Esquisse#3 : Mike

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Au premier abord, Mike est assez impressionnant, pour ne pas dire terrifiant. Loin d’inspirer aux gens une quelconque sympathie, je l’ai imaginé sale et repoussant.

Mike est un ancien chat de gouttière, né dans la rue, avant d’être abandonné par sa mère. Luttant pour sa survie, il a longtemps erré dans le quartier, glanant ça et là quelques restes à manger.

En fin de journée, il a l’habitude de se rendre à la déchetterie. Là-bas, il trouve en général toujours de quoi se remplir l’estomac. Cependant, il n’est pas tout seul à fréquenter ce lieu, d’autres chats y rôdent régulièrement.

Un soir, Mike fut pris à partie dans une violente bagarre. Malgré le grand courage dont il fit preuve, les autres chats errants décidèrent de se liguer contre lui : ils lui flanquèrent une cinglante dérouillée, avant de s’en aller. Sévèrement meurtri, il resta ainsi toute la nuit, agonisant des heures durant entre un étendoir cassé et un aspirateur à demi-éventré.

Le lendemain matin, Jojoko se rendit à la déchetterie. Elle était à la recherche de quelques objets à réparer et, comme elle vivait seule, ça l’occupait.

Quand elle aperçut sa carcasse mutilée, ce dernier ne respirait presque plus : sans réfléchir, elle courut le confier au bons soins du vétérinaire de Belleville, qui réussit par miracle à le sauver.

Une fois rétabli, il s’empressa de trottiner jusque chez elle. Dans sa vie, jamais quiconque ne s’était soucié de lui. Le geste de la vieille dame l’avait profondément touché, il tenait donc naturellement à la remercier.

Quand il arriva chez elle, il sentit immédiatement que quelque chose clochait. Un représentant était en effet sur le point de l’escroquer… Ce jour-là, ce fut lui qui la tira d’un vilain guêpier.

Ainsi liés, Mike et Jojoko décidèrent de ne plus se quitter. Ils firent vœu, toujours, de se protéger.

Esquisse#2 : Moustache Malloré

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 Notre héros est un chat orgueilleux en plus d’être très gourmand. Il a aussi une haute estime de lui-même, ce qui le rend assez susceptible, et je m’amuse beaucoup à jouer de ce trait-là de caractère dans les trois tomes de la saga.

Moustache passe son temps à se mettre en valeur. D’un tempérament coquet, il aime prendre soin de lui. C’est d’ailleurs sa principale activité : toilettes et manucures constituent la majeure partie de son quotidien !

Il souffre toutefois de vertiges chroniques ce qui, pour un chat, est assez étonnant. Comme il est d’un naturel peureux, il panique très vite, contrairement à Mike qui, lui, a rarement froid aux yeux. Leurs caractères étant diamétralement opposés, je trouvais que les lier d’amitié était une bonne idée, et qu’elle rendrait ces deux personnages encore plus attachants. J’espère ne pas m’être trompée.

On dit souvent qui se ressemblent s’assemblent. Ce n’est pas toujours vrai.

Moustache tombe rapidement amoureux d’Annie. C’est elle qui lui donne à manger le matin alors forcément, ça crée des liens. Par opposition, il développera vite une forme de rivalité avec Franck, que j’ai voulu plutôt touchante.

Loin d’être en admiration devant lui, Franck est en effet le seul qui considère Moustache pour ce qu’il est, à savoir un chat. N’en déplaise à ce dernier, c’est la stricte réalité.

Dans l’histoire, Franck occupe une véritable place de chef de famille. Moustache est donc souvent contraint de lui obéir, ce qui n’est pas sans l’agacer. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour le lui signifier dès qu’il en a la possibilité.

Pour s’adapter à sa nouvelle vie, notre héros devra donc voir plus loin que son nombril, et ce ne sera pas toujours facile… Cependant c’est le prix à payer quand on veut faire partie d’une famille aimante et soudée, qui est celle formée par Malloré.

Blague et préjugés

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Les enfants viennent souvent lire dans mon bureau. Mais, comme je suis seule à le ranger, voilà ce qui peut parfois arriver :

– Mon chat, j’ai jeté les magazines qui traînaient sur le canapé, ils étaient tous abîmés !

– Oh non ! Me dis pas que t’as balancé tous mes Astrapi ! Y’avait des supers blagues d’orthographe dedans !!!

Je me fige, avant de tourner la tête vers mon conjoint, médusée.

– Tu peux développer ? qu’il lui demande, inquiet.

De mon côté, je suis en panique totale. Je l’imagine déjà, tout seul à la récréassis sur un vieux banc mouillé… Et, pour ne rien gâcher au tableau, on vient bien sûr de lui piquer son goûter.

– Ben, je sais pas… Toutes les lettres de l’alphabet sont en réunion, sauf cinq. Lesquelles ?

La seconde d’après, il nous avait mouchés et moi, la tête dans la poubelle, GTOQP à tout récupérer.

Esquisse#1 : Jojoko

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En ce moment, je suis en train de chercher la tête de mes personnages.

La première, ou du moins celle que je vous présente aujourd’hui, c’est Jojoko.

Jojoko est un personnage loufoque, d’une tendresse sans borne. Je trouvais amusant que dans mon roman l’un de mes personnages se perde un peu les chèvres… Si on regarde bien, on a tous une Jojoko autour de nous.

Jojoko parle à ses plantes vertes, elle ouvre et ferme les portes des placards plusieurs fois par jour. Elle met toujours ses vieilles charentaises au réfrigérateur, le soir, avant de se coucher. C’est vrai qu’elle aime sentir le frais réveiller ses pieds… Elle dit que ça lui rappelle un peu sa Russie Natale.

Il n’y avait qu’un personnage aussi déjanté capable de recueillir Mike à la déchetterie. Elle y était venue chercher quelques canards à cinq pattes, c’est finalement avec lui qu’elle est repartie… Elle lui a sauvé la vie.

On le sait tous, des familles, il en existe de deux types. Les familles de sang, et des familles de cœur. Celles imposées par la naissance, et celles qu’on a choisies.

Mike et Jojoko sont des figures très fortes de solitude et d’indépendance. Deux âmes cabossées, à la noblesse rare, que le destin fera se rencontrer et qui ne se quitteront plus jamais.

Ah, les beaux jours qui reviennent !

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Ah, les beaux jours qui reviennent !

De mon bureau, je vois le soleil briller depuis ma grande baie vitrée.

Je fais une pause et contemple le paysage au-dehors. J’entends le vent souffler. Je le regarde courir dans le jardin, en appui sur les herbes courbées.

Un bourdon me chatouille l’oreille. Je tourne la tête, je le vois zigzaguer. Il s’approche d’un joli bouton printanier…

Je le regarde qui vient le flairer, l’aile enfiévrée.

– Brrrrrzzzziiiii Brrrrrzzzziiiii… Vos pétales, i’ zouvrent à quelle heure, ma’m’zelle ?

Elle, timide, réserve son mystérieux secret.

Cette rencontre inattendue ravage mon imagination. Une fleur. Un bourdon…

Sous mes yeux, c’est loxymore parfait !

Le silence vrombissant, version végétale ! C’est l‘harmonie du scandale.

C’est le pop corn salé, l‘invention de la glace au Roquefort, la brevétisation du cale-menton (ceux qui ont essayé de dormir dans le métro comprendront).

Le succès de la grenouillère-serpillère, plébiscitée par les jeunes mamans éreintées.

L’industrialisation du savon marron, odeur goudron.

L’idée géniale des pâtes verdâtres, molles comme des calamars (soi-disant, goût épinard).

Vous ne vous êtes jamais demandé, vous-même, comment certaines idées étaient nées ? Là, soudain, j‘entrevois la façon dont le string a un jour été inventé…

Je perçois la poésie qu’il y a, l’été, à porter des sandales ajourées. Leurs menus bras croisés, sur des chaussettes en coton un peu mouillées.

C’est aussi sûrement ainsi, un matin de mai, dans un esprit inspiré, que le premier bijou d’anus est né…

C’est alors que jaillit soudain une fusée ! Surgissant de nulle part, le chat de mon conjoint déboule, l’air passablement énervé. Le voilà qui décoche un sévère coup de patte au bourdon, lui assénant une claque magistrale en plein citron !

J’entends Paf ! puis Bzziouuuuuuuuu… Ensuite, plus rien.

L’inspiration sonnée, je vois le bourdon, assommé, chuter et se planter dans le gazon encore tout frais…

–  Tu crois que ça ennuierait le printemps d’aller sonner à côté ? On s’entend plus ronfler ! semble-t-il m’indiquer, à moitié réveillé.

Les conseils (du jury de The Voice) #3

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Avec les enfants, on se cale souvent devant The Voice le samedi soir. Oui, nous aussi, on a un avis d’expert à faire valoir.

Je regarde Amel Bent consoler une jeune fille éplorée… Aucun des quatre jurés ne s’est retourné.

Cette dernière tente de la rassurer :

– De toutes façons, que tu chantes sous la douche ou devant une salle comble, le plus important, tu sais, c’est de chanter !

Aussitôt, je manque de m’étrangler :

– Mais bien sûr ! J’imagine, si un éditeur me sortait un jour “Mademoiselle M, vous savez, que vous écriviez des sms ou des romans à succès, le plus important, vous savez, c’est surtout que vous écriviez”… 

Pause.

– Et bé ? Continue, M’man… Qu’est-ce que tu dirais ?

– Rien… Par contre, il prendrait gentiment mon portable dans le nez !

(En me relisant, je ne peux m’empêcher de m’interroger… Cet article risque-t-il de saborder mes chances d’être éditée ?)

Encore une question de taille

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– Ca va pas mon cœur ? T’as l’air contrariée.

– C’est ce chapitre, là, qui m’énerve !!! J’essaye de le réduire, il est beaucoup trop long ! Si je le coupe en deux – j’y ai bien pensé – je me retrouve avec deux minis-chapitres et ça ne va pas non plus !!!

Il secoue la tête, pensif.

– On a beau dire, la taille, ça compte… Personne ne veut d’une toute petite bière !

– Merci minou. Ca m’aide beaucoup ce genre de réflexion.

Les conseils sont toujours bons à prendre #2

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J’ai aussi sollicité Virginie, une copine professeure des écoles.  Elle a été l’institutrice d’un de mes enfants et, à force de nous côtoyer, nous sommes devenues amies.

En plus de cuisiner les meilleures quiches de restes de toute l’Occitanie (!), c’est une très grande lectrice :

– Y’avait des fois, franchement, je me marrais toute seule !

J’ai essayé d’améliorer les passages qu’elle préférait pour en faire les moments forts du récit. Ses conseils m’ont également incitée à ajouter encore plus de relief aux personnages.

Carine, de son côté, a de suite tiqué sur le titre :

– Je trouve que ce serait plus accrocheur d’ajouter Moi, juste avant Moustache.

J’ai évalué une poignée de secondes cette possibilité… Moi, Moustache… avant de l’écarter : ça me faisait trop penser à Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée, Prostituée. Franchement, je pouvais pas !

Y’a des associations d’idées, comme ça, qui m’interdisent certaines tournures. J’écris « mine de rien » je pense « mine de crayon » dans la foulée. C’est nul mais c’est un réflexe quasi pavlovien. Je n’arrive plus à dire « si tu savais, j’étais dans un état… » : j’imagine aussitôt à quoi ressemble « l’Ohio », avant de reconnaître une fois de plus ô combien c’est débile.

Je fus cependant reconnaissante à Carine pour sa remarque : après y avoir bien réfléchi, j‘en étais arrivée à la conclusion que Moustache se suffisait à lui-même ! A cette idée, je n’ai pu m’empêcher de sourire…

J‘aime profondément  mon personnage principal. Son arrogance est une merveilleuse source d’inspiration. J’imagine souvent quelle serait sa réaction, placé dans telle ou telle situation, toutes plus improbables les unes que les autres. Au fur et à mesure de l’écriture des tomes, j’ai forcé les traits de son caractère et je le pressurisais dès que possible. Le pauvre… Qu’il se rassure, dès que j’ai fini mes corrections il pourra partir en thérapie : j’attends un peu avant de me lancer dans le tome 4.

Par contre, j’ai une confession à vous faire.

J’ai rayé ma copine Séveu de ma liste de lecteurs-tests.

Je l’adore, attention, le problème n’est pas là. Mais depuis vingt ans qu’on se connaît, je n’ai jamais réussi soutirer un avis critique constructif : même si j’avais une gigantesque éruption cutanée sur le visage, un herpès labial qui me déformait la lèvre supérieure et un soudain strabisme convergent, elle serait capable de me dire que j’ai bonne mine ! Et elle le penserait vraiment, en plus (si si !).

Une jour, je m’en souviens, on passait les vacances d’été ensemble et elle a choisi le dernier yaourt sur la table des desserts. Il était à la fraise. Juste après, elle s’est sentie obligée de préciser :

– C’est parce que j’aime la fraise…

Avec Marlène, on a éclaté de rire !

– Arrête de te justifier, Séveu ! qu’elle lui a dit. Mange-le, ton yaourt à la fraise !

Cependant, c’est mon amie depuis la classe prépa, je lui ai quand même fait lire mes livres. Et vous savez quoi ?

Aussi étonnant que cela puisse sembler, elle n’a pris aucunes pincettes pour me balancer qu’elle avait trouvé ça nul… Elle m’a dit que je n’avais absolument aucun talent, et que jamais un best-seller ne sortirait de ma plume. Que je pouvais m’arrêter là : je n’avais pas le niveau, selon elle. Je dois avouer que, venant de sa part, ça m’a quand même fait un truc…

Mais non, voyons, il est bien évident que je plaisante !

Elle n’aurait jamais pu dire cela, pour la simple et bonne raison qu’elle aurait été victime d’une combustion spontanée inexpliquée bien avant que le premier mot ne sorte de sa bouche. En outre, sous l’effet du choc, la Terre se serait probablement fendue en deux, ce qui fait que vous l’auriez senti vous aussi.

En vérité, j’ai ajouté un brin de suspens car ce qu’elle a pensé de mon travail ne va pas beaucoup vous surprendre : elle a a-do-ré, naturellement… et du début à la fin, s’il vous plaît !!! On dira ce qu’on voudra, mais ça fait toujours du bien.

Leçon de cuisine

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Ma demande de disponibilité vient d’être acceptée.

C’est l’été, la plage est bondée et j’ai des projets plein la tête.

Ma fille a installé son petit restaurant gastronomique en bord de mer, elle s’amuse à jouer les serveuses :

– Bonjour Madame ! dit-elle en s’inclinant. Que souhaitez-vous manger ce midi ?

Je souris avant de lui donner la réplique :

– Je ne sais pas… Vous avez un menu du jour, peut-être ?

– Euh… Ben non !

Michelin n’a qu’à bien se tenir.

Je fais semblant d’hésiter :

– Bon… Eh bien, je ne sais pas… Et si je me laissais tenter par des lasagnes épinards ? Vous croyez que ce serait possible ?

Toute contente, elle acquiesce.

– Avec un verre de limonade et un café allongé, s’il vous plaît.

– Très bien !

Elle tourne ensuite les talons, se rapproche de la grève et s’accroupit pour me préparer une belle assiette de sable. Miam miam… J’en salive à l’avance !

Je la regarde s’affairer, les yeux remplis de tendresse. Avec son râteau, sa pelle en plastique et son gobelet Pat-Patrouille, le service s’annonce aux petits oignons !

Je me dis qu’il faut absolument que je m’inspire d’elle pour un des personnages de mon roman.

Quelques minutes plus tard, la voilà tout à coup qui se retourne et qui m’interpelle de sa voix stridente :

– Mamaaaaan !!!

– Ne crie pas comme ça, tu vois bien qu’il y a des gens autour de nous !

– Tu m’as dit que tu voulais quoi, déjà, avec ton pinard ?

Doux Jésus…

Les premiers conseils #1

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C’est Caro (ma copine psy) qui m’a conseillé la première d’ouvrir un blog :

– Faudrait que tu échanges autour de ton travail, ça te permettrait de te faire connaître !

Sa réflexion m’a étonnée… Elle qui déteste aller sur les réseaux sociaux !

Cependant, le conseil était pertinent, j’y repensais régulièrement.

Quand j’ai terminé mon troisième tome, au début du mois de février, je m’y suis collée. Après tout, je n’avais pas grand chose à perdre (si ce n’est d’égratigner un peu ma fierté… et quand bien même, je me suis dit que je m’en relèverais).

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’ouvrir enfin mon blog.

Ma copine Marlène, elle, est prof de lettres en collège. Elle m’a tout de suite annoncé la couleur :

– Je te préviens, la litté jeunesse, c’est pas ma came ! J’ai même bâillé en lisant Harry Potter, t’imagine !

Du coup, je me doutais qu’elle serait sévère.

Je lui ai quand même transmis mon manuscrit, ça n’a pas loupé : elle s’est ennuyé prodigieusement ! Cela dit, elle m’a corrigé toutes les fautes et m’a fait discrètement passer une fiche récapitulative concernant l’usage du passé simple dans le récit… Je l’en remercie.

Avec le recul, je dois reconnaître qu’en effet, au début, la description de mes actions laissait à désirer. Ses conseils m’ont beaucoup fait progresser !

Marion, mon ancienne collègue documentaliste avec qui j’ai partagé un bureau pendant sept ans, m’a dit qu’on ne pouvait pas cueillir de mûres à l’automne… Finement observé ! ai-je de suite pensé.

Après, elle m’a dit qu’on pouvait toujours les acheter surgelées… Mais j’ai préféré mettre une bonne vieille tarte aux quetsches entre les mains des Marchal.

A la fin de sa lecture, elle m’a dit :

– Le problème, c’est que je n’arrive plus à savoir si un roman est bon ou pas. En trente ans de carrière, j‘en ai tellement lu ! Et faut avouery’avait quand même pas mal de navets… Je me suis souvent demandé pourquoi on éditait celui-ci plutôt que celui-là. Parfois, vraiment, je comprenais pas !

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Si on regardait le bon côté des choses, c’était encourageant !

Au final, elle a beaucoup aimé ce premier manuscrit. Elle a enchaîné les deux autres tomes dans la foulée ! Yes !!!