Encore une histoire de priorité

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– Hé, mon cœur, pas trois heures sous la douche !!! Je fais tous les jours la leçon aux enfants, m’oblige pas à faire pareil avec toi !

– Désolée Minou… J’aime bien réfléchir sous la douche.

– A quoi ? A l’écologie ? Aux dépenses énergétiques ? Aux pays sous-développés, qui n’ont pas suffisamment d’eau pour se laver ?

– Je pense à mon nouveau roman… J’ai mon idée, j’étais justement en train d’y penser… J’ai envie d’essayer autre chose, je me demande si ça va marcher… Je tiens une idée, tu vois, j’ai bien envie de la développer mais je sais pas si ça vaut le coup. L’histoire m’inspire bien, c’est certain…

– En tous cas, ton roman ne sortira pas du robinet !!! Alors si tu pouvais t’activer, j’apprécierais.

Je le regarde s’en aller, un peu blasée.

On n’a décidément pas le même sens des priorités !

Esquisse#1 : Jojoko

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En ce moment, je suis en train de chercher la tête de mes personnages.

La première, ou du moins celle que je vous présente aujourd’hui, c’est Jojoko.

Jojoko est un personnage loufoque, d’une tendresse sans borne. Je trouvais amusant que dans mon roman l’un de mes personnages se perde un peu les chèvres… Si on regarde bien, on a tous une Jojoko autour de nous.

Jojoko parle à ses plantes vertes, elle ouvre et ferme les portes des placards plusieurs fois par jour. Elle met toujours ses vieilles charentaises au réfrigérateur, le soir, avant de se coucher. C’est vrai qu’elle aime sentir le frais réveiller ses pieds… Elle dit que ça lui rappelle un peu sa Russie Natale.

Il n’y avait qu’un personnage aussi déjanté capable de recueillir Mike à la déchetterie. Elle y était venue chercher quelques canards à cinq pattes, c’est finalement avec lui qu’elle est repartie… Elle lui a sauvé la vie.

On le sait tous, des familles, il en existe de deux types. Les familles de sang, et des familles de cœur. Celles imposées par la naissance, et celles qu’on a choisies.

Mike et Jojoko sont des figures très fortes de solitude et d’indépendance. Deux âmes cabossées, à la noblesse rare, que le destin fera se rencontrer et qui ne se quitteront plus jamais.

Ah, les beaux jours qui reviennent !

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Ah, les beaux jours qui reviennent !

De mon bureau, je vois le soleil briller depuis ma grande baie vitrée.

Je fais une pause et contemple le paysage au-dehors. J’entends le vent souffler. Je le regarde courir dans le jardin, en appui sur les herbes courbées.

Un bourdon me chatouille l’oreille. Je tourne la tête, je le vois zigzaguer. Il s’approche d’un joli bouton printanier…

Je le regarde qui vient le flairer, l’aile enfiévrée.

– Brrrrrzzzziiiii Brrrrrzzzziiiii… Vos pétales, i’ zouvrent à quelle heure, ma’m’zelle ?

Elle, timide, réserve son mystérieux secret.

Cette rencontre inattendue ravage mon imagination. Une fleur. Un bourdon…

Sous mes yeux, c’est loxymore parfait !

Le silence vrombissant, version végétale ! C’est l‘harmonie du scandale.

C’est le pop corn salé, l‘invention de la glace au Roquefort, la brevétisation du cale-menton (ceux qui ont essayé de dormir dans le métro comprendront).

Le succès de la grenouillère-serpillère, plébiscitée par les jeunes mamans éreintées.

L’industrialisation du savon marron, odeur goudron.

L’idée géniale des pâtes verdâtres, molles comme des calamars (soi-disant, goût épinard).

Vous ne vous êtes jamais demandé, vous-même, comment certaines idées étaient nées ? Là, soudain, j‘entrevois la façon dont le string a un jour été inventé…

Je perçois la poésie qu’il y a, l’été, à porter des sandales ajourées. Leurs menus bras croisés, sur des chaussettes en coton un peu mouillées.

C’est aussi sûrement ainsi, un matin de mai, dans un esprit inspiré, que le premier bijou d’anus est né…

C’est alors que jaillit soudain une fusée ! Surgissant de nulle part, le chat de mon conjoint déboule, l’air passablement énervé. Le voilà qui décoche un sévère coup de patte au bourdon, lui assénant une claque magistrale en plein citron !

J’entends Paf ! puis Bzziouuuuuuuuu… Ensuite, plus rien.

L’inspiration sonnée, je vois le bourdon, assommé, chuter et se planter dans le gazon encore tout frais…

–  Tu crois que ça ennuierait le printemps d’aller sonner à côté ? On s’entend plus ronfler ! semble-t-il m’indiquer, à moitié réveillé.

Mon conjoint

Il a accepté de me suivre dans mon aventure.

Il me demande régulièrement : « Alors ? Moustache à New York ? Ca va ou bien ? »

La dernière fois, il a rêvé que j’avais trouvé une nouvelle idée de livre… « Tu allais écrire sur un poulpe… Je t’ai répondu que, quand même, ce serait difficile de lui trouver un prénom… C’est là que tu m’as dit qu’il s’appellerait Armand. Je me suis réveillé juste après. »

Des fois, je me demande s’il me prend réellement au sérieux…