’assaisonnement pour les amateurs. Et de la salade, pour la couleur.

– Bon appétit ! leur souhaita-t-elle de son plus grand sourire.

Les enfants, répondant comme des bêtes sauvages au signal du départ, se ruèrent sur leur plat en avalant goulûment – presque sans les mâcher – les premières bouchées.

Je me mis aussitôt à rire : leur naturel contrarié était revenu au galop ! Annie secoua la tête, impuissante, mais ne les freina pas pour autant.

Elle semblait inquiète, une question lui brûlait les lèvres.

– Alors Maman ? Comment trouves-tu ce plat ?

– Mmm. La cuisson est correcte, fut la seule réponse de sa mère.

– Parfait… répondit aimablement Annie, un peu déçue. Pour l’agrémenter, poursuivit-elle d’un air qui se voulait naturel, il y a de la moutarde ou du sel de Guérande. Il doit aussi rester du gratin de légumes au réfrigérateur si tu préfères, au lieu des pommes de terre.

Cette dernière était à ses petits soins.

Honnêtement, je ne comprenais pas pourquoi. D’autant qu’Henriette semblait se faire un point d’honneur à maintenir une distance vertigineuse entre elles : elle s’évertuait à garder les yeux fixés sur son assiette !

– Ca ira, répondit-elle laconiquement.

Annie sembla hésiter, puis se lança :

– Tu fais toujours… livrer tes repas… par la même entreprise ?

Le sujet avait l’air sensible. Je vis Henriette se renfrogner légèrement, baissant encore davantage le front.

Frank, visiblement très occupé avec sa cuisse de poulet, ne le remarqua pas, et insista :

– Comment s’appelle-t-elle déjà… ? Ah oui ! Cékikitok, s’exclama-t-il soudain, heureux de constater qu’il ne perdait pas encore tout à fait la mémoire.

Ne te réjouis pas trop vite, pensai-je en fixant son crâne dégarni d’un œil amusé. Ta dégénérescence a déjà commencé : regarde un peu tes cheveux, mon vieux !

Contrairement à lui, j’étais dans la force de l’âge, moi : je n’avais jamais eu le poil aussi soyeux !

Henriette semblait un peu gênée. 

– Oui, c’est bien pratique, ma foi…, reconnut-elle, le regard fuyant.

Henriette ne cuisinait plus depuis qu’elle vivait seule. Ses repas étaient préparés par une centrale qui les lui livrait une fois par jour.

Je me fis aussitôt la remarque qu’elle ne devait probablement rien avoir mangé d’aussi savoureux depuis des semaines. Pourtant, elle s’entêtait à arborer un air détaché, goûtant du bout des lèvres, sans grand enthousiasme, ce qu’Annie lui avait servi avec parcimonie, conformément à son souhait.

– Et cela ne vous manque pas ? demanda Franck courtoisement.

Aussitôt, Annie le fusilla du regard.

– Je veux dire, de ne pas cuisiner ! dit-il en se reprenant vivement.

Sa femme parut soulagée. Décidément, ce nigaud n’en ratait pas une !

– Si vous en avez envie, vous pourriez vous y remettre, cette semaine. Les enfants seraient ravis de vous aider. Ils adorent mettre la main à la pâte, n’est-ce pas ? les interpela-t-il.

Je vis que ces derniers commençaient à s’impatienter. Utiliser les couverts les ralentissait. Ils hochèrent poliment la tête, en posant discrètement leurs fourchettes sur le rebord de l’assiette.

– Nous verrons…, déclara Henriette d’un ton neutre.

– Tu cuisinais si bien, à l’époque, l’encouragea Annie.

– Mmm…, grogna-t-elle. C’était dans une autre vie… Je n’ai plus le temps maintenant, dit-elle en redressant subrepticement les muscles de sa colonne vertébrale.

Elle gagna cinq bons centimètres, et, ce faisant, la pièce en perdit à peu près autant en degrés.

Mamie Henriette regardait ses petits-enfants avec incrédulité : ils avaient dépouillé la carcasse du poulet, et s’étaient mis de la sauce partout sur la figure… Même leurs mains étaient luisantes de gras !

Samuel, qui avait déjà englouti son assiette avec voracité, pelait ce qu’il restait de viande sur son os de poulet. Caroline, quant à elle, se forçait à terminer ses dernières pommes de terre, oubliant une fois sur deux de mâcher la bouche fermée. Henriette les dévisageait, consternée.

Puis, sans un mot, cette dernière se mit à tapoter proprement les coins de sa bouche avec sa serviette, avant de la replier lentement et de la poser, bien à plat, sur la table. La leçon était claire : les bonnes manières, elles, ne faisaient pas de bruit !

Annie, qui observait le manège de sa mère du coin de l’œil, comprit immédiatement le sous-entendu.

– Sam ! Caroline ! Ca suffit !

Caroline et Sam levèrent la tête, surpris.

– Essayez de manger convenablement, je vous prie. Et en silence ! Nous avons l’impression d’être assis à côté de deux camions-poubelles qui travaillent !

Ils échangèrent un regard avec leur père, qui prit aussitôt leur défense :

– Ne sois pas si sévère, ma chérie… Tu vois bien qu’ils se régalent ! Et puis, il est tellement bon ton poulet… Ce serait une folie de ne pas le rouziguer* !

Mamie Henriette ne lui objecta rien de particulier, mais son visage avait pris la teinte du homard bouilli.

Contrariée, cette dernière saisit alors un os dans son assiette et le tendit gentiment à Rousquille. Immédiatement intéressée, le caniche se redressa et renifla délicatement l’objet.

– Va le boulotter tranquillement dans ta gamelle, déclara Henriette d’une voix ferme et autoritaire.

Sous le regard fier de sa maîtresse, Rousquille s’empara précautionneusement de l’os puis trottina vers la cuisine. A la cour, une princesse n’aurait pas fait moins de manières.

– Au fait, s’étonna Annie, ça me fait penser… Quelqu’un aurait-il vu Moustache ce soir ?

Ce fut les derniers mots qui parvinrent à mes oreilles. Rousquille venait de me repérer à la fenêtre !

La seconde d’après, la pièce entière se mit à basculer et un énorme fracas retentit bruyamment dans toute la maison.

* Rouziguer : expression nîmoise signifiant ronger, grignoter.

Esquisse#9 : Annie

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Ah, Annie… La belle Annie, la douce Annie.

Annie est une maman calme…

Aimante et compréhensive…

Dévouée. Organisée.

Diplomate.

Elle prépare les petits-déjeuners, les jus d’orange pressés. Elle retrouve les clés égarées.

En un mot, c’est une femme parfaite ! Une femme idéale. Un roc sur lequel on s’appuie. Je la voulais ainsi… Après tout, L’Esprit de famille est une fiction : j’ai droit à quelques projections !

Pourtant, un jour, elle a fui…

Elle a renoncé, elle aussi.

Et cette fuite lui a laissé un profond sentiment de culpabilité, qui n’en finit plus de la hanter… Contrairement aux apparences, ce personnage, intérieurement torturé, est  en quête d’apaisement.

Pour y parvenir, Annie devra renouer avec son passé. Et quelqu’un qu’elle n’a pas revu depuis des années devra l’accompagner.

Ca balance pas mal !

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A la sortie du collège, mon fils a l’air préoccupé.

– Maman, j’ai peur…

– Pourquoi ?

– Aujourd’hui à l’école, Léa m’a envoyé des mots… Baptiste a menacé d’aller nous dénoncer à la Directrice, elle va peut-être me mettre un avertissement dans le carnet.

Je souris, soulagée.

– Je ne crois pas qu’elle prenne une décision aussi sévère pour quelques petits mots échangés en cours… Mais sache que je ne te félicite pas, une attitude aussi  désinvolte en cours ne me plaît pas.

Pause.

– Cependant, Baptiste n’a pas à agir comme ça non plus. Ce n’est pas correct de balancer les copains. Elle t’écrivait quoi, Léa ? C’était important ou pas ?

– Non, t’inquiète… Elle a trompé Vincent pendant les vacances. Et, comme j’ai discuté avec lui à la récréation, elle voulait savoir s’il l’aimait toujours…

Effectivement, dossier brûlant.

– Tu joues l’assistante sociale, maintenant ? je lui demande, amusée. T’as rien d’autre à faire au collège ?

– Si je ne l’écoute pas, elle va raconter sa vie aux autres donc je préfère qu’elle vide son sac avec moi. Ca évite que tout le collège soit au courant.

– Je vois… Je ne savais pas que tu étais un si bon confident !

– Oui… enfin… Je l’ai quand même dit à Vincent.

– Quoi ???

– Ben oui… Je me suis dit qu’il fallait qu’il soit au courant !

– Mais enfin mon chat, pourquoi t’as fait ça ?

Et lui de se justifier, feignant d’être choqué :

– Maman ! Elle l’a trompé, ça ne se fait pas !!!

Ecouter ainsi un aveugle blâmer la mauvaise vue du borgne me laisse sans voix.

Chapitre 13 : L’Installation

Précédemment dans l’histoire :

Henriette et Rousquille sont en train de s’installer dans la maison. Moustache ne s’est toujours pas montré, préférant continuer à les observer discrètement.

Résolu à en savoir davantage sur nos invitées, j’approchai de la façade arrière de la maison puis, silencieusement, effectuai un grand saut pour atteindre le rebord d’une des fenêtres vitrées du salon. Des pantoufles en feutre n’auraient pas produit moins de bruit.

Jetant un œil à l’intérieur, je vis passer la frêle silhouette de Caroline : on lui avait demandé de monter un bol à l’étage. Elle se concentrait sur l’objet avec la plus grande attention, de crainte d’en renverser maladroitement le contenu sur le carrelage du salon.

Bizarrement, je m’aperçus que Franck avait disparu. Cela ne m’étonnait qu’à moitié : à tous les coups, le lâche était parti se planquer !

Annie et Sam, eux, faisaient des allers-retours entre la cuisine et le salon, dressant la table au plus vite. De là où je me trouvais, j’avais l’impression d’écouter une conversation téléphonique un peu hachée :

– Tu en penses qu- Ma-n, je so- la c-rb-eille à pain ? Je coupe des tr-ches -tôt f-nes ou -paisses ?

J’entendais mal.

– Peu imp- m- chér-, fais comme tu -fères, ça -ra très bien tant que tu ne te coupes pas un d-, répondit-elle tandis que je grimaçais, frustré.

Je pris la décision de descendre du rebord de cette fenêtre, et d’aller me percher quelques mètres plus loin, près de celle de la cuisine. La réception s’améliora, mais je restais toutefois sur mes gardes. Ainsi posté, j’étais plus exposé.

– Tu es gentil de me donner un coup de main, Samuel.

Il émit un léger grognement, avant de rétorquer :

– Tu sais, entre supporter les râleries de Mamie à l’étage ou t’aider à mettre la table, le choix est vite fait…

Annie mima une révérence, balayant l’air d’un tour de bras :

– Ta générosité te perdra, lança-t-elle avec une expression qui oscillait entre un rire évident et une note de désespoir.

Malgré des échanges à voix basse, je distinguai sans peine ce qu’ils disaient :

– Tu l’as bien vu quand elle est arrivée, non ? A peine descendue du train, elle ne pouvait déjà pas s’empêcher de rouspéter !

Je revis en image l’arrivée de la matrone, son pas décidé écrasant le tapis de l’entrée, sa façon de lisser le pli de son imperméable pour effacer toute marque pénible du voyage. Son ton arrogant et autoritaire, tandis qu’elle s’adressait à Franck, résonnait encore dans mes oreilles. Ne vous méprenez pas, je ne le plaignais pas. J’appréhendais plutôt la suite. Cette attitude, en effet, ne signifiait rien de bon.

On aurait dit que cette femme avait été déçue par la moitié de la planète, et qu’elle se méfiait comme de la peste de la moitié restante ! Difficile de croire qu’Annie était sa fille, tant les personnalités des deux femmes étaient diamétralement opposées.

Je vis cette dernière poser une carafe d’eau sur la table et, d’un geste, la faire glisser vers son fils.

– Mamie Henriette a eu une vie difficile, tu sais bien…

– Oui, je sais, répondit-il en récitant à tout vitesse la succession des faits qu’il connaissait par cœur. Papy est mort quand tu étais petite, et, du jour au lendemain, elle s’est retrouvée seule. Elle a dû tout assumer. Elle est devenue de plus en plus aigrie, les années ne l’ont pas arrangée !

Le jeune homme marqua une pause.

– A mon avis, au départ, elle avait quand même un sacré potentiel, balança-t-il en souriant.

Il rit de l’effet que sa réflexion avait produit : sa mère faisait une tête de trois kilomètres !

– En bien… lui dit-elle en lui roulant de gros yeux. Quel résumé édifiant ! Je ne te félicite pas !

Il n’y était pas allé de main morte, me dis-je amusé.

– Ben quoi ? s’exclama-t-il. Grosso modo, c’est ce que tu nous as raconté, non ? fit-il d’un air faussement innocent.

Elle leva les sourcils. Une moue réprobatrice lui fronçait le visage.

– Je pense tout de même avoir fait preuve d’une ou deux subtilités supplémentaires, jeune homme, dit-elle en secouant la tête d’un air mécontent.

Puis, son regard changea subitement, et elle resta pensive un moment.

– Mais tu as raison dans un sens… avoua-t-elle, résignée. Elle s’est retrouvée veuve très jeune, à devoir à la fois m’élever et travailler. A l’époque, je n’étais encore qu’un bébé… Ce n’était pas facile de tout gérer.

Elle fit une pause.

– Et puis, j’ai rencontré ton père… Nous sommes immédiatement tombés très amoureux.

A ces mots, mon museau se tordit. La jalousie venait encore de me piquer douloureusement le cœur. De rage, je feulai. Mais personne à l’intérieur ne le remarqua.

– J’ai décidé de partir avec lui. Du jour au lendemain, j’ai quitté la maison familiale. Je l’ai laissée seule.

– Et quoi ? Elle n’avait qu’à se remarier !

Je le vis un instant réfléchir à ce qu’il venait de dire.

– C’est vrai qu’avec son caractère, les prétendants ne se seraient peut-être pas bousculés au portillon… Cela dit, chaque pot a son couvercle !

– Ce n’est pas si simple… Elle l’avait trouvé, son couvercle, figure-toi, dit-elle en souriant. Papy était son grand amour ! Elle n’a jamais voulu d’autre homme dans sa vie.

Elle émit un bref soupir, avant de reprendre.

– Un jour, toi aussi, tu sauras ce que c’est le grand amour… Quand on le perd, Monsieur Je-sais-tout, dit-elle en lui chatouillant le nez avec un torchon, on ne le remplace pas en un claquement de doigts !

Elle marqua à nouveau une pause, pensive, imaginant probablement à quoi ressemblerait sa vie sans Franck…

Ne t’en fais pas, Annie, je serai toujours là, moi, miaulai-je en caressant tendrement la vitre de la patte.

Un voile gris lui tomba sur les yeux.

– On doit avoir mal, supposa-t-elle. Longtemps… Et très profondément.

Soudain, je vis qu’ils tournaient tous deux la tête vers les escaliers. Je fis un bond de l’autre côté, et aperçus Caroline qui redescendait les marches en pestant. Elle avait l’air énervé : elle passa devant moi sans me voir.

Avec agilité, je regagnai l’autre fenêtre tout en me demandant ce qui avait bien pu la mettre dans un tel état. Quand elle débarqua dans la cuisine, elle paraissait encore plus furieuse. Elle avait les joues empourprées, ses poings rageusement vissés sur les hanches. Ses yeux, eux, lançaient des éclairs noirs :

– L’eau était trop froide pour Rousquille ! Il a fallu que je la change, et que je remplisse le bol une seconde fois. Avec de l’eau tempérée, s’il vous plaît !

De la fumée lui sortait des narines.

– Maman, Mamie n’est là que depuis deux heures, et j’ai déjà envie qu’elle parte !

Caroline avait de multiples qualités, mais la patience n’en faisait pas partie.

J’entendis Annie rire de bon cœur devant sa bouille exaspérée :

– Franchement, poursuivit-elle, je ne comprends pas pourquoi tu t’entêtes à l’inviter à la maison. Tu vois bien que ça la saoule d’être avec nous !

A ces mots, des plis barrèrent immédiatement le front d’Annie, qui la reprit :

– Attention à votre vocabulaire, jeune fille !

Au même moment, la porte du garage s’ouvrit :

– Ca y est ! entendis-je Franck claironner fièrement. Je pense que ça devrait aller !

Caroline devança ma pensée :

– T’étais passé où ? lui demanda-t-elle.

– Au garage. Mamie m’a demandé de monter la chaudière, elle trouvait que le chauffage était réglé trop bas.

– Quoi ? fit Caroline en explosant à nouveau.

– Si seulement sa mauvaise humeur pouvait décongeler avec ! balança Sam.

Franck était sur le point de condamner l’insolence de son fils quand, soudain, tous se retournèrent. Le pas lourd d’Henriette venait de résonner dans les escaliers.

Annie agita aussitôt ses mains en l’air :

– Allez, finissez vite de mettre la table, dit-elle en les pressant. Le poulet est prêt, j’arrive dans une minute ! Et faites un effort pour sourire, ajouta-t-elle, sourcils arqués : on ne vous demande pas non plus la lune !

Le pas traînant, Caroline et Samuel soupirèrent, avant de quitter la pièce.

Esquisse#8 : Franck

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Franck constitue le grand rival de Moustache. A cause de lui, Moustache doit réfréner ses ambitions. La place du chef de famille, qu’il brigue dès son arrivée, est déjà prise.

En outre, c’est Franck qui a choisi de l’affubler de ce ridicule prénom. Alors que ce dernier rêvait de lustre et de grandeur, le père des enfants a décidé de l’appeler « Moustache », mettant le reste de la famille du même avis.

Cette blessure narcissique, notre héros ne la lui pardonne pas. C’est ce que j’ai essayé de souligner dans la description qu’il fait de Franck, au chapitre 7, « L’Annonce ». Il brosse un portrait de lui peu flatteur, le trouve quelconque, allant jusqu’à déplorer sa « quarantaine plutôt ingrate ».

En vérité, Moustache est tout simplement jaloux. Jaloux de l’autorité dont Franck dispose au sein de la famille, mais aussi de sa relation avec Annie dont il tombe rapidement amoureux. Et, étant donné que ses sentiments sont directement reliés à son estomac – ou aux caresses qu’il reçoit – vivre auprès de Franck ne l’enchante pas.

En effet, ce dernier le tolère, il ne l’admire pas. Pour Franck, Moustache n’est qu’un chat… Une dénomination que Moustache, évidemment, ne supporte pas !

 

Esquisse#7 : Caroline

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Bouchez-vous les oreilles, je vous présente la petite Caroline !

Oui, Caroline ressemble beaucoup à ma fille, et ce n’est pas uniquement parce qu’elle a huit ans. C’est un petit garçon manqué, à la voix insupportable (il paraît qu’elle a la même que moi, mais vous savez bien que soi-même on ne s’entend pas !). Blondinette, mal coiffée, les cheveux courts, j’avoue que je me suis beaucoup inspirée de ce que j’avais sous le nez… Et, forcément, je me suis amusée.

Ce personnage n’a pas la langue dans sa poche. Elle fait d’ailleurs souvent preuve de plus de perspicacité que son frère. Elle est logique, pragmatique, et d’un tempérament fougueux.

Il m’a semblé judicieux que le frère et la sœur puissent être complémentaires, cette dualité me permettra de débloquer certains nœuds de l’intrigue.

Caroline est bavarde, et elle adore Moustache. Elle lui raconte toutes ses journées par le menu. Lui, évidemment, feint toujours d’être grandement intéressé : Caroline n’a pas son pareil pour le câliner !

D’ordinaire, son frère et elle se chamaillent sans arrêt. Mais l’arrivée d’Henriette va plus que jamais les souder.

Chapitre 12 : Un chat indispensable

Précédemment dans l’histoire :

Moustache peut enfin mettre un visage sur le prénom d’Henriette. Et un museau sur celui de Rousquille ! Dès la première rencontre, elles lui paraissent aussi détestables l’une que l’autre… Tandis qu’il se retrouve seul à l’extérieur, il appréhende les conséquences de leur présence chez les Malloré.

Je sentis qu’une nuit plus fraîche que d’ordinaire venait de tomber sur le quartier des Glycines.

Bien que nous ne fussions qu’au début du mois d’octobre, les journées avaient déjà commencé à raccourcir. Cependant, l’arrivée d’Henriette nous avait définitivement mis un pied dans l’hiver…

Je pris une seconde pour apprécier le calme invisible qui enveloppait à nouveau le jardin. Il serait de courte durée, je le savais. Je décidai tout de même d’en profiter quelques instants. Mon cœur venait de faire une violente embardée, et il me fallait trouver un moyen de l’apaiser.

Je contemplai les arbres autour de moi, peu concernés par ce qu’il venait de se passer. Imperturbables, ils déroulaient leurs sublimes couleurs automnales : de beaux rouges orangés et de magnifiques dégradés de jaunes, à peine brunis, se répondaient sur des branchages un peu déplumés, désespérément immobiles. Ces derniers, indifférents à la légère brise qui faisait bruisser leurs feuilles, ne semblaient pas sentir arriver le danger… Je n’étais pas dupe. Une tempête approchait à grands pas, et elle avait un nom… Henriette.

J’ignorais totalement quand elle allait éclater. En revanche, il y avait une chose que je savais : le jour où elle s’abattrait, je serai le dernier épargné.

Je redescendis de mon poste de garde, faisant bien attention à ne pas trébucher. Malgré mes multiples précautions, je glissai maladroitement et me rattrapai à nouveau à une branche au dernier moment. Décidément, pour un chat, j’étais un bien piètre équilibriste !

La dernière fois, Franck s’était d’ailleurs bien moqué de moi. J’y repensais tandis que je posai la patte sur l’herbe fraîche de la pelouse.

C’était un dimanche. Comme à son habitude, il lisait le journal, m’observant du coin de l’œil. Installé sur une chaise, juste en face lui, je faisais ma toilette. Je me contorsionnais, lissant ma fourrure avec application quand je m’aperçus soudain qu’un nœud me résistait.

J’étais en train de mordiller la base de cet enroulement de poils, j’avais du mal à en venir à bout. Tant et si bien que, juste après l’avoir délogé, je perdis l’équilibre et basculai ridiculement en arrière, avant de tomber brutalement au sol !

Je me redressai aussitôt, stupéfait et honteux. C’était trop tard : Franck, incrédule, avait suivi ma chute tout du long.

Il éclata alors de rire :

– Eh bien, eh bien… Moustache… Que s’est-il passé ? me railla-t-il, taquin. Un faux mouvement ? Une attaque de brigands ?

Cette interpellation me prit au dépourvu.

Vexé, je répondis par un grognement mauvais.

Annie travaillait dans la salle à manger. Intriguée, elle décrocha  le regard de son ordinateur pour s’enquérir de ce qui se passait :

– Tout va bien ? demanda-t-elle.

– Moustache a dégringolé de la chaise en faisant sa toilette ! répondit Franck qui redoubla d’hilarité. Il s’est écroulé par terre comme un bleu* ! T’aurais dû voir ça, c’était ridicule !!!

Il riait tant que des larmes commençaient à lui perler au bord des yeux. De mon côté, je me sentais terriblement humilié.

– Chérie, fit-il en se tenant les côtes, je crois que nous sommes les seuls à posséder un chat dépourvu du sens de l’équilibre !

Au souvenir de ma chute pitoyable, Franck se mit à nouveau à rire.

Annie, compatissante, me gratifia alors d’une caresse avant de rappeler à son mari qu’il n’avait pas vraiment de leçon à donner :

– Et toi ? Combien de fois t’es-tu coupé en te rasant, tu peux me le dire ? Laisse-le un peu tranquille !

A l’énoncé de cette simple vérité, il eut le bec cloué.

Une nouvelle fois, j’eus la conviction qu’un lien fort nous unissait. Elle ne l’avait pas clairement formulé, il lui fallait encore du temps pour se l’avouer. Pour ma part, j’en étais persuadé : Annie et moi étions destinés à nous aimer. Franck dut sentir le vent tourner, il arrêta aussi sec de se moquer !

Je songeais avec émotion au chemin parcouru depuis mon arrivée tandis que je traversais le jardin, ce soir-là.  Excepté Franck, aucun Malloré ne résistait à l’envie de me cajoler. Et je m’y prêtais bien volontiers ! J’étais devenu indispensable à leur bonheur.

Caroline, par exemple, me livrait toujours le contenu de sa journée dès qu’elle rentrait de l’école. Elle me cherchait partout dans la maison, impatiente de me retrouver. J’avoue, le CE2, ce n’était pas vraiment passionnant… Mais qu’importe ! Car ses caresses étaient un don du ciel.

Après le goûter, elle venait systématiquement me grattouiller derrière l’oreille. De mon côté, je ronronnais de bonheur : j’avais le cœur en fête !

Elle me cajolait et me parlait de Nathan, son grand copain, qui faisait deux fois sa taille et semblait déjà avoir fait sa mue. Quand il parlait, sa voix dérapait, suivant la courbe des montagnes russes.

Ils collectionnaient ensemble des tas de choses : des timbres, des cailloux, des pièces de monnaies qui provenaient de tous les pays du monde. Elle adorait me montrer tous ces objets. Moi, soyons honnête, je m’en moquais… Mais je trouvais important que mon oreille bien peignée fasse l’effort de l’écouter. Elle me livrait tous ses secrets, c’était une grande responsabilité !

Elle me racontait Déborah, la peste de sa classe, une petite blonde aux cheveux longs qui, malgré son visage d’ange, passait son temps à lui chercher des poux dans la tête.

Samuel, de son côté, était incontestablement le plus secret des deux… Il n’en demeurait pas moins attachant. Il reprenait souvent sa sœur à l’ordre. Il lui disait de me laisser tranquille, que je n’étais pas un jouet. Même sans parler, lui et moi, on se comprenait…

Il aimait sa liberté, il préservait aussi la mienne.

Chaque soir, à la nuit tombée, je me faufilais par la chatière de l’entrée et filais en direction de l’étage. Je m’arrêtais devant sa chambre, levais la patte et poussais doucement la porte… J’avais beau faire attention, elle grinçait toujours un peu quand elle s’ouvrait. L’instant d’après, j’atterrissais avec légèreté sur sa couette.

C’était toujours le même rituel. Samuel ouvrait un œil pour me saluer, avant de s’écarter, pour que je puisse moi-même correctement m’installer. Je tricotais son pyjama quelques instants en ronronnant, puis je m’allongeais contre lui. Sa respiration avait le don de me bercer. Ainsi pelotonné, je m’endormais comme un bébé !

Aujourd’hui, je le reconnaissais bien volontiers : des jours heureux coulaient pour moi au 27 rue des Lilas.

Tandis que j’y pensais, les propos de Franck me revinrent subitement en mémoire. Alors oui, j’avais effectivement deux oreilles, une queue et des moustaches, mais j’étais devenu Moustache Malloré, le chat adoré de la famille Malloré !

Dans ma tête, tout était clair : cette place, je l’avais gagnée. C’était la mienne. Personne ne me la ravirait, quel que soit le prix à payer !

*bleu : jeune recrue dans l’armée.

Esquisse#6 : Samuel

Mis en avant

Samuel est le fils aîné des Malloré. Il a quatorze ans.

Moustache et lui ont une relation privilégiée. Chaque soir, en effet, notre héros vient le rejoindre dans son lit sans faire de bruit.

Samuel est un adolescent calme et responsable, qui ne supporte pas l’injustice et aime sa tranquillité. Contrairement à sa sœur, il fait toujours preuve de pondération et de mesure. Malheureusement, l’attitude d’Henriette va le pousser dans ses retranchements et le faire sortir de ses gonds.

En effet, Samuel est un personnage prêt à tout pour protéger ceux qu’il aime.