Chapitre 06 : En voiture, Moustache !

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Précédemment dans l’histoire : Dans le cadre d’un héritage familial, les Malloré ont été mandatés pour instruire la vente d’un manoir isolé en pleine campagne. Pour suivre la vente au plus près, ils s’apprêtent à passer deux semaines de vacances sur les lieux.

Au matin du départ, les Malloré s’affairaient. Bousculé dans ma tranquillité, je décidai de sortir chasser. J’étais en train de guetter deux hirondelles, celles-là mêmes qui m’avaient brocardé au cabinet, quand la voix douce d’Annie vint chatouiller mes oreilles. Attiré par son timbre mélodieux, je dressai la tête :

– Viens par ici, mon petit amour de Moustache ! Ton repas est prêt !

J’arrive, ma belle ! Laisse-moi juste finir de flanquer une dérouillée à ces deux effrontées…

Depuis le temps que j’attendais de me venger !

Cependant, le son de sa voix m’avait déconcentré, ces satanées hirondelles en avaient profité pour filer. Je leur décochai un regard noir tandis qu’elles s’envolaient à tire-d’aile vers un ramage plus haut perché, m’obligeant à remettre ce règlement de comptes à plus tard. Elles aussi ne perdaient rien pour attendre. Continuer la lecture

Chapitre 04 : Le Docteur Chafouin

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Précédemment dans l’histoire : De bon matin, Franck immobilise Moustache et le contraint à entrer de force dans une caisse de transport.

Étendu de tout mon long sur ce qui ressemblait une table d’opération, je regardais un homme de petite taille, vêtu d’une blouse blanche, s’avancer vers moi, impuissant.

– Bonjour Moustache ! Je me présente : je suis le Docteur Chafouin !

Il se pencha sur moi et me gratifia d’une grimace supposée représenter un sourire.

– J’ai beaucoup entendu parler de toi… Je suis enchanté de faire enfin ta connaissance ! Continuer la lecture

Chapitre 01 : Les promesses du printemps

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L’hiver s’en était allé à Belleville, laissant place aux promesses du printemps.

Nous étions au début du mois de mars, il était à peine dix heures du matin.

Depuis quelques jours, la ribambelle de moineaux, geais, mésanges et autres espèces de volatiles étaient revenues de leur migration hivernale. Les branchages du Boulevard Central avaient reformé les rangées d’un amphithéâtre de saison : dans les feuillages des tilleuls, un doux ramage symphonique s’élevait à nouveau, dès les premières lueurs du jour. L’agitation matinale avait repris son cours.

La végétation, complice, fleurissait à son appel. Sur le bord des routes, autour des aires de jeux ou dans les bois environnants, de jolis bourgeons offraient un feuillage hardi à la vue des passants, d’une couleur vert vif, éclatante de vigueur.

Sur la place de l’église, le vieil arbre centenaire surveillait placidement les alentours. Planté au cœur du centre historique de Belleville, il en avait vu passer, des saisons. Pour tous les habitants, ses frondaisons étaient une institution. Continuer la lecture

Le chemin de l’école

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Elle est passé où ? Y’a deux minutes elle était là, à côté de moi ! La chipie… Et voilà ! Une fois de plus, elle est partie cavaler je ne sais où !

Son école et celle de son frère sont éloignées d’environ 300 mètres.

Je me dirige rapidement vers l’établissement du grand, et la retrouve assise sagement devant le portail, sur son petit banc.

– Mais où étais-tu passée ? Je m’inquiétais !

– J’ai trouvé une autre route pour arriver ici !

– Je ne suis pas d’accord. Un jour, tu vas de te perdre dans ces petits chemins de traverse !

– Aucun risque.

– Comment ça ?

– C’est facile : pour arriver au collège, il suffit de suivre les égouts jusqu’au bout, on arrive pile devant !

Dois-je comprendre que l’école, ça pue ? Charmante vision du parcours scolaire !

La bonne recette

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Pour moi, l’écriture ressemble d’assez près au travail du boulanger.

J’assemble les ingrédients, avant de mélanger lentement. Je pétris ensuite la préparation, encore et encore, jusqu’à obtenir une texture lisse. Un matériau souple. Prêt à mettre au four.

Je l’étale consciencieusement avant de le poser sur la plaque.

Les illustrations sont cette chaleur qui fait gonfler la pâte. Je la regarde monter, émerveillée…

Cependant, pour être honnête, j’espère que j’écris mieux que je ne cuisine.

– Maman !!! T’as encore fait brûler les cordons bleus !

Oui, une de mes spécialités. Avec le plat brûlant malencontreusement renversé.

Songez… Il faut tout de même un certain talent pour y arriver !

Masculin et Féminin sont sur un bateau…

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– Tu as joué à quoi dans le jardin ce matin ?

– J’étais le fils de Batman.

– La fille, tu veux dire…

– Non non, le fils ! Mon père, c’était Batman, et ma mère, Batwoman.

Il y a une tout de même une femme dans son histoire, ce n’est pas si mal.

– Eh oui… Pour faire un enfant, tu sais bien qu’il faut un papa et une maman…

– Ma maman à moi, elle était morte au combat !

Ca m’étonnait aussi…

Juste après avoir accouché, elle s’était faite assassiner. Une affaire rondement menée.

– Elle est gaie ton histoire…

– Ca va, c’est pour rigoler !

Mon sens de l’humour n’est pas démesuré.

Quand je l’imagine à seize ans, j’ai peine à la voir apprêtée pour le bal de fin d’année, discrètement maquillée, cheveux parfaitement lissés. Je la visualise plutôt casquette visée sur la tête, portant un baggy et son éternel skate à la main.

L’avenir est un secret, c’est vrai… Par conséquent, je peux me tromper.

– Maman ! T’as pensé à prendre mon sabre laser ?

Ca ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée sur le sujet.

J’y arrive pas, mon œil !

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Le dimanche – en général – c’est off.

En revanche, pour les devoirs, on se met à l’œuvre après avoir débarrassé la table du petit-déjeuner. Plus vite c’est fait, mieux c’est.

Pour ma fille, exercice de français.

Conjugaisons, je vous hais…

Je prends la bête avec des pincettes.

– Tu veux bien m’épeler le verbe faire, ma petite chérie d’amour de zigouigoui joli ?

J’ai beau soigner mon approche, lourde résistance au démarrage.

Elle souffle.

– Alors… je fais, avec un s… Tu fais… ben… pareil !

A peine passée la première, elle s’arrête.

De mon côté, j’attends.

J’attends…

Ca y est, ça m’agace !

– Alors ?

– Il fait… t.

– Ouiiiiiiii ! Très bien !

Faut embrayer.

– La suite ?

– Nous faisons, vous faisez

– Eh non… C’était vous faites !

Le bolide vient de caler.

– Allez, répète s’il te plaît.

Regard noir :

– Vous faites !

Elle me l’épèle sans se presser, avec la lenteur d’une retraitée.

Je lui oppose un sourire comblé, ma technique est bien rôdée.

– Bien… Et la dernière ?

– Ils… (Elle s’arrête) Mince…, je sais plus.

– T’as qu’à choisir une phrase pour t’aider. Je sais pas, la première qui te passe par la tête… Les parents hum la sieste, les enfants hum la vaisselle…

– Ben non, ça marche pas !

– Quoi ?

– Faudrait plutôt dire les enfants font la sieste les parents font la vaisselle !

Moi, ses difficultés, j’ai tendance à croire que c’est principalement un manque de volonté !

Adaptation des droits

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Je finis ma conversation téléphonique.

 Il arrive dans le bureau, surexcité :

– Alors ? Ils ont décidé quoi ?

– Pardon ?

– Comme t’étais occupée, j’avais dit aux studios Pixar de te rappeler. Ils te rachètent les droits ou pas ?

Je soupire, blasée.

– Minou…

– Oui …?

– Plutôt que de t’ennuyer, t’as pas un mur à poncer ?

Effluves d’adolescence

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Mon fils vient me voir au bureau.

– Ca y est ? T’as fini ta recherche pour le collège ?

– Non, l’ordinateur n’a plus de batterie…

– Et tu l’as mis à charger ?

Il prend son petit air désolé.

– Ah non… J’y ai pas pensé.

Ca m’a rappelé quand nous jardinions la dernière fois, il était censé ramasser les feuilles. Au bout d’un moment, je l’ai surpris qui rêvassait :

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui ai demandé.

Plus rien… Puisque le sac poubelle était plein.

– Au fait mon chat, je voulais t’informer : la télé est cassée.

– Ah bon ?

– Oui, j’ai vu qu’elle était débranchée…

Silence.

– On est bloqué, tu ne pourras plus jamais la regarder !

Il lève les yeux au ciel, il commence à saisir où je veux en venir.

– Et tant que j’y pense : à partir de maintenant, prends bien soin de tes vêtements…

– Pourquoi ?

– Quand ils seront tous sales, t’iras au collège à poil !

– C’est bon Mamanme dit-il en soufflant, tu peux arrêter, j’ai compris l’idée !

– Rassure-moi : tu réfléchis à ce que tu dis des fois ?

Il m’adresse un grand sourire en retour.

– Avoue… Si je changeais, ça ne te conviendrait pas.

– Tu peux préciser ?

– Tu serais paniquée : tu ne me reconnaîtrais même pas !

Il me regarde les yeux rieurs.

Vive la mauvaise foi…

L’envie soudaine lui prend alors de se blottir contre moi.

– Sois tranquille mon amour…

– Pourquoi tu dis ça ?

– Avec l’odeur que t’as sous les bras, je te retrouverais jusqu’en Alaska !

– Maman !!!!!!

Et les yeux fermés, mon petit chat ! Crois-moi !

Ca va pas fort, mais faut pas exagérer !

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– Je ne comprends pas… J’ai passé ma journée à travailler. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir rien fait…

– Je suis sûr que c’est pas vrai !

– Si !

Je tape du pied (oui, j’ai aussi ce vilain côté).

– En plus, j’ai mal dormi…

Il se remet à bricoler.

– T’as vu le temps qu’il fait… ? C’est horrible : il pleut sans arrêt !

Il sourit.

– Si je comprends bien, y’a rien qui va aujourd’hui.

Comment il sait ?

– Là, même si je te proposais de partir à Bora-Bora, je suis sûr tu ne voudrais pas !

Je le regarde. Il est fou ou quoi ?

– Ouais, dit-il avec un petit sourire amusé. Je me disais, aussi… J’étais peut-être allé un peu loin !

Si tu veux connaître le fond de ma pensée, je dirais plutôt pas assez, en vérité.

Bref.

Je retourne bosser, toujours aussi déprimée. 

Ah, Bora-Bora… Un jour viendra, tu seras à moi… Et ce jour-là, surtout, faites que je ne croise pas un chat !