Chapitre 04 : Le Docteur Chafouin

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Précédemment dans l’histoire : De bon matin, Franck immobilise Moustache et le contraint à entrer de force dans une caisse de transport.

Étendu de tout mon long sur ce qui ressemblait une table d’opération, je regardais un homme de petite taille, vêtu d’une blouse blanche, s’avancer vers moi, impuissant.

– Bonjour Moustache ! Je me présente : je suis le Docteur Chafouin !

Il se pencha sur moi et me gratifia d’une grimace supposée représenter un sourire.

– J’ai beaucoup entendu parler de toi… Je suis enchanté de faire enfin ta connaissance ! Continuer la lecture

Chapitre 01 : Les promesses du printemps

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L’hiver s’en était allé à Belleville, laissant place aux promesses du printemps.

Nous étions au début du mois de mars, il était à peine dix heures du matin.

Depuis quelques jours, la ribambelle de moineaux, geais, mésanges et autres espèces de volatiles étaient revenues de leur migration hivernale. Les branchages du Boulevard Central avaient reformé les rangées d’un amphithéâtre de saison : dans les feuillages des tilleuls, un doux ramage symphonique s’élevait à nouveau, dès les premières lueurs du jour. L’agitation matinale avait repris son cours.

La végétation, complice, fleurissait à son appel. Sur le bord des routes, autour des aires de jeux ou dans les bois environnants, de jolis bourgeons offraient un feuillage hardi à la vue des passants, d’une couleur vert vif, éclatante de vigueur.

Sur la place de l’église, le vieil arbre centenaire surveillait placidement les alentours. Planté au cœur du centre historique de Belleville, il en avait vu passer, des saisons. Pour tous les habitants, ses frondaisons étaient une institution.

Avec son tronc tendre et massif, légèrement bombé sur le devant, il était à l’image de la ville, calme et tranquille.

C’était la raison pour laquelle ce dernier pardonnait volontiers aux Bellevillois leur seule véritable fantaisie de l’année : la traditionnelle participation de la ville au concours régional du Plus beau village fleuri ! A chaque nouvelle édition, en effet, les Bellevillois espéraient remporter la Fleur d’or tant convoitée. Mais la suprême récompense leur passait systématiquement sous le nez.

Dans l’air, l’agitation montait, le vieux chêne le sentait.

Les habitants, que l’impatience commençait à chatouiller, ne tarderaient pas à parer sa vieille écorce de rubans colorés. Le tronc rugueux du vieux chêne se contracta à cette idée. Tout de même, je ne suis pas un vulgaire sapin de Noël ! semblait-il penser, la feuille contrariée.

Impuissant, ce dernier subissait chaque année un travestissement des plus gênants… Au début, il avait essayé de puiser dans l’enthousiasme des habitants une maigre consolation à son humiliation. Ce dédommagement était rapidement devenu insuffisant : le ridicule de son accoutrement allait chaque fois en empirant !

Bientôt, des gerbes de fleurs et des bouquets garnis fleuriraient aux quatre coins de Belleville, assurant ainsi le bonheur de ses administrés. Cette année, ils étaient plus que jamais déterminés à gagner. 

En dehors cette effervescence ponctuelle, force était de reconnaître que Belleville était une ville tout à fait ordinaire. Elle faisait très peu parler d’elle, les Bellevillois aimaient leur tranquillité. Beaucoup s’investissaient dans des projets de la cité, soucieux de préserver un cadre de vie privilégié, à distance des incivilités que l’on pouvait rencontrer dans les agglomérations voisines. Et les événements qui s’étaient déroulés l’année passée n’avaient fait que renforcer cette volonté…

A l’automne dernier, Belleville avait été secouée par une série d’odieux cambriolages, dont le caractère insolite avait défrayé la chronique. L’affaire, d’une gravité sans précédent pour une ville aussi paisible que Belleville, avait largement été relayée dans les médias.

Les malfaiteurs avaient bien sûr été arrêtés par les autorités. L’histoire, classée au rang d’un banal fait divers par la presse. Mais les Bellevillois, traumatisés, demeuraient encore profondément choqués.

Le vieux chêne avait suivi l’affaire de près. Enraciné dans ce terreau depuis plus d’un siècle, il avait eu vent de chaque détail, informé par des promeneurs hébétés livrant confidence à son pied. Les plus émus émus d’entre eux, contraints de s’asseoir un instant sur le banc que le vieux chêne couvait précieusement, n’avaient pas caché leur stupeur. L’air était parfois venu à leur manquer sous l’effet des révélations énoncées.

Aujourd’hui, ce dramatique incident, heureusement, n’était plus qu’un mauvais souvenir. La vie avait repris son cours. Les pauses des promeneurs, leur habituelle convivialité. Le vieux chêne, plus contemplatif que jamais, méditait avec passivité sous la lumière dorée du jour qui se levait.

Les rayons du soleil miroitaient sur les pavés, flattant amicalement les jeunes feuilles qui, lentement, se dépliaient, quand une furieuse agitation égaya soudain la crête du chêne centenaire. Deux hirondelles venaient de s’y poser, hilares ! L’air débonnaire, le vieil arbre s’en étonna à peine. Imperturbable, il replongea presque aussitôt dans sa méditation.

Les deux volatiles se tapaient le ventre de leurs ailes frétillantes. Perchées sur la cime de l’arbre, elles étaient incapables de s’arrêter, en proie à un irrépressible fou rire ! Regards rivés vers le bas, les hirondelles riaient comme des baleines.

En effet, de là où elles se trouvaient, elles bénéficiaient d’une vue imprenable sur le cabinet de consultations du Dr Chafouin. Et le spectacle auquel elles assistaient leur offrait une réjouissance inespérée : leur terrible ennemi gisait, là, en bas, sur la table d’opération du seul et unique vétérinaire du village. Les yeux vides, il semblait inerte, installé dans une position des plus grotesques.

Vous vous demandez certainement qui était ce pauvre malheureux ? Cette misérable victime, dont nos deux têtes de pioches se moquaient effrontément ?

Eh bien oui. C’était moi… Moustache !

Moi, qui avais passé mes soirées d’hiver au coin du feu à faire du gras et à promener ma patte sur mon nouveau collier, caressant jusqu’à l’user de fierté le pendentif que m’avait décerné, au nom de la municipalité, M. Le Maire en personne…

Oui, moi, LIntrépide héros !, comme l’avaient judicieusement titré les journaux. Depuis l’affaire, les séances photos s’étaient enchaînées à un rythme effréné, j‘avais fait la Une des magazines plusieurs semaines d’affilée. Profil droit, profil gauche, port altier. Toujours, buste gonflé de fierté. Partout où j’allais, on m’adulait !

Moi, dont le prénom avait inondé les ondes radiophoniques du département. Les Malloré, maintes fois interviewés, revenaient des studios les bras chargés de nouvelles marques de pâtées, que des annonceurs me suppliaient de tester… Je découvris la joie nouvelle de rendre service, avant qu’Annie ne me menace d’un régime.

Si ma silhouette s’était légèrement épaissie, celle de Franck, elle, s’était carrément dilatée : son ventre avait enflé comme une bouée ! Peu concernée, sa femme n’avait pas l’air de s’en préoccuper. Ces derniers mois, elle n’avait d’yeux que pour moi.

Moi, le chat adoré, tigré et roux des Malloré, dont le courage, la distinction et le charme naturel n’était plus à prouver. Agile comme un furet, vif comme un écureuil. A Belleville, ma réputation n’était plus à faire. Pour tous, j’étais une légende vivante ! 

Pourtant, en cet instant précis, j’avais autant de vivacité qu’une huître d’élevage…

Les yeux des hirondelles étaient embués de larmes. Elles se bidonnaient toujours allègrement et, ce faisant, elles me distinguaient de plus en plus difficilement. De mon côté, malheureusement, je n’avais pas cette chance.

Incapable du moindre geste, je ne perdais rien de leur vilenie : je les entendaient qui jubilaient et riaient à gorges déployées, comme des bécasses ! Bien malgré moi, j’étais devenu l’acteur impuissant d’une tragédie dont elles se délectaient.

Intérieurement, je fulminais. 

Cependant, que pouvais-je faire ? Le Docteur Chafouin m’avait étendu sur le dos, sur une longue plaque de métal sépulcrale, dans une posture outrageusement humiliante. Je n’avais plus rien à voir avec le terrible prédateur auquel elles s’étaient frottées par le passé… Je me sentais ridicule, ainsi positionné. Les pattes en éventail, j’avais tout d’une étoile de mer écrasée par une poêle à frire !

Un soubresaut de colère anima mes paupières. Vexé, je les observai du coin de l’œil.

Dans un pénible effort, je tentai un rictus désespéré, destiné à les menacer. Un autre message dût leur parvenir… Elles redoublèrent d’hilarité, battant l’air d’un rapide coup d’aile pour ne pas dégringoler.

Riez les filles, riez. Rira bien qui rira le dernier… !

Je songeai aux événements qui s’étaient déroulés plus tôt dans la matinée. Je reconnaissais à présent que j’avais commis une erreur. Une grave erreur… J’aurais dû me méfier.

La journée, en effet, avait un peu trop bien commencé.

Le chemin de l’école

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Elle est passé où ? Y’a deux minutes elle était là, à côté de moi ! La chipie… Et voilà ! Une fois de plus, elle est partie cavaler je ne sais où !

Son école et celle de son frère sont éloignées d’environ 300 mètres.

Je me dirige rapidement vers l’établissement du grand, et la retrouve assise sagement devant le portail, sur son petit banc.

– Mais où étais-tu passée ? Je m’inquiétais !

– J’ai trouvé une autre route pour arriver ici !

– Je ne suis pas d’accord. Un jour, tu vas de te perdre dans ces petits chemins de traverse !

– Aucun risque.

– Comment ça ?

– C’est facile : pour arriver au collège, il suffit de suivre les égouts jusqu’au bout, on arrive pile devant !

Dois-je comprendre que l’école, ça pue ? Charmante vision du parcours scolaire !

La bonne recette

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Pour moi, l’écriture ressemble d’assez près au travail du boulanger.

J’assemble les ingrédients, avant de mélanger lentement. Je pétris ensuite la préparation, encore et encore, jusqu’à obtenir une texture lisse. Un matériau souple. Prêt à mettre au four.

Je l’étale consciencieusement avant de le poser sur la plaque.

Les illustrations sont cette chaleur qui fait gonfler la pâte. Je la regarde monter, émerveillée…

Cependant, pour être honnête, j’espère que j’écris mieux que je ne cuisine.

– Maman !!! T’as encore fait brûler les cordons bleus !

Oui, une de mes spécialités. Avec le plat brûlant malencontreusement renversé.

Songez… Il faut tout de même un certain talent pour y arriver !

Masculin et Féminin sont sur un bateau…

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– Tu as joué à quoi dans le jardin ce matin ?

– J’étais le fils de Batman.

– La fille, tu veux dire…

– Non non, le fils ! Mon père, c’était Batman, et ma mère, Batwoman.

Il y a une tout de même une femme dans son histoire, ce n’est pas si mal.

– Eh oui… Pour faire un enfant, tu sais bien qu’il faut un papa et une maman…

– Ma maman à moi, elle était morte au combat !

Ca m’étonnait aussi…

Juste après avoir accouché, elle s’était faite assassiner. Une affaire rondement menée.

– Elle est gaie ton histoire…

– Ca va, c’est pour rigoler !

Mon sens de l’humour n’est pas démesuré.

Quand je l’imagine à seize ans, j’ai peine à la voir apprêtée pour le bal de fin d’année, discrètement maquillée, cheveux parfaitement lissés. Je la visualise plutôt casquette visée sur la tête, portant un baggy et son éternel skate à la main.

L’avenir est un secret, c’est vrai… Par conséquent, je peux me tromper.

– Maman ! T’as pensé à prendre mon sabre laser ?

Ca ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée sur le sujet.

J’y arrive pas, mon œil !

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Le dimanche – en général – c’est off.

En revanche, pour les devoirs, on se met à l’œuvre après avoir débarrassé la table du petit-déjeuner. Plus vite c’est fait, mieux c’est.

Pour ma fille, exercice de français.

Conjugaisons, je vous hais…

Je prends la bête avec des pincettes.

– Tu veux bien m’épeler le verbe faire, ma petite chérie d’amour de zigouigoui joli ?

J’ai beau soigner mon approche, lourde résistance au démarrage.

Elle souffle.

– Alors… je fais, avec un s… Tu fais… ben… pareil !

A peine passée la première, elle s’arrête.

De mon côté, j’attends.

J’attends…

Ca y est, ça m’agace !

– Alors ?

– Il fait… t.

– Ouiiiiiiii ! Très bien !

Faut embrayer.

– La suite ?

– Nous faisons, vous faisez

– Eh non… C’était vous faites !

Le bolide vient de caler.

– Allez, répète s’il te plaît.

Regard noir :

– Vous faites !

Elle me l’épèle sans se presser, avec la lenteur d’une retraitée.

Je lui oppose un sourire comblé, ma technique est bien rôdée.

– Bien… Et la dernière ?

– Ils… (Elle s’arrête) Mince…, je sais plus.

– T’as qu’à choisir une phrase pour t’aider. Je sais pas, la première qui te passe par la tête… Les parents hum la sieste, les enfants hum la vaisselle…

– Ben non, ça marche pas !

– Quoi ?

– Faudrait plutôt dire les enfants font la sieste les parents font la vaisselle !

Moi, ses difficultés, j’ai tendance à croire que c’est principalement un manque de volonté !

Adaptation des droits

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Je finis ma conversation téléphonique.

 Il arrive dans le bureau, surexcité :

– Alors ? Ils ont décidé quoi ?

– Pardon ?

– Comme t’étais occupée, j’avais dit aux studios Pixar de te rappeler. Ils te rachètent les droits ou pas ?

Je soupire, blasée.

– Minou…

– Oui …?

– Plutôt que de t’ennuyer, t’as pas un mur à poncer ?

Effluves d’adolescence

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Mon fils vient me voir au bureau.

– Ca y est ? T’as fini ta recherche pour le collège ?

– Non, l’ordinateur n’a plus de batterie…

– Et tu l’as mis à charger ?

Il prend son petit air désolé.

– Ah non… J’y ai pas pensé.

Ca m’a rappelé quand nous jardinions la dernière fois, il était censé ramasser les feuilles. Au bout d’un moment, je l’ai surpris qui rêvassait :

– Qu’est-ce que tu fais ? je lui ai demandé.

Plus rien… Puisque le sac poubelle était plein.

– Au fait mon chat, je voulais t’informer : la télé est cassée.

– Ah bon ?

– Oui, j’ai vu qu’elle était débranchée…

Silence.

– On est bloqué, tu ne pourras plus jamais la regarder !

Il lève les yeux au ciel, il commence à saisir où je veux en venir.

– Et tant que j’y pense : à partir de maintenant, prends bien soin de tes vêtements…

– Pourquoi ?

– Quand ils seront tous sales, t’iras au collège à poil !

– C’est bon Mamanme dit-il en soufflant, tu peux arrêter, j’ai compris l’idée !

– Rassure-moi : tu réfléchis à ce que tu dis des fois ?

Il m’adresse un grand sourire en retour.

– Avoue… Si je changeais, ça ne te conviendrait pas.

– Tu peux préciser ?

– Tu serais paniquée : tu ne me reconnaîtrais même pas !

Il me regarde les yeux rieurs.

Vive la mauvaise foi…

L’envie soudaine lui prend alors de se blottir contre moi.

– Sois tranquille mon amour…

– Pourquoi tu dis ça ?

– Avec l’odeur que t’as sous les bras, je te retrouverais jusqu’en Alaska !

– Maman !!!!!!

Et les yeux fermés, mon petit chat ! Crois-moi !

Ca va pas fort, mais faut pas exagérer !

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– Je ne comprends pas… J’ai passé ma journée à travailler. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir rien fait…

– Je suis sûr que c’est pas vrai !

– Si !

Je tape du pied (oui, j’ai aussi ce vilain côté).

– En plus, j’ai mal dormi…

Il se remet à bricoler.

– T’as vu le temps qu’il fait… ? C’est horrible : il pleut sans arrêt !

Il sourit.

– Si je comprends bien, y’a rien qui va aujourd’hui.

Comment il sait ?

– Là, même si je te proposais de partir à Bora-Bora, je suis sûr tu ne voudrais pas !

Je le regarde. Il est fou ou quoi ?

– Ouais, dit-il avec un petit sourire amusé. Je me disais, aussi… J’étais peut-être allé un peu loin !

Si tu veux connaître le fond de ma pensée, je dirais plutôt pas assez, en vérité.

Bref.

Je retourne bosser, toujours aussi déprimée. 

Ah, Bora-Bora… Un jour viendra, tu seras à moi… Et ce jour-là, surtout, faites que je ne croise pas un chat !

La faute à Voltaire

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– Maman, me dit mon fils, faut que je choisisse un nouveau mot de passe. Maintenant que tu connais le mien, ça sert à rien…

Je lui réponds que ce n’est pas la peine, mon propre numéro de carte bleue me sort régulièrement de la tête.

– T’as qu’à choisir « modpas », tout simplement. Comme ça, si tu t’en souviens pas, ta sœur te le retrouvera !

Evidemment, la principale intéressée n’était pas là.  La pauvre… L’orthographe est vraiment sa bête noire.

Même si on essaye de dédramatiser, je ne peux m’empêcher d’être préoccupée.

Sur la porte de chambre, il est écrit « N’entré pa, dangé ! ». Vous le constaterez, cette dernière est sous haute sécurité…

Elle a rapporté de sa classe verte un « caillé de natur », très bien illustré. Cette dénomination n’a malheureusement rien à voir avec les vaches qu’elle venait d’observer. Et, drôle de curiosité, j’ai appris qu’on leur donnait du « fion » à manger…

Quand je lui fais réviser sa dictée, elle essaye de m’extorquer des indices de toute beauté :

– Dis-moi Maman, dans « maintenant », y’aurait pas un « u » par hasard ?

Non, pas de « u »… Et pas de « w » non plus.

C’est un vrai petit garçon manqué : elle ne porte que des shorts, jamais de jupe, même en été. Et pour cause : difficile de grimper dans les arbres ainsi habillée…

Encore un argument tout à fait justifié vous me direz. Très vite, j’ai abandonné l’idée…

Son père, lui, résiste encore. Il ne veut pas lâcher.

Sa fille porte les cheveux courts, ça lui déplaît :

– N’empêche, qu’elle lui fait, j’ai plus besoin de m’embêter à les brosser !

A côté de ça, elle a mis à jour un système de cordes et balles entremêlées dans sa chambre, qu’elle a attaché à la poignée et qui l’informe de notre arrivée.

Dehors, elle a construit un filet pour que ses plantations soient surélevées. Ainsi adaptées, elle arrive à les arroser dans le jardin sans difficulté ; et peu importe que la tondeuse ne puisse plus traverser, ses créations passent en premier.

– Dans « trottinette », ma chérie, n’oublie pas : il y a deux T.

– N’importe quoi ! Y’en a cinq, tu sais même pas compter !

Pendant le confinement, j’ai essayé d’expliquer à mes enfants le fonctionnement des éclipses solaires. Elle m’a gentiment fait remarquer que, telle que je l’avais positionnée, la Terre était mal placée… Ce qui était tout à fait vrai : je m’étais royalement plantée.

– Maman, pourquoi on peut pas vivre au milieu de la forêt ? On ramasserait du bois et on chasserait pour manger !!!

Quand je lui ai dit que Nutella au goûter, faudrait oublier, elle a quand même eut l’air d’hésiter…

Et, comme avec du scotch et trois bouts de ficelle, elle vous fabrique une montgolfière, je me dis que ça ne vaut peut-être pas la peine de s’arracher les cheveux comme j’ai pu le faire…

Pour le reste, c’est la faute à Voltaire.