Chapitre 18 : De nouveaux appartements

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Précédemment dans l’histoire :

Moustache est allé chercher du réconfort auprès de son ami Mike. Ce dernier lui a conseillé de se faire oublier, le temps de laisser les choses se calmer. Moustache, d’abord outré, reconnaît ensuite à regrets que ce conseil n’est peut-être pas si mauvais…

Une bonne heure s’était écoulée depuis mon accrochage avec Rousquille.

Je déambulais tristement, me rapprochant de la maison sans grand enthousiasme. J’avais le front bas et le moral en berne… Mes pattes, étonnamment molles, semblaient pourtant peser des tonnes.

Tout était calme alentour. La maison des Malloré se dressait derrière une haie. Qui aurait pu soupçonner que, derrière les murs lisses de cette petite maison en briques, une véritable guerre de territoire était en cours ? Personne. Un silence plat régnait.

Depuis la bagarre, j’avais l’estomac douloureusement noué. Devant l’entrée, je distinguai la lumière jaune de l’entrée qui filtrait… Les Malloré ne dormaient pas.

J’avançai prudemment sur le gravier de l’allée. Je reniflai ça et là, truffe aux aguets, à la recherche d’une information quelconque… Je ne percevais rien d’alarmant. Que des odeurs familières autour de moi.

Si je n’avais pas moi-même assisté à l’arrivée de la trouble-fête, rien de ce que je percevais n’aurait pu m’alerter sur un quelconque changement, en dehors des volets roulants qui avaient été fermés et de la voiture qu’on avait déplacée. Elle était à présent garée sur le chemin qui menait au garage.

Mon inquiétude ne faisait qu’augmenter… Et si personne ne m’ouvrait ? J’imaginais déjà passer la nuit dehors, terrorisé à l’idée de me retrouver nez à nez avec Gros Jack. Il chassait tous les soirs dans le quartier, à la faveur de l’obscurité, tapi derrière un bosquet ou caché à l’angle d’une ruelle étroite, attendant patiemment que l’un de nous tombe dans ses filets. 

Quelqu’un déverrouilla une porte au bas de l’allée. J’accourais en direction du bruit métallique quand j’aperçus la tête de Samuel qui dépassait.

Il me guettait.

– Ah Mous, te voilà enfin !

Le poids écrasant ma poitrine se fit soudain plus léger : il y en avait au moins un qui me cherchait !

– Je commençais à me faire du souci… Où avais-tu disparu ?

Je lui fis une fête du tonnerre.

Je me frottai à ses chevilles, ronronnant aussi fort qu’un moteur d’avion prêt à décoller. Ne résistant pas à l’envie de me prendre dans ses bras, il fourra son nez busqué dans mon cou et, tendrement, me câlina :

– Je suis content de te voir, canaille !

Puis, reprenant un air plus sérieux, il déclara :

– Mon vieux, tu lui as mis une sacrée dérouillée, à la Rousquille !

Je me mis à ronronner de plus belle, flatté du compliment.

– Inutile de pavoiser, me sermonna-t-il. Votre prise de becs rend cette cohabitation encore plus compliquée ! J’ai exigé de rester dormir avec toi, mais il faut que tu te tiennes à carreau, dit-il en pointant un doigt accusateur sur moi. Je me suis fait sacrément allumer par Papa…

Je le regardai et miaulai, reconnaissant, pour le remercier.

– J’allais quand même pas t’abandonner ! me dit-il en me gratifiant d’un clin d’œil complice.

Il recula ensuite vers l’intérieur de la maison, refermant la porte derrière nous d’un rapide tour de clés.

Il emboîta le couloir étroit et baissa doucement une poignée de porte qui aurait mérité d’être revissée. Mais la porte en bois sur laquelle elle pendait attendait déjà depuis des années d’être peinte, Franck n’était manifestement pas pressé de s’en occuper…

Bientôt, le poil qu’il tenait dans sa main lui servirait de canne, pensai-je cyniquement.

Quand la porte s’ouvrit, la voix de Samuel se modifia :

– Regarde…, chuchota-t-il en me désignant la pièce. Voici notre nouvelle chambre, Moustache. J’espère que ça te plaît !

Si ça me plaisait ? J’étais aux anges !

Et ravi de constater que la résistance s’organisait.

Une chute de moquette, large, recouvrait la plus grande partie du sol, composé d’une simple chape brute en béton. Dans l’angle, un tabouret avait été descendu de l’étage. Un puissant néon accroché au plafond éclairait habituellement le garage, son désagréable grésillement avait été remplacé par une lampe de chevet un peu vieillotte qui diffusait une douce lumière orangée, suffisante pour s’orienter, sans toutefois être aveuglé.

Au milieu de ce modeste ruban de moquette, un matelas gonflé à bloc trônait fièrement. Il était recouvert d’un linge fraîchement lavé, d’une housse de couette aux motifs marins, assortie de deux coussins. Ces rayures bleues et blanches égayaient l’atmosphère austère que dégageaient les murs en parpaing, tristement gris.

Ma panière, elle, avait été installée juste à gauche du lit. Trois gamelles remplies à ras-bord d’eau, de croquettes et de pâtée la jouxtaient.

J’étais enchanté par ce nouvel aménagement. D’ordinaire assez miteux, le garage avait fait l’objet d’un réel effort de décoration, minimaliste mais fort louable et, bien que meublée chichement, cette pièce nous offrait tout ce dont nous avions besoin ! Elle vibrait d’une ambiance chaleureuse qui me comblait de joie.

Samuel, lui aussi, affichait un sourire radieux. Il disparut moins d’une seconde après : la voix suraiguë de Caroline résonnait dans les escaliers.

– J’en ai marre, c’est toujours Samuel qui a tout ! rouspétait-elle, escortée par son père.

Nous l’entendîmes râler bien avant de la voir apparaître.

– Ne me dis pas que, toi aussi, tu aurais voulu dormir dans le garage ?

Samuel se retourna :

– Il fait plus froid qu’en haut tu sais, la prévint son frère tandis qu’elle déboulait dans la pièce, c’est pas pour les fillettes !

– C’est trop bien de dormir ici ! s’exclama-t-elle, allongeant le cou pour voir le nouvel espace dans lequel Sam et moi allions camper toute la semaine.

– Tu te rappelles qu’ici il n’y a pas de toilettes ? Et que la pièce est truffée d’araignées !… Des grosses faucheuses… Qui passent leur temps à dévorer des mouches grasses, bien juteuses…

Samuel leva un doigt tactique en direction du plafond.

– Regarde leurs toiles. Tu les vois, là ? lui fit son frère en indiquant la myriade de fils gris, perlés de tâches noires, qui pendaient sinistrement au plafond. Elles en sont pleines… Il y en a des dizaines !

D’un mouvement de tête circulaire, elle détaillait le décor au-dessus de sa tête.

Visage fermé, elle avait l’air de moins en moins rassuré : de multiples toiles d’araignées pendaient mollement dans le vide, accrochées aux angles du plafond.

– Bien sûr, celles-ci sont inoffensives…

Il laissa passer une seconde de silence.

– Mais ce n’est pas le cas des autres…

Caroline eut peine à déglutir.

– Les tégénaires, les pholques, passe encore… Mais les araignées sauteuses, cachées sous l’établi… Elles piquent, tu ne savais pas ?

La voix de sa sœur se serra d’un coup.

– Ah bon…? balbutia-t-elle, en proie à une inquiétude qu’elle parvenait de moins en moins à dissimuler.

Son visage acheva de se décomposer tandis qu’elle tournait le cou vers le meuble indiqué. Elle se pencha, observant à la dérobée les longues toiles d’araignées qui s’étiraient dans la pénombre.

– C’est toi qui vois…

Elle se redressa fièrement, faisant mine de réfléchir. Sa décision était déjà prise.

– Bon… On verra demain… dit-elle en jetant ça et là des regards nerveux autour d’elle.

Sam et moi échangeâmes un regard entendu.

– C’est vrai que je me lève souvent la nuit pour faire pipi…, prétexta-elle.

– Je crois que c’est plus raisonnable, en effet. Dans l’obscurité, tu pourrais tomber dans les escaliers, et t’assommer… Imagine l’état dans lequel on te retrouverait !

Arborant une expression dégoûtée, elle tourna les talons puis remonta les escaliers à toute vitesse. Courageuse mais pas téméraire, notre petite allumette !

Samuel esquissa un grand sourire, satisfait de sa prestation, avant de s’adresser de nouveau à moi.

– On va être bien ici, rien que toi et moi !

Je répondis par un miaulement heureux.

– C’est juste une affaire de quelques jours, assura Franck.

Le son de sa voix m’arracha un grognement.

Il voulut m’adresser une caresse amicale, j’évitai son geste d’un instinctif pas en arrière. Il n’était pas prêt de me retoucher : ma rancœur mettrait des années à passer, si tant est qu’un jour je parvienne à lui pardonner !

Franck se releva, beau joueur. Il sourit puis tourna la tête vers son fils :

– Et toi, l’ado révolutionnaire, grand redresseur des injustices félines, lui lança-t-il d’un ton emphatique, je te souhaite une bonne nuit ! On t’a installé un chauffage d’appoint. Ne te plains pas si tu as froid. Maman t’a descendu une couette supplémentaire, tu n’auras qu’à te débrouiller avec.

Ce dernier répondit laconiquement que ça irait.

– On vous appellera tous les soirs depuis l’hôtel. Soyez sages avec Mamie, d’accord ? Et prends bien soin de ta sœur pendant notre absence, on compte sur toi !

D’un hochement de tête, Sam acquiesça.

Ils se prirent dans les bras, puis Frank, enfin, nous laissa.

C’est ça, bonne nuit, Judas* !

Samuel s’allongea sur le matelas de tout son poids. J’agrippai aussitôt sa manche et commençait à la mordiller. Ce dernier n’était manifestement pas d’humeur à jouer.

Il se recroquevilla sur moi et me sourit, l’air navré.

– Désolée, Moustache… Pas ce soir…

Je lui adressai un regard étonné. A son visage froissé, je compris que, même s’il tentait de donner le change, la situation le préoccupait plus qu’il ne l’aurait souhaité.

Pauvre Samuel… Il avait le moral dans les chaussettes…

Tu as agi de façon très courageuse, miaulai-je pour le réconforter. Ces deux mégères ne perdent rien pour attendre !

Il me cajola quelques instants mais, très vite, la fatigue le gagna. Bercé par mes ronronnements réguliers, il s’endormit peu après.

Pelotonné contre lui, je me sentais étonnamment serein. Ce soir, j’avais acquis une certitude : contre vents et marées, Samuel serait toujours à mes côtés.

Ce garçon-là, c’était mon arc-en-ciel à moi.

*Judas : nom employé pour désigner un traître.

Esquisse#4 : Henriette

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Je ne peux pas dévoiler grand-chose de ce personnage, sans spoiler une partie de l’histoire. Pour le moment, ce qu’on sait d’elle ne présente pas ce personnage à son avantage.

Dès les premiers chapitres, je brosse d’elle une image volontairement contraire à l’idée que l’on se fait d’une grand-mère. Les enfants la détestent. Et ils ont de bonnes raisons de le faire : aigrie et acariâtre, elle passe son temps à râler toute la journée !

Elle vit seule depuis des années. Et, quand elle rend visite aux Malloré, elle ne fait aucun effort pour s’adapter.

Pour une cause qu’ils ignorent, Annie, sa fille unique, est la seule qui fait preuve de compréhension à son sujet…

Esquisse#3 : Mike

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Au premier abord, Mike est assez impressionnant, pour ne pas dire terrifiant. Loin d’inspirer aux gens une quelconque sympathie, je l’ai imaginé sale et repoussant.

Mike est un ancien chat de gouttière, né dans la rue, avant d’être abandonné par sa mère. Luttant pour sa survie, il a longtemps erré dans le quartier, glanant ça et là quelques restes à manger.

En fin de journée, il a l’habitude de se rendre à la déchetterie. Là-bas, il trouve en général toujours de quoi se remplir l’estomac. Cependant, il n’est pas tout seul à fréquenter ce lieu, d’autres chats y rôdent régulièrement.

Un soir, Mike fut pris à partie dans une violente bagarre. Malgré le grand courage dont il fit preuve, les autres chats errants décidèrent de se liguer contre lui : ils lui flanquèrent une cinglante dérouillée, avant de s’en aller. Sévèrement meurtri, il resta ainsi toute la nuit, agonisant des heures durant entre un étendoir cassé et un aspirateur à demi-éventré.

Le lendemain matin, Jojoko se rendit à la déchetterie. Elle était à la recherche de quelques objets à réparer et, comme elle vivait seule, ça l’occupait.

Quand elle aperçut sa carcasse mutilée, ce dernier ne respirait presque plus : sans réfléchir, elle courut le confier au bons soins du vétérinaire de Belleville, qui réussit par miracle à le sauver.

Une fois rétabli, il s’empressa de trottiner jusque chez elle. Dans sa vie, jamais quiconque ne s’était soucié de lui. Le geste de la vieille dame l’avait profondément touché, il tenait donc naturellement à la remercier.

Quand il arriva chez elle, il sentit immédiatement que quelque chose clochait. Un représentant était en effet sur le point de l’escroquer… Ce jour-là, ce fut lui qui la tira d’un vilain guêpier.

Ainsi liés, Mike et Jojoko décidèrent de ne plus se quitter. Ils firent vœu, toujours, de se protéger.

Les conseils (du jury de The Voice) #3

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Avec les enfants, on se cale souvent devant The Voice le samedi soir. Oui, nous aussi, on a un avis d’expert à faire valoir.

Je regarde Amel Bent consoler une jeune fille éplorée… Aucun des quatre jurés ne s’est retourné.

Cette dernière tente de la rassurer :

– De toutes façons, que tu chantes sous la douche ou devant une salle comble, le plus important, tu sais, c’est de chanter !

Aussitôt, je manque de m’étrangler :

– Mais bien sûr ! J’imagine, si un éditeur me sortait un jour “Mademoiselle M, vous savez, que vous écriviez des sms ou des romans à succès, le plus important, vous savez, c’est surtout que vous écriviez”… 

Pause.

– Et bé ? Continue, M’man… Qu’est-ce que tu dirais ?

– Rien… Par contre, il prendrait gentiment mon portable dans le nez !

(En me relisant, je ne peux m’empêcher de m’interroger… Cet article risque-t-il de saborder mes chances d’être éditée ?)

Chapitre 5 : La Rixe

Au souvenir de cet épisode, Mike soupira et leva la tête :

– Oh… C’était il y a longtemps…, répondit-il avant de revenir s’installer sur un des fauteuils de la terrasse.

– Je me doute, rétorquai-je du tac au tac.

Il tourna soudainement son museau vers moi, comme si un taon l’avait piqué :

– Pourquoi ? Tu trouves que je suis vieux ?

Son regard était aussi luisant que celui d’un rapace.

– Euh, non ! Pas du tout ! m’excusai-je immédiatement en rentrant instinctivement la tête dans les épaules, tel une tortue se réfugiant dans sa carapace.

Je m’empressai de me justifier, craignant de l’avoir offensé :

T’as l’air d’avoir de l’expérience, c’est ce que je voulais dire… ça se voit tout de suite.

Il me jaugea un instant en silence, ce dernier seulement troublé par le bruit d’une voiture qui passait au loin dans une rue du quartier.

Il prit le parti d’ignorer ma remarque, et émit un léger grognement :

La vie ne m’a pas fait de cadeaux, déclara-t-il alors, tandis que je reprenais ma respiration.

Même si nous avions établi le contact, l’animal n’avait pas l’air commode : je le soupçonnais de pouvoir dégoupiller à tout instant. Mieux valait rester sur mes gardes.

– En ce temps-là, je vivais dans la rue… Je ne dormais que d’un œil, à cause de cette satanée fourrière.

Une chance qu’il ait pu conserver ses habitudes, pensai-je en prenant soin de garder cette réflexion hautement pertinente sous silence.

– Les habitants du quartier sollicitaient les policiers jour et nuit. Qu’est-ce qu’ils ont pu me courir après, ces branquignols, avec leurs filets à la main ! dit-il en se fendant d’un rire gras.

Il marqua une pause et s’allongea sur la terrasse en bois, les pattes croisées.

– A cette époque, poursuivit-il, j’allais tous les soirs à la déchetterie pour me ravitailler. Je n’étais pas difficile… Je me contentais de ce que je trouvais. En ce temps-là, un vieux morceau de poulet ou une arête de sardine faisaient très bien l’affaire… L’essentiel était d’avoir quelque chose à manger.

J’eus un violent haut-le-cœur, et chassai immédiatement ces images de mets infects de ma pensée. Je concentrai alors mon attention sur le souvenir de la pâtée de bœuf que m’avait servie Annie, le matin même, avant de me dire qu’en fin de compte je n’étais pas si mal loti.

– Cependant, l’endroit était mal fréquenté… Et je n’étais pas seul à me battre pour survivre.

Je l’écoutai d’une oreille nettement plus compatissante à présent.

Il afficha un air plus grave, avant de continuer :

– En ce temps-là, vois-tu, je n’étais qu’un vulgaire chat de gouttière. Je faisais peur à tout le monde avec ma dégaine ! Les autres n’osaient pas se frotter à moi et, en général, ils me laissaient tranquille.

Soudain, il fit une étrange grimace. On aurait dit qu’il venait d’avaler du jus de citron… Pur.

– Un soir, je fus pris à parti dans une violente bagarre…

Son œil s’anima alors d’une lueur étrange : manifestement, le souvenir de cet épisode lui était encore douloureux.

– J’ai foncé dans le tas, prêt à en découdre avec chacun des zonards qui tentait de me faire la peau… Ah ça, ils ne m’ont pas raté ! J’ai rendu coup pour coup, tu peux me croire, aussi longtemps que je le pouvais !

Il me regardait droit dans les yeux, et je vis une flamme nouvelle s’y allumer soudain.

– Plus jeune, j’étais une vraie tête-brûlée !

L’instant d’après, un voile de tristesse retomba sur son museau, qui fit soudain baisser son regard comme s’il se sentait honteux.

– Mais ils étaient trop nombreux… Très vite, ils sont parvenus à prendre le dessus.

Il observa un instant de silence.

– Ces crapules m’ont laissé à moitié inconscient, là, au milieu de toute cette puanteur. Je suis resté comme ça, toute la nuit, à attendre la mort… J’agonisais entre un étendoir à linge cassé et un aspirateur à demi-éventré, j’avais du sang partout sur le corps…

Je repensai à mon cube de bois et, pour la seconde fois, je me fis la réflexion qu’en vérité, j’étais incroyablement chanceux.

Mike eut ensuite une absence soudaine, et je vis son regard se perdre dans le vague… J’étais impatient de savoir comment il avait réussi à s’en sortir, je jugeai néanmoins préférable de le laisser se recueillir un moment.

Au bout d’un certain temps, je risquai timidement une relance :

– Et… que s’est-il passé, ensuite… ?

Cette question le fit aussitôt revenir à lui. Il m’adressa un grand sourire puis déclara simplement :

– Jojoko m’a sauvé la vie.

C’était donc ainsi qu’ils s’étaient rencontrés, pensai-je.

– Elle passe souvent à la déchetterie pour y récupérer des vieilleries… C’est là qu’elle m’a trouvé, le lendemain matin. J’étais dans un état lamentable… Mes chances de survie étaient très faibles. Mais elle, elle ne s’est pas posé la moindre question : elle m’a immédiatement conduit chez le vétérinaire de Belleville…

Il fit une pause.

– Je serais mort, ce jour-là, sans son intervention…

Nous échangeâmes un regard. Tout à coup, Mike me parut plus fragile.

Il se dégageait de lui une tristesse profonde, toute-puissante… terriblement touchante.

Mike avait une personnalité à part. Son caractère respirait la solitude et le renfermé, mais il témoignait aussi d’une farouche combativité. Sa détermination, forte, faisait vibrer quelque chose de très pur en lui : c’était sans doute cela, l’élégance de la fierté…

Bon, d’accord, cette élégance s’arrêtait là. Mais rares étaient ceux en avaient autant dans le ventre, songeai-je tandis que je repensais à mes réactions premières de poule mouillée. Quelques minutes auparavant, j’avais été moi-même un parfait trouillard, il était inutile de le nier.

L’instant d’après, il reprenait son histoire et je rivai sur lui un regard neuf, empreint d’une sincère admiration :

– J’avais une dette envers elle. Une fois remis sur pied, j’ai donc voulu aller la remercier… C’était la moindre des choses, non ?

Je fis un mouvement de tête en signe d’approbation.

– Au moment où je suis arrivé, elle ouvrait la porte à un représentant. Au départ, j’ai pensé qu’il valait mieux repasser, mais quelque chose dans l’attitude du vendeur a immédiatement retenu mon attention…

Encore une question de taille

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– Ca va pas mon cœur ? T’as l’air contrariée.

– C’est ce chapitre, là, qui m’énerve !!! J’essaye de le réduire, il est beaucoup trop long ! Si je le coupe en deux – j’y ai bien pensé – je me retrouve avec deux minis-chapitres et ça ne va pas non plus !!!

Il secoue la tête, pensif.

– On a beau dire, la taille, ça compte… Personne ne veut d’une toute petite bière !

– Merci minou. Ca m’aide beaucoup ce genre de réflexion.

Les premiers conseils #1

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C’est Caro (ma copine psy) qui m’a conseillé la première d’ouvrir un blog :

– Faudrait que tu échanges autour de ton travail, ça te permettrait de te faire connaître !

Sa réflexion m’a étonnée… Elle qui déteste aller sur les réseaux sociaux !

Cependant, le conseil était pertinent, j’y repensais régulièrement.

Quand j’ai terminé mon troisième tome, au début du mois de février, je m’y suis collée. Après tout, je n’avais pas grand chose à perdre (si ce n’est d’égratigner un peu ma fierté… et quand bien même, je me suis dit que je m’en relèverais).

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’ouvrir enfin mon blog.

Ma copine Marlène, elle, est prof de lettres en collège. Elle m’a tout de suite annoncé la couleur :

– Je te préviens, la litté jeunesse, c’est pas ma came ! J’ai même bâillé en lisant Harry Potter, t’imagine !

Du coup, je me doutais qu’elle serait sévère.

Je lui ai quand même transmis mon manuscrit, ça n’a pas loupé : elle s’est ennuyé prodigieusement ! Cela dit, elle m’a corrigé toutes les fautes et m’a fait discrètement passer une fiche récapitulative concernant l’usage du passé simple dans le récit… Je l’en remercie.

Avec le recul, je dois reconnaître qu’en effet, au début, la description de mes actions laissait à désirer. Ses conseils m’ont beaucoup fait progresser !

Marion, mon ancienne collègue documentaliste avec qui j’ai partagé un bureau pendant sept ans, m’a dit qu’on ne pouvait pas cueillir de mûres à l’automne… Finement observé ! ai-je de suite pensé.

Après, elle m’a dit qu’on pouvait toujours les acheter surgelées… Mais j’ai préféré mettre une bonne vieille tarte aux quetsches entre les mains des Marchal.

A la fin de sa lecture, elle m’a dit :

– Le problème, c’est que je n’arrive plus à savoir si un roman est bon ou pas. En trente ans de carrière, j‘en ai tellement lu ! Et faut avouery’avait quand même pas mal de navets… Je me suis souvent demandé pourquoi on éditait celui-ci plutôt que celui-là. Parfois, vraiment, je comprenais pas !

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si on regardait le bon côté des choses, c’était encourageant !

Au final, elle a beaucoup aimé ce premier manuscrit. Elle a enchaîné les deux autres tomes dans la foulée ! Yes !!!

Mes enfants

Quand je leur ai annoncé que j’allais arrêter mon travail pour en faire un autre, mon fils et ma fille ont longtemps cherché… Qu’est-ce que Maman allait bien pouvoir faire ? J’ai eu droit à agent immobilier, décoratrice d’intérieur, institutrice… et même dentiste (j’ai pas compris pourquoi, d’ailleurs) ! Bref.

Finalement, quand je leur ai annoncé, mon fils a semblé déçu :

« Pourquoi tu ne fais pas plutôt agent secret ?

-Mon coeur, c’est dangereux, ça, comme métier tu ne trouves pas ?

-Ben ouais, mais au moins y’a de l’action ! »

Ma fille, elle, était sous le choc… Elle me regardait, les yeux écarquillés.

C’est une véritable bille en orthographe : elle déteste écrire !

Elle considère le stylo comme un instrument de torture au service de la barbarie des adultes qui, eux, ayant fini l’école et souffert le martyre, se vengent à présent sur elle et ses camarades sans défense… Pauvres enfants..

Elle m’a dit : « Mais Maman, c’est super nul comme métier !!! »

Oui. J’ai le moral !