Ca balance pas mal !

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A la sortie du collège, mon fils a l’air préoccupé.

– Maman, j’ai peur…

– Pourquoi ?

– Aujourd’hui à l’école, Léa m’a envoyé des mots… Baptiste a menacé d’aller nous dénoncer à la Directrice, elle va peut-être me mettre un avertissement dans le carnet.

Je souris, soulagée.

– Je ne crois pas qu’elle prenne une décision aussi sévère pour quelques petits mots échangés en cours… Mais sache que je ne te félicite pas, une attitude aussi  désinvolte en cours ne me plaît pas.

Pause.

– Cependant, Baptiste n’a pas à agir comme ça non plus. Ce n’est pas correct de balancer les copains. Elle t’écrivait quoi, Léa ? C’était important ou pas ?

– Non, t’inquiète… Elle a trompé Vincent pendant les vacances. Et, comme j’ai discuté avec lui à la récréation, elle voulait savoir s’il l’aimait toujours…

Effectivement, dossier brûlant.

– Tu joues l’assistante sociale, maintenant ? je lui demande, amusée. T’as rien d’autre à faire au collège ?

– Si je ne l’écoute pas, elle va raconter sa vie aux autres donc je préfère qu’elle vide son sac avec moi. Ca évite que tout le collège soit au courant.

– Je vois… Je ne savais pas que tu étais un si bon confident !

– Oui… enfin… Je l’ai quand même dit à Vincent.

– Quoi ???

– Ben oui… Je me suis dit qu’il fallait qu’il soit au courant !

– Mais enfin mon chat, pourquoi t’as fait ça ?

Et lui de se justifier, feignant d’être choqué :

– Maman ! Elle l’a trompé, ça ne se fait pas !!!

Ecouter ainsi un aveugle blâmer la mauvaise vue du borgne me laisse sans voix.

La faute à Voltaire

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– Maman, me dit mon fils, faut que je choisisse un nouveau mot de passe. Maintenant que tu connais le mien, ça sert à rien…

Je lui réponds que ce n’est pas la peine, mon propre numéro de carte bleue me sort régulièrement de la tête.

– T’as qu’à choisir « modpas », tout simplement. Comme ça, si tu t’en souviens pas, ta sœur te le retrouvera !

Evidemment, la principale intéressée n’était pas là.  La pauvre… L’orthographe est vraiment sa bête noire.

Même si on essaye de dédramatiser, je ne peux m’empêcher d’être préoccupée.

Sur la porte de chambre, il est écrit « N’entré pa, dangé ! ». Vous le constaterez, cette dernière est sous haute sécurité…

Elle a rapporté de sa classe verte un « caillé de natur », très bien illustré. Cette dénomination n’a malheureusement rien à voir avec les vaches qu’elle venait d’observer. Et, drôle de curiosité, j’ai appris qu’on leur donnait du « fion » à manger…

Quand je lui fais réviser sa dictée, elle essaye de m’extorquer des indices de toute beauté :

– Dis-moi Maman, dans « maintenant », y’aurait pas un « u » par hasard ?

Non, pas de « u »… Et pas de « w » non plus.

C’est un vrai petit garçon manqué : elle ne porte que des shorts, jamais de jupe, même en été. Et pour cause : difficile de grimper dans les arbres ainsi habillée…

Encore un argument tout à fait justifié vous me direz. Très vite, j’ai abandonné l’idée…

Son père, lui, résiste encore. Il ne veut pas lâcher.

Sa fille porte les cheveux courts, ça lui déplaît :

– N’empêche, qu’elle lui fait, j’ai plus besoin de m’embêter à les brosser !

A côté de ça, elle a mis à jour un système de cordes et balles entremêlées dans sa chambre, qu’elle a attaché à la poignée et qui l’informe de notre arrivée.

Dehors, elle a construit un filet pour que ses plantations soient surélevées. Ainsi adaptées, elle arrive à les arroser dans le jardin sans difficulté ; et peu importe que la tondeuse ne puisse plus traverser, ses créations passent en premier.

– Dans « trottinette », ma chérie, n’oublie pas : il y a deux T.

– N’importe quoi ! Y’en a cinq, tu sais même pas compter !

Pendant le confinement, j’ai essayé d’expliquer à mes enfants le fonctionnement des éclipses solaires. Elle m’a gentiment fait remarquer que, telle que je l’avais positionnée, la Terre était mal placée… Ce qui était tout à fait vrai : je m’étais royalement plantée.

– Maman, pourquoi on peut pas vivre au milieu de la forêt ? On ramasserait du bois et on chasserait pour manger !!!

Quand je lui ai dit que Nutella au goûter, faudrait oublier, elle a quand même eut l’air d’hésiter…

Et, comme avec du scotch et trois bouts de ficelle, elle vous fabrique une montgolfière, je me dis que ça ne vaut peut-être pas la peine de s’arracher les cheveux comme j’ai pu le faire…

Pour le reste, c’est la faute à Voltaire.

Maman, tu aimerais mourir comment ?

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Je hochai la tête, l’air entendu, et me fit la remarque que cette femme avait, indubitablement, un goût certain…

– A table !!!

– J’arrive !

Dix minutes plus tard, je m’installe sous trois paires d’yeux qui me mitraillent.

– Désolée, je finissais un truc…

– C’est toujours toi qu’on attend !

A peine je plante mon premier coup fourchette, ma fille me pose une des questions dont elle a le secret :

– Maman, tu aimerais mourir comment ?

Et vlan.

Dix minutes de retard, c’est pas non plus un drame !

– Eh bien… euh… je ne sais pas… Mais ce qui m’arrangerait en tous cas, ce serait que je ne souffre pas.

Pause. Je la regarde.

– Pourquoi ? T’as quelque chose prévu pour moi ?

Elle sourit, je me détends légèrement.

– Moi, j’aimerais mourir en sauvant le monde ! Comme Iron Man, quand il prend le gant de Thanos avec les pierres dedans ! Bon, c’est trop de pouvoirs pour lui, mais il meurt en héros !!!

– C’est sûr, je dis, ça a un peu plus de classe que de s’étrangler avec un Tic Tac… Délicieux, minou, ton filet mignon !

– Ne parle pas, mon cœur. Mâche doucement.

T’as beau râler : quand t’as pas de bol, ben… t’as pas de bol !

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Ma fille, 8 ans, pensive :

– Maman, pourquoi je suis pas un garçon ? C’est trop nul…

– Ah ça, ma chérie, c’est la nature qui décide.

– T’as bien choisi toi, pour Moustache !

– Oui, mais je te rappelle que c’est un personnage de roman. Dans la vraie vie, on ne décide pas de naître fille ou garçon : on a une chance sur deux !

Elle réfléchit quelques secondes, puis s’énerve :

– Pourquoi c’est toujours moi qui tombe sur deux ???!?